4 février 2011
Cela fait une trentaine d'années que des scientifiques brestois s'intéressent aux coquilles et pétoncles. La continuité est assurée par le Lemar (Laboratoire des sciences de l'environnement marin), qui se trouve à l'IUEM (Institut universitaire européen de la mer). Laurent Chauvaud, directeur de recherches CNRS, en connaît un rayon. «Une strie sur la coquille Saint-Jacques de la rade de Brest correspond à une journée quand celle de Mauritanie équivaut à une marée». Les renseignements vont bien au-delà: la coquille, le squelette en carbonate de calcium, archive les modifications de l'environnement. Cette vigie a traversé les siècles. Le labo s'est ainsi intéressé aux coquilles retrouvées avec les squelettes humains (5.000 ans avant J.-C.) découverts sur l'îlot de Théviec, sur la presqu'île de Quiberon (56).
Site protégé
Le lambi mexicain a pris des chemins buissonniers jusqu'à la Bretagne. Dalila Aldana, biologiste mexicaine qui, par le passé, a fait sa thèse à Brest, assiste, il y a trois ans, à l'IUEM, à la présentation d'un doctorat. Elle y entend qu'une coquille peut «dire» s'il a fait chaud ou froid à un moment donné. «Trois mois plus tard, on était là-bas», constate Laurent Chauvaud. Ainsi est né le programme Bistrom (Biologie des strombes mayas). Au Mexique, le lambi se fait rare, sa chair est très appréciée des Américains. Mais, à Xel-Ha, il a la paix. Cet ancien port maya naturel est situé dans un parc protégé. Il y a bien un millier de baigneurs par jour mais ils ont juste le droit de regarder, pas de toucher. La profondeur est de cinq mètres, l'endroit est particulier: une sorte d'estuaire, sur environ 1,5km, en forme de gouttière, où se mêlent eau de mer et eau douce, avec des gradients de salinité qui différent de façon importante.
Un ballon de foot à trois ans
L'équipe brestoise a d'abord étudié la façon dont grandissaient, mangeaient et respiraient les lambis. «Et cela grandit vite», commente Laurent Chauvaud. À un an, le strombe a la taille d'un poing, à trois, celle d'un ballon de foot. Il se calme ensuite. Les scientifiques ont également installé des capteurs de positionnement sur une vingtaine de mollusques. Toutes les deux minutes, des «bips-bips» émettent. Ainsi sait-on où va le lambi. Le comportement est erratique: le coquillage peut ne pas bouger pendant six mois ou effectuer 1,5km en douze heures.
Projet européen
L'équipe s'est ensuite focalisée sur les lambis les plus petits, qui bougent moins et offrent une lecture plus facile de l'environnement. Une dizaine ont été équipés de capteurs de salinité, de température et de pression, le tout de la taille d'un capuchon de stylo, l'équivalent des «mouchards» sur les chaluts. Un projet européen a été monté et a obtenu des fonds. Six missions sur une période de deux ans sont prévues. Un scientifique, Thomas Stielglitz, un Allemand spécialiste de la résurgence d'eau douce en milieu maritime, y travaille. «Le projet intéresse notamment le parc et le Cinvestan, l'équivalent de notre CNRS», explique LaurentChauvaud. Le chercheur, se remémorant la façon dont tout cela est parti, sourit: «La recherche ne se programme pas toujours»... Dans le cadre des 40 ans de l'UBO, l'UIEM organise une quinzaine de la mer du 7 au 19février, avec deux journées ouvertes au public, le 10 (forum des doctorants) et le 12.
25 mai 2012

25 mai 2012 à 07h10