2 août 2008
L'amiral de Saint-Salvy est le nouveau préfet maritime de l'Atlantique. Il a pris hier la succession de l'amiral Rolin. Le nouveau Pacha n'est pas mécontent de retrouver Brest et la mer. Rencontre.
Jusqu'à ces jours derniers, les fenêtres parisiennes de l'amiral s'ouvraient sur la cour austère du ministère, au coeur de la capitale et d'affaires capitales du Bureau des affaires stratégiques de la Défense. Mission accomplie. C'est avec appétit qu'il change d'horizon. Retour à Brest, au Château. Retour à la mer.
Une porte qui s'ouvre. Des yeux qui pétillent sous d'épais sourcils qui lui donnent un air sévère. Rencontre avec Anne-François de Bourdoncle de Saint-Salvy. Sur les papiers officiels, c'est comme cela. Pour le reste, une franche poignée de main. L'homme sourit : on l'appelle amiral de Saint-Salvy, c'est tout. C'est dit.
« Très tôt, j'ai décidé d'être marin. J'avais quoi, 10-12 ans...Et très vite, j'ai décidé que ce serait l'Ecole Navale ». Pourquoi ? Il dit qu'il ne sait pas très bien... Certes, il a fait une immersion chez les scouts marins, mais son enfance est faite plus de terre que de mer. Tous les étés, cap avec le clan sur la maison familiale du Val-de-Loire. Il raconte des histoires de foin, d'eau douce. Le marin en herbe excelle à la pêche... à la grenouille !
Il n'a pas la fibre marine et militaire par hasard. C'est même une affaire de famille.
Son père s'engage lors de la guerre d'Indochine et le petit Anne-François navigue entre Cherbourg, Toulon, Lorient, Hourtin, les ports des marins. Son arrière-grand-père déjà avait intégré Navale.
Anne-François de Saint-Salvy grandit à Paris. L'Ecole navale et les chevaliers de la mer, ce sera la promotion 1973. De bons souvenirs. « On apprenait alors, dit-il, parfaitement son métier de marin, un peu moins bien son métier d'ingénieur ».
Victime du mal de mer
Marin dans l'âme, il se découvre ce qu'il nomme, non sans humour, « une petite particularité » : il a le mal de mer ! Quiconque a connu ce calvaire aurait sans doute remis pied à terre. Pas lui. A chaque fois qu'il prend la mer, c'est le même souci. Il faudra du temps et son embarquement à bord du porte-avions pour que le mal de mer s'envole !
Le mal de mer n'empêche en rien notre marin de sortir major de sa promotion ! Affecté Outre-mer, il a la chance, dit-il, de plonger tout de suite dans les responsabilités, comme officier en second sur un bateau hydrographique. Un saut à Brest sur le sous-marin le Foudroyant puis il repart, la fleur au fusil, pour un commandement en Nouvelle-Calédonie.
La lutte sous la mer l'entraîne, lui et sa petite famille (qui s'agrandit) par monts et par vaux. Toulon. Brest : il est alors chef de groupement à bord du Primauguet où il peut expérimenter sonars et autres engins sous-marins. Aucun doute, dit-il : il fait le métier qu'il voulait. Mieux : c'est le même métier et ce n'est jamais le même ! Ce qui mérite explications. Il a pris la barre du Commandant Blaison, le chien de garde des sous-marins nucléaires. Il était alors en Afrique. L'opérationnel, il aime. Manager les hommes, il va aimer. Dans le golfe de Guinée, il découvre les difficultés de l'art de commander. Il n'a pas oublié cette histoire de la femme d'un sous-officier qui était malade. Fallait-il le faire rentrer ? Il faut savoir évaluer, décider.
Quelques années à Paris
Les courants le portent vers Paris pour quelques petites années, à l'Etat major, rue Royale. Là, on cogite sur l'avenir de la Marine. Derrière un bureau, des tas de papiers ! Cela peut faire râler un marin. Certains souffrent de l'absence de la mer. Lui ne s'en plaint pas. La ruche de la rue Royale, ses bureaux, ses dédales, ressemblent à un bateau. Et quant au boulot, on le fait, souligne l'amiral, comme en mer, en équipage !
Le spécialiste de lutte sous la mer va commander l'équipe d'armement du Charles-de-Gaulle avant de décrocher le commandement du Foch. Le porte-avions ! Le bateau, dit-il, mythique. Il en sera le Pacha d'août 1997 à août 1999, avec un temps fort : l'opération Trident au large du Kosovo. Plus de 500 missions de combat, des missions dififciles, et délicates quand il s'agit de récupérer les avions. Difficile et délicat aussi à vivre pour les hommes car personne ne savait combien de temps la mission allait durer. Essentiel de maintenir le moral des troupes. Ils étaient près de 2.000 à bord. Ils sont tous rentrés à bon port. Sauf un, décédé d'une crise cardiaque. C'est à cet homme qu'il pense encore.
Un homme heureux
qui retrouve Brest et la mer
Entre terre et mer : ce sera encore Paris. Toulon. Puis Matignon. Une année avec Lionel Jospin, une avec Jean-Pierre Raffarin. Position stratégique pour le conseiller militaire du Premier ministre. Il observe. Deux hommes, deux styles. Rue de Varenne, l'amiral de Saint-Salvy est sur le pont pour gérer la crise du Prestige (*)... A 54 ans, c'est un homme heureux qui retrouve Brest et la mer. Une nouvelle mission, toujours dans le sillage de l'amiral Rolin. Anne-François de Saint-Salvy lui a succédé trois fois ! Comme sous-chef Plans à l'Etat major, puis comme directeur adjoint des Affaires stratégiques. Et aujourd'hui, comme préfet de l'Atlantique. Un destin ! Le nouveau Pacha pourra désormais aller plus souvent sur ses terres de Trézien, à Plouarzel (29) où, comme tous les sages, il pourra cultiver son jardin.
* Le 19 novembre 2002, le Prestige coulait au large de la Galice. 64.000 tonnes de fioul se sont ensuite déversées sur quelque 2.600 km de côtes espagnoles et françaises.
