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Bretagne

Mariage. L'institution résiste

31 mai 2009

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En France, plus de la moitié des enfants naissent désormais hors mariage (1). Par ailleurs, 94% des Pacs sont souscrits par des couples hétérosexuels. La mort programmée du mariage? Pas si sûr, répond le professeur Henri Joyeux.

Le mariage n'est pas condamné, à condition que les jeunes fassent preuve d'esprit critique, souligne Henri Joyeux, chirurgien cancérologue, président de la Fédération des familles de France, auteur de «La mort programmée du mariage? Une nouvelle aventure pour les familles» (2).

Comme Capri, le mariage est-il donc fini?
Il n'est plus nécessaire de se marier pour avoir des enfants. Ce qui n'empêche pas les parents de se marier quand les enfants ont quatre-cinq ans. Ils jouent alors le rôle de garçon ou demoiselle d'honneur.

Le mariage a-t-il toujours existé?
Le mariage n'a pas toujours existé et n'existe pas dans les sociétés primitives. S'agissant de notre Histoire, on a mis mille ans pour le construire comme institution en tant que pivot de l'organisation sociétale, puis mille ans pour le détruire. Nous sommes à une étape critique. C'était peut-être complètement idiot de le construire, mais est-il intelligent de le détruire? Le mariage n'est pas nécessaire, mais c'est une vraie sécurité sociale. C'est dire à à ceux qu'on aime et qui nous aiment et à la société: «J'ai décidé de construire une famille...». Ensemble, nous serons plus forts, plus créatifs, d'autant plus que la société nous protège. Le mariage a été et reste un élément de cohésion sociale. En le faisant exploser, est-ce qu'on ne rentre pas dans l'«in-cohésion» sociale? Pour le mariage religieux, pas de souci, il gardera de toute façon sa place même si elle restera minime.

Pourquoi y a-t-il une désaffection du mariage?
Les jeunes ont peur de s'engager et je les comprends. Les maires, avec leurs discours de curés parlant de fidélité, sont en complet décalage dans une société où on vous vend à la pelle des cartes de fidélité. La fidélité affective ne peut pas s'acheter. On ne sait pas parler correctement de l'engagement. On fait croire que c'est une perte de liberté remplie de contraintes, alors que le mariage libère de l'individualisme, de la solitude et ouvre des perspectives de créativité et de développement personnel. Le langage des adultes responsables aujourd'hui est «anthropo-illogique». Nous sommes dans une société qui ne pose plus les bonnes questions, notamment celles du sens. Quel sens d'avoir une compagne ou un compagnon pour avoir des enfants? Quelles en sont les conséquences? Mes responsabilités? Nous sommes dans une société d'irresponsabilité, de l'immédiateté. On nous montre sans cesse des stars qui changent de compagnon ou de compagne comme de bagnole. Les gens sont désorientés. Ils ont besoin de repères et le mariage en est un.

L'individualisme contribue-t-il à la mort du mariage?
Nous sommes effectivement dans le toujours plus individuel. Quand l'homme est un loup pour l'homme, le résultat est catastrophique. Nous sommes dans une société de marchandisation. On nous prend pour des consommateurs. Or, on n'est pas seul sur la planète. Nous ne sommes pas que des usagers. On a besoin de l'autre, des autres. On ne peut pas construire sa vie dans son coin. Le cercle principal, primordial, c'est le cercle familial.

Le Pacs ne remplace-t-il pas le mariage?
Avec le Pacs, on retrouve les fiançailles, ce qui veut dire «confiance en construction». Le Pacs est une espèce de mariage à l'essai qui ne comprend pas la fidélité. Les fiançailles, que l'on appelait autrefois «accordailles», pouvaient être rompues sans problème. C'était le temps que l'on se donnait et qui était nécessaire pour accorder les esprits et les coeurs, ce qui est plus délicat que d'accorder les corps. Et si on commence par le sexe, cela ne peut conduire à la symphonie affective dont tous les couples rêvent. L'amour, c'est d'abord un coeur qui cherche un autre coeur, et pas un sexe qui cherche un autre sexe.

Comment redonner confiance dans le mariage?
En mettant de l'affectivité au coeur de notre société et de la perspective. Aujourd'hui, la perspective, c'est demain matin. Comment construire dans ces conditions? Les jeunes ne doivent pas avoir peur de contester les vieux cons qui ne savent plus eux-mêmes où ils sont. Mais je suis confiant: l'intelligence est là. Il y a simplement un devoir de cultiver et de nourrir ses neurones pour exercer son esprit critique. Le rôle de mon livre est se susciter des contre-arguments à ceux qui consciemment ou pas veulent tuer le mariage. C'est ce qui fait réfléchir et avancer.

1. 55% des naissances en Bretagne, 51% en France métropolitaine. 2. Chez François-Xavier de Guibert.

Maëlle et David: «On y croit à fond!»

Pourquoi le mariage? «Pour s'engager l'un envers l'autre et montrer à nos familles et nos amis que l'on s'unit. L'occasion aussi de faire une belle fête». Se marier pour avoir des enfants? «Non, nous n'avons pas du tout pensé aux enfants. Un enfant, c'est un autre engagement, même hors mariage. Ce n'est pas un argument de mariage, en tout cas». Un Pacs n'aurait-il pas suffi? «Non, ça ne représente pas grand-chose. Tout le monde y a recours. C'est presque trop facile. En cinq minutes c'est fait; une signature, pas de témoins et c'est fini. Pour nous, le Pacs ne représente pas une union. Chacun conserve son nom... Ce n'est pas l'expression publique d'un engagement... On a autant de copains qui se marient (trois couples, l'an passé et un cet été), et qui se pacsent, dans l'intimité. Dans ce cas, on l'apprend généralement un ou deux mois après». Et s'il fallait les convaincre de se marier? «On dirait que ça reste un rêve. C'est tellement merveilleux de voir une telle démonstration d'amour en une seule journée. C'est super-beau. Quant à la suite, on a d'autant plus envie de prouver que le mariage, ça fonctionne, que nous sommes des enfants de divorcés. De ce fait, on aurait pu ne pas y croire du tout. En fait, on y croit à fond. Déjà, ce mariage a permis à nos parents et beaux-parents de se rapprocher. Et c'est déjà beaucoup».

Enfants hors mariage

En 2005, 28 % des nouveaux mariés avaient déjà un ou plusieurs enfants communs. Ils n'étaient que 5 % en 1970. ?? cette époque, un quart des femmes étaient enceintes, contre 8 % en 2005. Effet «An 2000»? Le nombre des mariages a dépassé les 300.000, lors du passage au XXIe siècle (271.600 en 1995).

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«L'amour, c'est d'abord un coeur qui cherche un autre coeur, et pas un sexe qui cherche un autre sexe».

  • Henri Joyeux, président de la Fédération des familles de France
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