7 octobre 2010
Survivant, Xavier Léauté l'est à plus d'un titre: d'abord en tant que capitaine du Jack Abry 2, l'un des derniers chalutiers hauturiers qui pêchent encore, entre 400 et 1.000m, des poissons de grands fonds, en Atlantique Nord-Ouest; puis en tant que capitaine survivant d'un naufrage. Celui de l'An Oriant, le chalutier qu'il commandait, il y a dix ans, le 1eroctobre 2000 précisément, au large des côtes irlandaises. Huit hommes qui perdent la vie. Trois qui s'en sortent, après plusieurs heures dans l'eau froide.
Vérités d'hier et d'aujourd'hui
L'homme sera demain soir, sur France3, «le dernier des Mohicans», un reportage diffusé dans le cadre de l'émission Thalassa. Il sera le porte-parole des pêcheurs, celui qui n'hésite pas à exhiber le contenu de son chalut devant les caméras, «pour montrer ce que l'on fait en mer, en matière d'écologie». La pêche aux poissons de grands fonds est dans le collimateur des organisations non gouvernementales. Elles militent pour son interdiction. «Sans rien savoir», s'exaspère Xavier Léauté, auditionné dans le cadre du Grenelle de la mer. «En dernier. Comme le moment de détente, exotique, de la journée. J'ai constaté à quel point ils ne connaissaient rien à la pêche». Xavier Léauté explique la vérité d'aujourd'hui et celle d'hier. Pas toujours bonnes à entendre. «Je dis ce qu'on fait de bien aujourd'hui. Mais il faut être honnête et dire qu'on n'a pas toujours pêché comme aujourd'hui». Aujourd'hui: douze bateaux pêchent encore les poissons de grands fonds, à l'ouest ou au nord de l'Ecosse, contre une soixantaine, dans les années 90. Sept appartiennent à la Scapêche, l'armement du groupement Intermarché basé à Lorient. Des bateaux très surveillés, suivis par satellites24h sur 24, survolés par les avions des garde-côtes. Les nouveaux maillages sur le chalut sont plus grands pour laisser passer les juvéniles mais aussi pour des économies de carburant. «On limite l'impact du chalut sur les fonds. On met de nouveaux panneaux, semi-flottants. On rapporte nos déchets et ceux des autres. Les huiles de vidange, on les met dans des bidons. Avant, il faut bien reconnaître, on rejetait tout à la mer. On pensait que la ressource était inépuisable.On a évolué».
Amertume
Une quête de la vérité et un parler vrai, en forme de kit de survie. Comment repartir en mer, après avoir vu mourir huit de ses marins? Il évoque la dépression, ses périodes de stress intense, son épouse «sans laquelle je ne serais plus là», l'armement aussi qui l'a soutenu. L'amertume après le procès en appel qui l'a condamné à six mois de prison avec sursis et à 90.000 EUR d'amende. «La seule recherche de la vérité a été de savoir qui allait payer. Moi, pour retourner en mer, je voulais savoir pourquoi j'avais sombré. Je voulais que tout le monde le sache. Pour mon honneur mais surtout, pour la mémoire des défunts. La justice n'a pas voulu savoir.On a jugé ça comme un banal accident. Toutes les vérités ne sont pas bonnes à dire». Thalassa, «Les derniers des Mohicans», 20h35, demain sur France 3.