15 août 2009
Son profil, déjà, est tout à fait atypique. Fille d'une chanteuse traditionnelle bretonne, Brigitte Kloareg, et d'un Anglais, elle a vécu surtout au pays de Galles. Elle parle (et chante avec sa soeur et sa mère) en gallois, en breton, en anglais et en français. Sans oublier désormais le lingala, une langue du Congo qu'elle pratique déjà mieux, dit-elle, que le gallois. Elle a vécu surtout là-bas, outre-Manche, où elle a passé le bac, obtenu un CAP coiffure..., puis un diplôme de zoologie à l'université de Swansea. Après un tel parcours, comment vivre comme tout le monde? Et il suffit parfois d'un simple éblouissement pour déterminer toute une existence. L'on se souvient de la fascinante Sigourney Weaver et du film «Gorille dans la brume». Gladez découvre ce long-métrage à l'âge de huit ans; et plus rien pour elle ne sera jamais comme avant.
Un environnement éprouvant
Diplôme en poche, en 2008, elle propose ses services à différentes associations spécialisées dans les grands singes. Et soudain un cadeau tombe du plus haut de la canopée: un primatologue belge, JefDupain, directeur d'un projet sur les bonobos congolais, lui propose de l'accueillir quelques mois dans un camp de recherches situé au plus profond d'une forêt équatoriale, celle de Lomako, au nord-ouest de la République Démocratique du Congo. Elle finance elle-même son voyage, et part en octobre dernier. Elle est revenue début juillet. À Kinshasa, elle passe d'abord un mois dans un sanctuaire pour bonobos géré par une association, les Amis des bonobos du Congo. Puis elle prend l'avion pour une petite bourgade perdue dans la forêt, Basankusu, avant de passer 25heures en pirogue pour rejoindre le camp de Jef Dupain, membre de l'African Wildlife Foundation. «Les deux premiers mois se passent très bien», raconte-t-elle. «Tous les matins, avec un chercheur congolais, je partais à la rencontre des bonobos pour étudier, par exemple, leur alimentation en prélevant leurs selles». Malheureusement, peut-être parce que cette année, la fructification a été mauvaise, les bonobos ont disparu les deux mois suivants, et Gladez a fini par craquer moralement dans cet environnement éprouvant. «Je devais rester plus longtemps, mais j'ai décidé de rentrer».
La pirogue chavire
Comble de malchance, en pleine nuit, alors qu'elle est en train de dormir, sa pirogue qui se dirige vers Basankusu heurte un obstacle et chavire. «Dans l'obscurité totale, comme les quinze autres passagers, je me retrouve avec de l'eau jusqu'au cou, et tout le matériel, ordinateurs et appareils photo, sont au fond de l'eau. Heureusement pour nous, une autre pirogue suivait, et a pu nous venir en aide.... Et, quelques heures plus tard, j'ai constaté avec plaisir que le disque dur extérieur de mon PC avait survécu». Gladez retourne alors au sanctuaire de Kinshasa, où son séjour repart sur de bonnes bases. On lui propose de traduire des textes scientifiques en anglais et de réaliser des doublages de documentaires.
«Un grand moment d'émotion»
Puis un primatologue américain lui demande d'être assistante de recherches d'un étudiant en doctorat. Et arrive enfin le meilleur du séjour. Elle retourne à Basankusu dans une base de l'association «Ekolo Ya Bonobo» pour assister à une grande «première»: la réintroduction en milieu naturel de neuf singes, la plupart orphelins, élevés à Kinshasa. «Un grand moment d'émotion», se souvient-elle. «Ces singes ne sont pas très farouches», précise-t-elle, «ils restent au contact de l'homme, et pour l'instant, on continue à leur apporter un complément alimentaire, tout en gardant de plus en plus nos distances». «Out of Africa» pendant quelques petites semaines d'été, Gladez n'a qu'une envie : participer à la suite du programme. Et en septembre, elle l'annonce avec un regard à l'éclat insolite, elle sera de nouveau pour six mois à Basankusu. Un concert de soutien aux Amis des bonobos sera donné demain, à 20h30, dans la chapelle Sainte-Anne de Doëlan, à Clohars-Carnoët (29), par les chanteuses du trio Kanta: Gladez, sa mère et sa soeur... Entrée gratuite.