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Liaison dangereuse. Le prêtre quitte la prison pour l'abbaye

18 décembre 2010

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Poursuivi pour agression sexuelle sur un adolescent de 16 ans, un prêtre d'Ille-et-Vilaine a été incarcéré à Rennes, voici huit jours. La cour d'appel a décidé, hier, de le remettre en liberté (très) surveillée.

Dans le box de la chambre de l'instruction de la cour d'appel de Rennes, un long jeune homme, le regard perdu, le teint blême. Il est prêtre, il est âgé de37ans mais il a plutôt l'apparence d'un adolescent trop vite grandi, effaré par le monde qui l'entoure. Il est vrai qu'il vient de vivre huit jours de détention.

Qu'a-t-il fait pour mériter un tel sort ? Prêtre pédophile ? Ce n'est pas si simple : il n'y a qu'un plaignant, il ne s'agissait pas d'un enfant puisqu'il avait 16 ans au moment des premiers attouchements (NDLR: la majorité sexuelle est fixée par la loi à 15 ans, âge en deça duquel le consentement ne peut exister) et il s'est agi d'une relation de longue durée.

Une relation de quatre ans

Tout avait commencé en 2000, à Saint-Malo (35), lorsque le plaignant avait une douzaine d'années. Il était louveteau et le prêtre avait les scouts en charge. Une sympathie naît entre l'adolescent et le jeune prêtre, alors âgé de 27 ans, qui devient l'ami de la famille. Une famille nombreuse, des parents fervents catholiques qui accordent une totale confiance au prêtre au point de le laisser partir seul avec leur fils en pèlerinage à Rome, en2004. Ils sont logés dans une même chambre et c'est là qu'un «chahut» se transforme en caresses qui deviendront plus tard des jeux sexuels. En 2008, le jeune homme est âgé de 20ans, il a quitté la région pour la Normandie où il se prépare à la prêtrise et il continue à voir son ami, qu'il reçoit dans son logement étudiant.

L'Église éloigne mais ne dénonce pas

Peu de temps plus tard, alors qu'il vient d'échouer à la préparation d'entrée au grand séminaire, il s'ouvre à des proches du secret de sa relation. Il en informe aussi Mgr d'Ornellas, l'archevêque de Rennes. Ce dernier réagit aussitôt en nommant son subordonné dans un établissement de l'Oise, où il s'occupera d'adultes handicapés. Il y restera deuxans, jusqu'à ce que la machine judiciaire soit actionnée par une plainte du jeune homme. L'Église aurait-elle dû réagir plus fermement, en saisissant la justice dès2008? À en croire les explications données par l'archevêque, les faits dont il avait connaissance n'avaient aucune qualification criminelle et n'imposaient pas de dénonciation, même s'ils exigeaient un déplacement.

«Ce qui dérange c'est qu'il est prêtre»

Le parquet de Saint-Malo n'ayant pas partagé l'analyse pénale du prélat, le prêtre a été mis en examen pour viol et le juge des libertés et de la détention a estimé, la semaine dernière, que la détention s'imposait. «S'il est incarcéré, c'est parce qu'il est prêtre et non pour ce qu'il a fait», a plaidé MePineau devant la cour, en qualifiant son client de «victime du sujet terriblement brûlant» de la pédophilie chez les religieux. «Pourtant, il s'agit ici d'un lien d'une tout autre nature, fait d'attirance, de séduction progressive et pas seulement à son initiative».

De la prison à l'abbaye de la Trappe

«Oui, c'est sa qualité de prêtre qui justifie sa détention», a rétorqué Mme Fiasella pour le ministère public. «Parce qu'il a abusé de l'autorité que lui donnait sa fonction, parce qu'il s'est vu confier l'accompagnement d'un jeune dans une voie spirituelle, parce qu'il a trahi la confiance de la famille, parce qu'il y avait une emprise psychologique d'un adulte sur un adolescent» et, au bout du compte, «oui, parce qu'il est prêtre», il doit rester sous les verrous. En décidant de mettre un terme à sa détention dans la prison de la République, la cour a tenu compte de l'engagement de l'archevêché qui avait fait savoir qu'en cas de remise en liberté, il nommerait le mis en examen dans une abbaye de la Trappe (ou ordre reclus des cisterciens de la Stricte observance), hors de Bretagne. Une manière pour l'Église de contribuer au contrôle judiciaire.

  • Alain Le Bloas
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