28 mai 2009
«600 kilomètres à pied, ça ?useuh?, ça ?useuh?, 600kilomètres à pied, ça ?useuh? les souliers... et les guitares». D'accord, la rime n'est pas évidente. Mais c'est ainsi avec Élie Guillou. Élie Guillou... Mais qui est-il pour nous obliger à bouleverser les paroles intemporelles de nos chansons de scout? Le jeune homme a 24 ans. Il est chanteur. Breton exilé à Paris, accessoirement. Fils de Gérard Delahaye, guitariste breton talentueux, auteur-compositeur-interprète réputé et membre du trio «EDF (Patrick Ewen-Gérard Delahaye-Melaine Favennec), Élie Guillou a longtemps craint que l'ombre de son paternel le fasse morfler: «Au début, j'avais peur d'être le fils de...». Des années à taire sa filiation. Quand on se rêve musicien et qu'on est le «fils Delahaye», il y a de quoi souffrir de la comparaison. Plus encore lorsqu'on est Brestois. Et puis les années ont fait leur oeuvre. Élie Guillou a appris à assumer. Il s'est levé. Et il a marché.
À Brest mercredi prochain
Tant et si bien qu'il parcourt les routes depuis le5mai dernier, début de son «Paris-Brest» à lui. Son idée est un peu folle, sa philosophie rafraîchissante et la poésie qu'il met dans sa démarche d'une puissance à décorner les doctrinaires. Trente jours. Trente étapes. Trente concerts. Le dernier aura lieu au Soul Food Café, café-concert brestois, mercredi prochain. Ce soir-là , il se murmure que le trio «EDF» sera aussi de la partie... En attendant, sur la route, Élie marche avec Dylan, son frangin, régisseur de la tournée, et MathieuGabard, qui réalise un petit film, drôle à pleurer, à chaque ville visitée. «Vie de bohême», leur disent certains. C'est tout le contraire. Organisation rigoureuse. Marcher le jour. Un concert, parfois deux, dans la ville étape. Dormir la nuit. Pour être en forme, le lendemain.
Au fond: la routine.
Concert privé sous un balcon
«C'est comme un hommage à mon père, à Melaine Favennec, à Patrick Ewen. Pour résister au spectacle ?à la parisienne?, ils sont restés en Bretagne. Moi, j'ai rejoint la capitale mais mes racines sont profondément bretonnes». Dresser un pont, voilà ce qu'a voulu faire Élie Guillou. Un pont entre les façons d'envisager le monde du spectacle. Entre les gens. Entre les lieux. Faire un pied de nez à ceux qui le regardent de travers quand il leur dit que sa musique, il la joue à la foire «machintruc» de «Pétaouchnock». Belle salle parisienne ou ferme paumée de la Beauce, pour Élie Guillou, même combat: les mélomanes, il y en a aussi dans le désert. «Ce qui m'importe, c'est le moment qui se crée entre les gens». Comme le soir du 13mai, par exemple. Il vient d'arriver à Mamers, dans la Sarthe. Aucune scène disponible. Il déambule. Tombe sur deux jeunes, perchés au balcon de leur appartement. «Je leur explique mon souci. Ils me demandent de jouer pour eux. Ils appellent cinq ou six potes. Et je me produis pour eux»... Élie Guillou, ou la musique qui marche au pas.