25 août 2007
Difficile de passer à côté. Le fer à la main, portant chapeau et costume bretons, celui des paysans de Landudec d'où il est originaire, Michel Bolzer est de toutes les fêtes. Repasseur de coiffes ddepuis près de 45 ans, le Bigouden perpétue la tradition d'un métier autrefois exclusivement féminin.« Ça ne s'explique pas, c'est inné. » Sur la table de la cuisine, son lieu de travail, rien ne manque : les coiffes, le fer « ancien, pas à vapeur », le drap et le bol d'amidon. Tous les jours, par plaisir, mais également pour le besoin des cercles bigoudens ou de ses animations (*), le Bigouden Michel Bolzer repasse ses coiffes. Le geste est sûr, la technique bien maîtrisée. Il est vrai que l'homme a derrière lui près de 45 années de pratique. « J'ai commencé à repasser alors que j'avais une vingtaine d'années », explique-t-il. Par la force des choses. Car Michel Bolzer est avant tout collectionneur. De coiffes, il va sans dire...
Des coiffes dans l'armoire
« Je possède près de 90 sortes de coiffes, de toutes les régions », explique-t-il. Certes, les coiffes bigoudènes figurent en bonne place mais sa collection comprend également des coiffes du pays de Quimper, de Douarnenez, de l'Aven, de l'est de la Bretagne et même d'Auvergne, de Vendée... « On a l'impression que la coiffe est bretonne, mais il n'y en avait pas qu'en Bretagne », explique le Bigouden. « Ailleurs, elles ont disparu plus tôt, vers le début de l'ère industrielle. » Une passion qui le prend alors qu'il découvre un paquet de coiffes de sa mère rangé dans une armoire. « Des coiffes bigoudènes. Ma mère a porté la coiffe jusqu'à ses 91 ans, tous les jours ».
« Un métier de femmes ! »
L'oeil pétillant de bonheur, Michel Bolzer se souvient des réactions lorsqu'il s'est mis au fer. « Y'a pas idée, c'est un métier de femmes ! » Il est vrai qu'« un homme qui repasse, cela ne s'était jamais vu dans le Pays bigouden ». Autrefois, chaque village avait sa repasseuse. Puis, le métier s'est perdu. À Landudec, dans le village qui l'a vu naître en 1943, il n'y en avait plus depuis 1965. « La dernière c'était Marie-Anne Quéré. » Quant à la dernière repasseuse bigoudène, « Bernardine Mazo, elle est décédée à Lababan, en Pouldreuzic, il y a trois ans ». Une repasseuse auprès de laquelle Michel Bolzer a appris le métier. « Il y a eu aussi Joséphine Cossec, de Saint-Jean-Trolimon. Elle m'a donné des conseils. »
La recette :
réussir l'amidon
« Le plus dur, c'est de réussir l'amidon. Il faut respecter les doses. C'est comme pour la pâte à crêpes ! » Après, la technique est spécifique en fonction des coiffes. « Il faut avoir le tour de main ». Et ce tour de main, Michel Bolzer l'a attrapé au fil du temps, à force de regarder les Joséphine et autre Bernardine faire. « Pour la coiffe bigoudène, la difficulté, c'est de faire l'arrondi du haut ». Tout un art dont Michel Bolzer est aujourd'hui le dépositaire. Un savoir-faire qui pourrait disparaître. Michel Bolzer n'a pas fait d'émule. Alors il continue à repasser, « pour ne pas que la technique se perde », tout en espérant susciter les vocations.
* Écomusée de Kervazégan, à Pont-l'Abbé, jeudi 30 août, de 14 h 30 à 17 h Renseignements au 02.98.66.00.40.