9 novembre 2009
Les juges d'instruction saisis de l'affaire Jean-Jacques LePage se sont rendus hier sur les lieux du meurtre, à Plougonvelin, en compagnie de tous les protagonistes de l'affaire. La reconstitution de la nuit du 23 au 24juillet derniers a duré toute la journée.
> Le rappel des faits
«Faites venir mademoiselle Monier». La voix claire de la juge d'instruction Mathilde Boissy met fin aux conversations qui se tiennent aux abords de la grille de la villa de Jean-Jacques Le Page, fermée depuis le drame par des scellés et un cadenas. En une seconde, le silence devient lourd autour de la procession judiciaire qui se met en route le long du chemin de gravillons qui mène à la porte d'entrée de la belle demeure totalement sinistrée. Un camion de pompiers suit, une voiture de gendarmerie aussi. La bâche, battue par les vents et mangée par la pluie depuis le jourdu sinistre, qui hier encore laissait voir le lieu du drame à travers sa béance, est à nouveau totalement déployée. Quatre gendarmes se postentdevant. Il est 9h15, dans le matin clair illuminant ce lieu idyllique, juché au-dessus de la mer, au milieu de résidences cossues. Lareconstitution du meurtre de Jean-JacquesLe Page commence. Circulez, il n'y aura plus rien à voir.
Lola se cache
Une heure avant l'entrée pesante du drôle de cortège. Une première voiture de gendarmerie arrive. Personne ne sait combien de temps va durer la reconstitution ordonnée dans le cadre de l'enquête par les juges Boissy et André. Petit à petit, le déploiement de gendarmes devient imposant. L'on s'affaire. Des plots sont disposés le long de la chaussée, un mannequin en mousse et un couteau en plastique sont apportés. Les avocats de la défense et des parties civiles arrivent au compte-gouttes, presqu'avec la procureure Lemoine. Les juges suivent. Laëtitia Monier, dite Lola aussi. En toute discrétion, ou presque. À l'arrière d'une voiture simple de la gendarmerie, la jeune fille cache son visage à l'aide d'un gros anorak sans forme. Un moment, elle sort de² la voiture et montre brièvement, de dos, sa frêle silhouette. Elle porte des habits amples, et sa féminité n'apparaît qu'au hasard d'onglesvernis entraperçus.
Quel impact?
Le dernier à arriver est l'avocat de William Rolland, le prétendu complice libéré depuis le 12octobre. Son client le suit, libre comme l'air. Il marche d'un pas lent. Grand, mince, les cheveux noirs dressés par du gel, il semble un peu perdu dans le cortège. Son rôle sera déterminant, pourtant. Àson innocence proclamée, LaëtitiaMonier continue de marteler son implication. Que s'est-il dit de plus dans le huis clos savamment pensé hier? Mystère. Le secret de l'instruction est impénétrable, mais il n'est pas besoin de sortir de Polytechnique pour savoir que la vérité mettra bien du temps à éclater, dans l'«affaireLePage». Peut-être que cette reconstitution fleuve, achevée après 18h sur la plage où Laëtitia Monier a été vue le lendemain, permettra de faire avancer certaines convictions.
