27 novembre 2008
Halte aux discours simplistes et culpabilisants pour les enfants obèses et leurs parents, estime le professeur Tounian (*) qui s'occupe depuis vingt ans de ces jeunes en souffrance.
« Tous les enfants ne sont pas menacés d'obésité, il faut une prédisposition génétique. On parle d'épidémie galopante, mais aujourd'hui, on observe une stagnation aux États-Unis comme en Europe de la prévalence de l'obésité infantile. En revanche, cela augmente chez les adultes », déclare le Pr Patrick Tounian, pédiatre venu aux journées nationales de nutrition qui se tiennent à Brest jusqu'à vendredi.
Les fruits de la génétique
À l'hôpital Trousseau, il prend en charge des enfants obèses avec son équipe de médecins, psychologue et diététicienne. Les idées de ce spécialiste détonnent dans le consensus ambiant, il estime qu'il faudrait arrêter les campagnes grand public de lutte contre l'obésité parce qu'elles accroissent la stigmatisation des enfants obèses soupçonnés d'être faibles de caractère, qu'elles culpabilisent les parents qui se croient laxistes et qu'elles provoquent des troubles du comportement alimentaire chez des enfants en restriction alors qu'ils ne sont pas à risque.
« Cela ne signifie pas qu'il faille prôner un laxisme diététique pour ces enfants ayant une génétique favorable, le bon sens s'impose, mais inutile de friser l'apoplexie s'ils sont pris en flagrant délit de grignotage, rien ne les rendra obèses ! ».
Le discours du pédiatre a changé quand il a pris conscience de la culpabilité qui pesait sur les familles. Des mères se déclaraient coupables d'avoir donné plus à manger à leur enfant à l'ãge de 3 ans et ainsi induit leur obésité. « Mais il faut savoir que cet âge correspond au rebond d'adiposité précoce chez les petits à risque qui devraient seuls faire l'objet d'une prévention ».
L'exemple de Tahiti
La réflexion du Pr Tounian puise dans la génétique. « Des famines vécues par nos ancêtres donnaient un avantage à ceux qui sont aujourd'hui à risque d'obésité ». Après un séjour à Tahiti, où 35 % des enfants sont en surcharge pondérale, contre 18 % en métropole, il a été convaincu que cette situation était due à l'histoire du peuple polynésien. « Les Tahitiens ont connu peu de métissage et leurs critères de beauté valorisaient les gros. Les minces étaient vus comme des malades et ne se reproduisaient pas. Une sélection s'est ainsi opérée ».
Limiter l'appétit
Le fait est qu'il existe une injustice entre les enfants qui peuvent manger n'importe quoi sans prendre un gramme et les autres.
« Seuls les enfants à risque devraient être pris en charge, en leur apprenant à limiter leur appétit souvent accru, en les habituant à l'activité physique régulière, afin d'éviter l'évolution défavorable génétiquement programmée. Sur 65 % des 300 enfants suivis dans notre service ces dix dernières années, un tiers est bien, un tiers est en surpoids et le dernier tiers est obèse. Un succès thérapeutique c'est aussi d'avoir permis que l'enfant s'accepte tel qui est ».
* Auteur de « Obésité infantile : on fait fausse route ! » chez Bayard.
25 mai 2012
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