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Bretagne

Paul Louchouarn. Plus matou que maton

8 novembre 2009

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Directeur de l'établissement pénitentiaire de Fleury-Mérogis (Essonne), PaulLouchouarn a la garde de plus de 3.000 détenus, une vraie ville avec 1.300surveillants, des médecins et des enseignants, trois terrains de foot et une nursery. Son premier souci reste la sécurité, dans le respect des détenus.

Il a les yeux couleur d'automne, jaune et vert. Des yeux de chat qui attrapent bien la lumière mais ne se laissent pas prendre par le regard des autres. Sans être fuyant pour autant, il n'en a d'ailleurs pas besoin. PaulLouchouarn est directeur de la maison d'arrêt de Fleury-Mérogis. Disons que, dans la pénitentiaire, il campe du bon côté de la barrière. Parmi ses pensionnaires, Antonio Ferrara, dit «Nino», auteur de nombreux braquages et soupçonné d'une tentative de meurtre en 1996, est connu pour sa spectaculaire évasion de Fresnes en 2003. Ou le rappeur Joey Starr, qui vient d'être libéré après un séjour pour violences conjugales. Paul Louchouarn, 44 ans, est chef d'établissement. Un euphémisme pour dire patron de prison. Mais comment a-t-on la vocation pour un tel job? Il sourit et dit qu'il a plusieurs réponses. Commence par «Brubaker», un film américain de Stuart Rosenberg, sorti en 1980, avec Robert Redford dans le rôle d'un directeur de pénitencier qui se fait passer pour un des détenus avant de réformer la prison. Et enchaîne avec la vraie version, son goût pour la chose juridique et sa découverte d'un métier de l'ombre, entre commissaire de police et juge d'instruction.

Un domaine de 180 hectares

Sur son bureau, le code de procédure pénale apporte une note de couleur rouge parmi les dossiers et les téléphones. Au mur, d'un côté, une photo du président de la République. De l'autre, la liste des seize directeurs de Fleury-Mérogis qui l'ont précédé depuis l'ouverture, il y a quarante ans. Des noms où l'on reconnaît quelques Corses et des Bretons. Une photo aérienne donne l'ampleur de «sa» prison. Il parle d'un «domaine pénitentiaire de 180 hectares, qui ressemble plutôt à un aéroport». Le grand polygone renferme cinq bâtiments en étoile contenant chacun plus de 500 personnes et deux cours de promenade. Une vingtaine d'hectares, dont trois terrains de football, pour la maison d'arrêt des hommes. 2.844 détenus s'y partagent 2.100 places. Soit un taux d'occupation de 135%, contre 116% pour la moyenne nationale. Pas vraiment le Club Med. À gauche, on distingue la maison d'arrêt des femmes, 300 détenues, dont 62% d'étrangères, avec de nombreuses Sud-Américaines arrêtées pour trafic de drogue. Et même une nursery, avec sept enfants nés en détention. Sur l'autre flanc, le centre des jeunes détenus accueille 361 personnes, dont 80 mineurs. Tous les bâtiments sont entourés par un mur de béton gris de 8m de haut. Plus loin, les logements des surveillants, dont 400 résidant sur place.

1.300 prévenus en attente de jugement

Deux escadrons de gendarmerie mobile complètent le décor, ponctué par des peupliers déjà effeuillés par les pluies venteuses qui essorent le ciel de l'Essonne, au sud-est de Paris. «Les détenus ne restent ici en moyenne que cinq mois, précise Paul Louchouarn. 1.300 prévenus y sont en attente de jugement et les condamnés attendent une affectation vers une maison centrale, ou un centre de détention». Mutinerie, évasion, suicide, ce sont les cauchemars des chefs d'établissement. «On se suicide beaucoup à Fleury, reconnaît-il, mais parce qu'il y passe beaucoup de monde, 8.000 personnes par an». Six suicides en 2008, trois depuis le début de l'année. «Nous essayons d'être vigilants, surtout durant les premiers jours, et selon la nature des faits, car on sait, par exemple, que les auteurs de sévices sexuels dans un contexte familial sont plus vulnérables. Nous avons ainsi des kits de protection avec pyjama en papier et couvertures indéchirables pour éviter l'irréparable».

Rénovation en cours jusqu'en 2018

Fleury-Mérogis est en travaux et c'est le chantier de rénovation, en cours jusqu'en 2018, qui reste, malgré tout, le principal souci du directeur, attentif à éviter toute incidence sur la sécurité de l'établissement. «On ne parle que de surpopulation et de vétusté, alors que ces questions sont en cours de traitement, regrette Paul Louchouarn. Cela masque les vrais problèmes: qu'est-ce que l'on veut faire des prisons? Car je refuse de sacrifier au tout sécuritaire, c'est une des difficultés majeures de notre métier». Six mois après son arrivée, il a connu une prise d'otage, dont l'auteur a été finalement «neutralisé» par le GIGN. La dernière évasion de Fleury-Mérogis date de 2006. Et deux mois après la cavale de Treiber, qui s'est fait la malle de la prison d'Auxerre dans un carton, Louchouarn, «queue de renard» en breton, peut se dire qu'il a de la chance.

  • Thierry Dussard

Breton, de coeur et de raison

Le plus grand établissement pénitentiaire de France héberge des Basques, des Corses, des islamistes, terroristes et des voleurs de toutes sortes, soigneusement séparés les uns des autres, afin que la prison ne devienne pas l'école du crime. Les plus récalcitrants sont mis au mitard, durant 9,7 jours en moyenne. Un quartier disciplinaire de 78 places qui est actuellement occupé par 51 personnes. À tous, les repas sont livrés par Eurest et le budget total se monte à 86millions d'euros, dont 70 millions pour les seuls frais de personnel des 1.300 surveillants. Le coût d'un détenu est de 60EUR par jour.Un proviseur et 60 enseignants donnent, à Fleury-Mérogis, des cours, qui préparent, pour la plupart, au Certificat de formation générale (CFG), niveau fin de sixième, mais aussi au brevet des collèges et au bac. Quelque 160 médecins et infirmières assurent, par ailleurs, des soins, du dermato au psy. Le travail a aussi droit de cité, avec, notamment, des insertions dans la presse, en ce moment pour Le Figaro et la bibliothèque idéale de Jean d'Ormesson. Des femmes bénévoles ont, par ailleurs, créé un cercle de lecture, «Lire, c'est vivre», qui a donné naissance à dix bibliothèques et autant d'ateliers autour du théâtre et de la bande dessinée. Son nom légèrement déformé, los louarn, veut dire «queue de renard» en breton. Sa famille est originaire de Scaër, dans le Sud-Finistère, où il a passé toutes ses vacances d'été. Sa mère vit à Concarneau (29), tandis que cousins et cousines tissent toujours «des liens d'autant plus forts que je suis expatrié», souligne-t-il pour exprimer son enracinement à la culture bretonne. Mais pas question de lui faire dire qu'il a les traits de caractère que l'on prête volontiers aux Bretons, et que l'on résume trop souvent à des clichés, en commençant par les trois «T»: taiseux, têtu, et travailleur. Paul Louchouarn n'est pas du genre à se laisser enfermer.
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«On se suicide beaucoup à Fleury mais c'est parce qu'il y passe beaucoup de monde, 8.000 personnes par an».»

  • Paul Louchouarn, directeur de la maison d'arrêt de Fleury-Mérogis

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