24 août 2009
À la question «Sommes-nous seuls?», les scientifiques du Groupe d'étude et d'information sur les phénomènes aérospatiaux non identifiés (Geipan) répondent: «On n'en sait rien». En revanche, ils peuvent expliquer ce qu'on aura pris pour un «petit-gris» en virée sur Terre. Enfin, presque toujours...
Tout a commencé par une nuit sombre d'hiver, le long d'une route solitaire de campagne, alors que deux étudiants regagnaient la presqu'île de Quiberon, sans vraiment chercher un raccourci que, de toute façon, jamais ils ne trouvèrent. Soudain, dans le ciel... «on a d'abord cru que c'était les reflets d'un lampadaire... En arrêtant la voiture, on s'est aperçu qu'il y avait là trois boules de lumière qui ne bougeaient pas, à une quinzaine de mètres au-dessus du camping», se remémore Tristan. «Une autre voiture s'est arrêtée, et des gens sont sortis pour regarder. Puis, les sphères ont bougé. Elles se sont alignées. Deux ont disparu en filant dans le ciel. La troisième a suivi. J'avoue qu'on n'était pas très fiers». Sans ciller, le jeune homme raconte. Spontanément, il a tenu à en parler, au risque de déclencher quelques sourires gênés. «Je n'ai pas envie de me faire prendre pour un allumé». Pas facile d'être pris au sérieux, dès que l'on parle de... Mais de quoi parle-t-on, exactement? «Attention, moi, je n'ai jamais dit que j'avais croisé des extraterrestres. J'ai vu quelque chose qui m'a fait froid dans le dos. Nous nous sommes rendus à la gendarmerie pour témoigner. Au début, ils ne nous ont pas pris au sérieux. Ils ont quand même passé quelques coups de téléphone. Le lendemain, nous sommes revenus pour répondre à un questionnaire bien détaillé. Ça a pris plus de deux heures...». Tristan et son ami suivent tout simplement la procédure mise en place par le Geipan (Groupe d'étude et d'information sur les phénomènes aérospatiaux non identifiés), organisme rattaché au CNES (Centre national d'études spatiales).
La vérité n'est pas ailleurs
Le directeur du Geipan (*), à Toulouse, Yvan Blanc, explique: «Les questionnaires nous sont transmis. Nous avons des accords avec la gendarmerie. Chaque année, on reçoit énormément de témoignages et nous sommes donc dans l'obligation de demander aux gens de déposer d'abord auprès de la gendarmerie». Depuis une trentaine d'années, le Geipan analyse et enquête, afin d'expliquer que la vérité n'est pas ailleurs, que le gouvernement ne nous cache pas de zone51 dans les monts d'Arrée... Et que, tant pis pour les disciples de Fox Mulder, la plupart des observations s'expliquent par des phénomènes lumineux. «Notre rôle, c'est de découvrir ce que les témoins ont vu et d'expliquer ces phénomènes». Les coupables ne manquent pas: «On a une dizaine de cas de météorites par an sur la France, des satellites artificiels qui peuvent envoyer des flashs, des aurores boréales, la foudre en boule, ou encore les rayons lasers des boîtes de nuit... Il y a également les nuages lenticulaires qui, sur certains angles, peuvent ressembler à des soucoupes. Une fois qu'on a évacué tout ça...».
E.T. y es-tu?
Eh ben, on trouve tout de même quelques phénomènes inexpliqués. Et là, Yvan Blanc - même s'il s'en défend -, laisse la porte entrouverte aux fantasmes des ufologues: «On a répertorié deux ou trois cas assez remarquables... Notamment une enquête, dans les années 80, à Trans-en-Provence (Var), qui reste encore aujourd'hui un mystère». Pas non plus de quoi se précipiter sur son toit avec une passoire et son antenne satellite. Mais bon, la science doit parfois se déclarer impuissante: «Depuis 1977, on a reçu plus de 6.000 témoignages. 1.700 cas ont déclenché une analyse du Geipan. Et 25% de ces cas sont inexpliqués». Ça laisse un peu de marge avant une rencontre du troisième type...
La France est la première (et sans doute, la seule) nation à s'être dotée d'un organisme officiel civil, public et indépendant d'études des phénomènes aérospatiaux non identifiés (Pan*). «Les analyses sont menées grâce à une méthodologie scientifique rigoureuse mise au point dès 1980 et affinée au fil des années.La pérennité du Geipan répond aussi à un objectif d'analyse de risques pour la défense de l'État», explique son directeur, Yvan Blanc, à la tête d'une petite équipe de scientifiques du CNES.
* Le portail du Geipan est accessible à partir du site du CNES: www.cnes.fr
