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Maternités. Des séjours trop longs?

15 janvier 2012

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L'assurance- maladie souhaite raccourcir les durées de séjour en maternité. Un projet qui suscite des inquiétudes.

Les Françaises restent, en moyenne, 4,3 jours à la maternité contre 3 pour l'ensemble des pays de l'OCDE (Organisation de coopération et de développement économiques). De trop longs séjours? Cela semble être le point de vue de l'assurance-maladie qui entend favoriser le retour anticipé des mamans à la maison. Un projet qui n'est d'ailleurs pas tout à fait nouveau. Le Prado (programme d'accompagnement du retour à domicile) est, en effet, déjà expérimenté dans huit départements. Il sera étendu cette année.

Controverse

Inévitablement, une telle annonce crée la controverse. Veut-on forcer la main des femmes pour qu'elles quittent plus tôt la maternité? Avec, à la clé, de substantielles économies. Le projet n'est évidemment pas présenté de cette manière. Les arguments de l'assurance-maladie sont d'un autre ordre: il s'agit, d'abord, de mieux prendre en charge la mère et l'enfant après la sortie. Pour bien poser les choses, il convient de distinguer les sorties précoces des sorties anticipées. Ce n'est pas la même chose. Les premières concernent les sorties qui se font 48heures au plus tard après l'accouchement. Les sorties anticipées sont celles qui se font entre J+2 et J+3 (J+4 pour les césariennes). En Bretagne, contrairement à la région parisienne, les sorties précoces à J+1 ou J+2 sont très peu nombreuses. La durée moyenne des séjours est, comme sur l'ensemble de la France, un peu supérieure à quatre jours. Le projet de l'assurance-maladie est donc, pour l'instant, de généraliser les sorties àJ+3.

Nécessité d'un suivi

Les femmes doivent-elles s'inquiéter d'un tel projet? «J'ai peur qu'une sortie anticipée de la maternité ne fasse qu'augmenter les difficultés que rencontre une jeune mère face aux pleurs de son bébé, à la fatigue de l'accouchement, à l'accumulation des tâches quotidiennes comme le ménage, les courses... et ne finisse par favoriser les dépressions postnatales», témoigne Cynthia, une jeune maman de la région de Morlaix (29). Quatre jours, ça lui paraît l'idéal même si elle comprend que certaines femmes puissent souhaiter partir avant. Face à ces inquiétudes, l'assurance-maladie explique que les retours anticipés se feront sur la base du volontariat et avec un accompagnement de la mère et de l'enfant une fois rentrés à la maison. Deux visites d'une sage-femme libérale sont prévues. Tous les professionnels insistent sur cette nécessité d'un suivi.

«Tout doit être cadré»

«Il faut que tout soit cadré. Les sorties doivent être travaillées en amont et en dehors de toute pathologie. Cela ne s'appliquera pas à toutes les femmes», souligne Anne Kerguelen, sage-femme et coordinatrice au Pôle femme-enfant de l'hôpital de Saint-Brieuc. Une professionnelle qui reconnaît que la plupart des femmes souhaitent rester quatre jours. Une certitude toutefois: la durée des séjours en maternité va se réduire. Ne serait-ce qu'en raison de la fermeture des petites maternités. À l'hôpital de Bretagne-Sud, à Lorient, il n'y a pas eu d'autres solutions pour absorber les 500 accouchements supplémentaires qu'a entraînés la fermeture, il y a deux ans et demi, de la clinique du Ter. Dans cet établissement, les retours anticipés (deux et trois jours) représentent, aujourd'hui, 35 à 40% des sorties. «Les évaluations faites montrent que les mamans sont contentes, le taux de satisfaction est très bon. Toute une organisation a été mise en place avec les sages-femmes libérales», assure une cadre de la maternité.

«Très bon taux de satisfaction»

À la maternité de l'hôpital de Quimper, les sorties à J+3 sont également proposées aux femmes quand il n'y a pas de contre-indication médicale. Les volontaires ont la visite d'un conseiller de la CPAM pour organiser le suivi à domicile. «Il faut que l'on reste dans des conditions de sécurité équivalentes», souligne le Dr Matthieu Jacquot, chef de service à la maternité qui refuse toute idée d'économie: «Le but est que les patientes qui souhaitent partir à J+3 bénéficient de la même prise en charge». Comme à Lorient, les enquêtes faites auprès des femmes qui sont sorties au bout de trois jours révèlent «un très bon taux de satisfaction».

maternite

«Deux jours, ce n'est pas assez»

Géraldine, 38 ans, a accouché le vendredi 6janvier d'un petit Maëlan. Un accouchement par voie naturelle qui s'est très bien passé. Arrivée le jour même à la maternité de l'hôpital de Lorient, Géraldine en est sortie lundi après-midi. Un séjour d'à peine trois jours donc. Maman de deux autres enfants, âgés de 4 et 13 ans, la jeune femme a souhaité rentrer chez elle un peu plus tôt que prévu. «On m'avait proposé de rester jusqu'à mardi matin. Mais finalement, après en avoir discuté avec mon mari, j'ai décidé de sortir un peu plus tôt».

Feuvert du pédiatre

Pourquoi ce changement? «Àla maternité, on ne se repose pas vraiment. Il y a du bruit. Depuis vendredi, je n'ai pratiquement pas dormi», fait valoir Géraldine. Comme l'accouchement s'est déroulé sans problème et qu'elle a eu le feuvert du pédiatre, la jeune femme ne voit pas pourquoi elle serait restée plus longtemps. «Chez moi, je récupérerai plus vite», dit-elle. Mais elle le reconnaît: si elle a pu prendre cette décision, c'est aussi et surtout parce qu'elle sait pouvoir compter sur son mari pour l'aider. «Il a pris des congés, je ne vais pas me retrouver toute seule». C'est la première fois que Géraldine sort si vite de la maternité. Il y a treizeans, pour son premier garçon, elle était restée cinq jours. Même durée pour sa fille, il y a quatre ans. Mais là, c'était en raison d'un petit problème de poids.

«Le corps est encore douloureux»

Accepterait-elle de partir encore plus tôt? La réponse de Géraldine est nette: c'est non. «Trois jours, c'est un minimum.» Deux jours, cela lui paraît trop peu. «Le corps est encore douloureux, il n'a pas eu le temps de se remettre. Et puis, ça pourrait être risqué pour le bébé. À deux jours, des complications graves sont toujours possibles». Quoi qu'il en soit, ces sorties anticipées ne doivent pas, pour Géraldine, être imposées. «Pour certaines femmes, ce n'est pas possible. Il y a des conditions à remplir». Un suivi lui semble, en tout cas, nécessaire. Trois jours après sa sortie, elle avait rendez-vous avec une sage-femme.

L'avis de professionnels

Les professionnels que nous avons interrogés ne sont pas opposés aux sorties anticipées (ni même précoces). Ils y mettent cependant des conditions fortes.

Dr Philippe Condominas, chef du pôle femme-mère-enfant de Lorient.
«Je ne suis pas contre les sorties précoces mais elles ne peuvent pas intéresser toutes les femmes. Il faut des conditions géographiques, sociales et médicales favorables. Surtout, il faut qu'il y ait un suivi de la femme et de l'enfant. Le problème majeur, c'est l'enfant. Il faut faire attention car il y a des pathologies qui se déclarent à trois ou quatre jours».

Dr Matthieu Jacquot, chef de service de la maternité de l'hôpital de Quimper.
«Il faut être ouvert à ce que veulent les patientes. On peut accepter une sortie à J+2, si tout va bien au niveau médical. Il faut prendre en compte les aspects psychologique et social. Chez nous, les femmes qui sortent peuvent bénéficier d'un passage quotidien d'une sage-femme libérale jusqu'à J+12, pris en charge à100%».

Anne Kerguelen, sage-femme à l'hôpital de Saint-Brieuc.
«Il faut avoir une certaine souplesse. Les retours anticipés que l'on a faits se sont passés sans problème. Depuis 2009, il y a une convention avec les sages-femmes libérales pour le suivi à domicile des femmes. Mais peu sont intéressées par une sortie anticipée. Je pense aussi que c'est dû à un manque de publicité. Il faut arrêter de dire que c'est dangereux. La naissance, c'est physiologique, ce n'est pas une pathologie».

Christelle Gerder-Montaigu, présidente de l'organisation nationale des syndicats de sages-femmes.
«À partir du moment où les choses sont bien organisées avec les maternités et la sécurité sociale, il n'y a pas de raison que ça ne fonctionne pas. Mais il faut y aller progressivement et il ne faut pas que les femmes soient mises à la porte des maternités pour faire des économies».
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