17 décembre 2008
En 2006 déjà, les lycéens et étudiants bretons s'étaient mobilisés très fortement contre le CPE. Deux ans plus tard, la jeunesse de l'Ouest fait une nouvelle fois figure de fer de lance de la contestation.
Malgré le report de la réforme Darcos, les manifestations ont encore été nombreuses, hier, en Bretagne. À Rennes, Vannes, Châteaulin, Concarneau, Quimper, Brest... les lycéens ont réclamé le retrait pur et simple de la réforme.
Certes, les manifestations n'ont pas l'ampleur de celles contre le contrat premier embauche (CPE) mais, au regard des mobilisations enregistrées dans d'autres régions et notamment en Ile-de-France, la Bretagne peut être considérée comme à la pointe de la contestation. Ce que ne manquent pas de faire les observateurs extérieurs.
Comment expliquer cette « force de l'engagement » qui, désormais, semble distinguer la Bretagne à chaque fois qu'une réforme fait l'objet d'un rejet ? Au-delà de l'influence et de la capacité de mobilisation de certaines organisations, on doit nécessairement revenir au rapport très singulier que l'Ouest et la Bretagne entretiennent avec l'école.
Investissement
« Ici, il y a une sensibilité aux questions scolaires qui est très forte et les lycéens sont aussi un peu le produit de cette sensibilité », rappelle Christian Le Bart, professeur à l'Institut d'études politiques de Rennes. Comme cela avait déjà été souligné lors de l'épisode du CPE, très nombreux sont encore les Bretons qui continuent à croire à l'ascenseur social par l'école. Ce qui, pour Erik Neveu, directeur de l'IEP de Rennes, explique que « le niveau d'exigence vis-à-vis de l'école est supérieur à celui qu'il est ailleurs ».
Les chefs d'établissements et, notamment, ceux qui ont eu l'occasion d'exercer dans d'autres régions, le confirment : la croyance de la réussite par l'école, contrairement à d'autres territoires, est encore très forte en Bretagne. D'où cet investissement très important des familles dans l'école qui se traduit, notamment, par le meilleur taux de réussite au bac.
Crainte
Conséquence, dès qu' « une réforme est perçue, à tort ou à raison, comme un renoncement à la qualité de l'enseignement, elle suscite aussitôt une forte réaction ». Parce qu'au final, il y a la crainte d'une démonétisation du diplôme.
Bien sûr, d'aucuns contesteront aux lycéens cette capacité à mesurer précisément les enjeux d'une réforme. Ce n'est pas le cas du directeur de l'IEP de Rennes. « Avec le développement de la précarité, on peut comprendre que les gamins puissent se poser des questions. Ils ont aussi souvent des frères et des soeurs. Il n'y a pas de compartiments de générations qui feraient qu'ils ne voient pas ce qui se passe ».
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