Maria Lambour. La Bretagne incarnée
Elle n'a pas vendu d'albums, n'a rien découvert, ni défilé sur des podiums. C'est juste une femme ordinaire au destin finalement extraordinaire. La petite Maria Le Berre, née il y a un siècle aux confins du pays bigouden, a été élue Bretonne de l'année par la rédaction du Télégramme.
Le pays bigouden peut être fier. Une centenaire, avec son sacré caractère, et qui aurait pu être Miss France en 1929, a été élue Bretonne de l'année par la rédaction du Télégramme. Les yeux encore de braise, l'art de la coquetterie - «Elle n'est pas de travers, là, ma coiffe?» - à faire sourire le photographe: une drôle de dame, Maria Lambour. Qui, gloire et beauté, et toute mise sur son31 en cette veille de réveillon, reçoit à l'heure du café-pain-beurre avec un oeil malicieux, en se demandant bien pourquoi -ou en faisant semblant de le faire-, elle est ainsi couronnée. Et en s'interrogeant d'abord, sans verser dans le cliché: «Combien j'ai gagné? Un bonbon?». Combien? Rien, Maria. Juste le respect dû à votre grand âge et à ce que vous incarnez de la Bretagne d'hier et de demain. Et au pire, un sachet de bonbons qu'on vous apportera. Parce que les fleurs, c'est périssable.
Une femme ordinaire
Elle a 100 ans, Maria Le Berre, dite Kerguen, mariée puis veuveLe Maréchal, plus connue sous le nom de Lambour. L'identité, quand on est née aux confins du pays bigouden, n'est pas forcément dans le nom. Elle est dans ce que les gens sont. Maria Lambour, Bretonne de l'année, c'est l'occasion de rendre hommage à une femme ordinaire, au destin devenu extraordinaire. L'Ile Chevallier, à Pont-l'Abbé, en 1911, n'était pas à proprement parler cet endroit bucolique qu'on aime aujourd'hui admirer. La petite Maria qui, au demeurant, n'a guère grandi, naît dans un monde qui va connaître la guerre. Puis une seconde.
Rapidement veuve, Maria Le Maréchal vit sa vie de femme et de mère ordinaire. Tient sa boutique, sert des verres, du sans-plomb et de l'ordinaire. Laisse sa coiffe grandir sans céder à la mode de la ville, «mod' giz ker». Jusqu'à devenir, à 100 ans, star de publicité, objet de curiosité parfois déplacée et, surtout, la dernière des Bigoudènes à porter, au quotidien, la grande coiffe. «Moi, le matin? D'abord le café et après, je mets ma coiffe. Enfin, ça dépend, des fois aussi, je fais l'inverse», sourit-elle, naturellement. Naturellement parce que c'est ainsi, que ça l'a toujours été et que ça le sera jusqu'au bout.
Hommage aux femmes
Maria Lambour, Bretonne de l'année, c'est aussi, même si l'on peut penser l'inverse, sortir des clichés et dire, une nouvelle fois, que la Bretagne est bien vivante. Si des générations ont vécu dans la crainte de revendiquer leursracines, les cercles celtiques font désormais le plein de danseuses et de danseurs, pour des créations qui finissent par tutoyer l'art contemporain. Les bagadoù se remplissent, au point que la fédération des sonneurs peine à fournir des formateurs. La musique bretonne, s'affranchissant des carcans du traditionnel, explore, aujourd'hui, des territoires electro, voire punks, qu'on lui pensait interdits.
La Bigoudène, aussi, est l'image de marque de la région, notamment grâce au succès d'À l'aise Breizh. Mais au-delà, rendre hommage à Maria Lambour, c'est aussi rendre hommage aux femmes de Bretagne. Elle a vécu deux guerres, est devenue veuve. Elle a connu les transformations du monde. Elle n'a rien inventé, rien créé. Juste vécu. Mais elle n'a jamais baissé la tête, ne s'est jamais décoiffée devant l'adversité. Simplement, sincèrement. En cela, Maria mérite d'être Bretonne de l'année, pour le symbole mais aussi pour l'exemple de fierté et d'exigence qu'elle incarne. Et qu'elle transmet aujourd'hui, presque malgré elle.
L'audacieuse ambassadrice
Comment réagissez-vous à cette reconnaissance des internautes?
Que demander de plus? C'est un peu la cerise sur le gâteau après avoir reçu le Grand Prix du Disque du Télégramme pour mon album «Bretonne», en février dernier. J'associe, bien sûr, à ce titre de «Bretonne de l'année» tous les artistes avec lesquels j'ai collaboré et qui m'ont soutenue: Alan Stivell, Christophe Miossec, Didier Squiban, Tri Yann, les Frères Morvan... J'ai fait cet album en toute modestie, pour rendre hommage à la Bretagne, avec la volonté de faire partager la bande sonore de mon enfance. Je suis fière que les Bretons l'aient apprécié et me soutiennent eux aussi, d'autant qu'ils restent l'un des publics les plus difficiles à convaincre. Je suis honorée par ce titre mais je me dis que je ne suis qu'une ambassadrice parmi tant d'autres qui oeuvrent pour la Bretagne et sa culture.
On vous reproche parfois de surfer sur la vague bretonne, d'avoir un côté trop commercial... Qu'en pensez-vous? Ce genre de commentaires me sidère
. La triste vérité, c'est que quand l'album est sorti, il n'y avait pas de vague bretonne. Quant au côté commercial, je peux vous dire que pour beaucoup, après un album un peu underground, pas vraiment formaté, revenir avec un album sur la Bretagne revenait à m'enterrer définitivement. Mais j'aime aller jusqu'au bout de mes idées. On m'a souvent dit que faire un disque de musique bretonne était un projet «courageux». Je dirais plutôt que c'était un projet audacieux. Je ne suis pas allée vers la facilité. J'ai fait un vrai choix artistique qui a trouvé un réel écho. D'ailleurs, j'avoue être un peu dépassée par l'ampleur du succès de cet album, qui est un succès populaire, au sens noble du terme. J'ai simplement voulu rendre hommage à mes références, comme une fenêtre ouverte sur cette musique et les gens qui m'ont donné envie de faire ce métier.
Vos projets pour la suite?
Je suis encore en tournée pour un an, avec des passages aux États-Unis et en Allemagne. Mais je continue à écrire des chansons. L'ombre de «Bretonne» planera certainement sur mes prochains albums. J'aimerais retravailler avec ChristopheMiossec et accentuer la dualité entre le côté dur de la langue bretonne et la poésie, l'onirisme du chant en gaélique.
- Propos recueillis par Jean-Marc Le Droff
Les derniers lauréats
2010.
Vote de la rédaction du Télégramme: Irène Frachon, pneumologie brestoise qui a dénoncé les dangers du Mediator. Vote des internautes: l'artiste Cécile Corbel qui a, notamment, composé la bande originale du film d'animation japonais «Arrietty».
2009.
André Ollivro, militant pour la défense de l'environnement.
2008.
Yoann Gourcuff, devenu, en quelques mois, star du football français.
2007.
Jean Jouzel, dont la carrière scientifique dédiée au climat fut couronnée par le prix Nobel de la Paix.
2006.
Étienne Le Guilcher, décédé en avril dernier, était devenu le porte-parole des victimes de l'amiante.
2005.
Sylvie Frelaut, mère de deux enfants qui, à la mort de son mari, a repris le bateau de pêche et est devenue armateur à Saint-Cast-le-Guildo (22).
2004.
François Nicot, à l'époque procureur de la République à Brest, s'était créé une réputation internationale après avoir immobilisé plusieurs bateaux pollueurs.
2003.
Raphaëla Le Gouvello, première femme à avoir vaincu l'Atlantique et la Méditerranée en planche à voile, a également dompté le Pacifique.
2002.
Christophe Le Goadec, âgé de 15 ans, qui a plongé dans un étang pour sauver un homme de 60 ans qui se noyait.
2001.
Yann Tiersen, musicien brestois qui a composé la musique du film à succès «Le fabuleux destin d'Amélie Poulain».
3 réactions
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ticris
clones
Certains comme Jacobins 75 voudraient que tous les français soient des clones de je ne sais quel modèle parisien.
Défendre son identité régionale n'est pas incompatible avec l'identité nationale
Mais l'identité régionale fait je pense peur à certains qui n'ont rien à proposer dans ce domaine... sinon "Paris plage"
Ajouté le 2 janvier 2012 à 11h33
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botul
le breton c'était mieux avant...
@ Cheun : quand on parlait sur les cailloux...dans la cabanne au fond du jardin ;-)))
à l'époque avec 1500 mots on faisait le tour du monde alors que de nos jours il nous en faut 15000 pour comprendre le journal dont on n'a plus besoin une fois qu'on l'a lu ... mais là où rien n'a changé c'est qu'avec une envie pressante on ne fait pas plus le tour du monde aujourd'hui qu'on n'atteignait la cabanne au fond du jardin hier
;-)))
Ajouté le 2 janvier 2012 à 13h37
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domi...
LANGUE BRETONNE
Cheun
Une des conditions pour qu'une langue survive et est une chance de se redéployer c'est qu'elle soit codifiée .Si le français n'avait pas été codifié ce n'est pas deux ou quatre dialectes qui aurait représenté cette langue mais 147 !! Maintenant c'est vraiment dommage que cette unification linguistique ne s'est pas faite avec la participation du peuple breton d'autant que ce travail passionnant aurait eu l'avantage de déculpabiliser la population par rapport aux humiliations qu'elle a subit dans ce domaine elle se serait réappropriée la langue .Tandis que il faut avouer que certains des acteurs du renouveau linguistique n'ont pas forcément compris l'esprit de la langue et la façon de formuler les phrases et ont eu en plus quelque mépris pour le peuple ,cerise sur le gâteau ...venant se rajouter aux autres humiliations subite de la part des autorités françaises et de leurs suppôts dans leur stratégie d'élimination de notre langue .
Maintenant il faut aussi relativiser car pour un bretonnant de naissance il suffit qu'il prenne quelques cours de breton officiel et très vite il se rendra compte que la différence n'est ^pas insurmontable avec le breton parlé qui il faut le reconnaitre se francisait progressivement
Dans le genre il y a d'autres exemples bien pire à travers le monde
Ajouté le 2 janvier 2012 à 12h06
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