27 septembre 2011 - 4 réactions
Hier, Joël Labbé recevait dans sa mairie. Comme un symbole. «Mon bureau restera ici car j'ai fait le choix de garder mon mandat de maire. Ce sera sans mélange des genres». Contraint par la loi sur le cumul des mandats, il laissera sa suppléante, l'Elvinoise Élodie Le Rohellec, siéger au conseil général du Morbihan. «La mairie, c'est mon ancrage historique. On a des projets importants en cours. Je ne serai pas un maire au rabais: j'ai une très bonne équipe, les commissions fonctionnent bien». Le choix n'a pas été simple: «Je quitte mes collègues du groupe de gauche avec un pincement au coeur». Des collègues qu'il aura l'occasion de saluer une dernière fois lors de la session trimestrielle, aujourd'hui et demain. Du moins le deuxième jour, à son retour de Paris. Car il «tient à faire un dernier tour de piste».
«Je n'avais aucun plan de carrière»
Au lendemain de son élection victorieuse, où la gauche a raflé les trois postes en jeu, cet élu Europe Écologie - Les Verts depuis un an savoure son «immense bonheurcar le vote de ses pairs est un gage de confiance. C'est encourageant dans notre manière d'être». Même s'il juge sa victoire «inattendue», il assure «se sentir déjà sénateur. Et ça ne me trouble pas». Sa victoire, il la partage avec sa femme, ses cinq enfants et ses six petits-enfants: «C'est une belle fierté collective. Si j'en suis là, ils y sont pour beaucoup. Je n'avais aucun plan de carrière et me voilà sénateur».
De la sympathie pour Cali et Miossec
Une victoire, et non pas une revanche sur François Goulard. Même si ce dernier n'est pas venu le féliciter. «Le duel Goulard-Labbé m'a toujours dérangé. Je ne veux pas être haineux ni revanchard, les urnes ont parlé. Ces derniers mois, je n'avais pas très bien vécu la suspension du projet de parc naturel régional. Mais on peut le remettre sur les rails: il faut que tout le monde se mette autour de la table, y compris FrançoisGoulard, président du conseil général. Si on réussit ça, ce sera une belle victoire de la politiqueau service du territoire et de sa population». Jusqu'à ce week-end, la petite commune de Saint-Nolff (3.700 habitants) était reconnue grâce à son festival de musiques. Un festival que Joël Labbé a «souhaité» et dont il a «toujours été proche». Normal lorsqu'on est un fan, comme lui, «du rock des années 70». Et qui a su évoluer musicalement: «Noir Désir a marqué le festival. J'ai de la sympathie pour Cali et Miossec. Et je ne désespère pas de voir Manu Chao à Saint-Nolff». Depuis hier, la renommée de la commune est plus grande, depuis le passage des médias nationaux venus découvrir «ce sénateur atypique qui intrigue tant». La plaque installée près de son bureau est là pour le lui rappeler: «Il n'est pas obligatoire d'être fou pour travailler ici... Mais ça aide».
«Je n'ai pas envie d'être policé»
Les cheveux longs grisonnants, les bijoux à l'oreille et aux doigts, ce quinquagénaire (59 ans en octobre), amateur de vélo, détonne dans le milieu politique. Cela, depuis 34 ans. Même si aujourd'hui, il accepte volontiers le costume-cravate, laissant de côté le blouson de cuir. Un personnage détonnant aussi car «j'ai la réputation d'être quelqu'un qui a sa liberté de parole. Je vais la garder tout en étant respectueux. Mais je n'ai pas envie d'être policé: mes coups de gueule au conseil général, on pourra les entendre au Sénat». Samedi, il siégera pour la première fois dans l'hémicycle du Palais du Luxembourg. «Un endroit où l'Histoire s'est faite», où il y a «le lustre et les fastes de la République». Et où ce «militant pour un autre monde» s'est déjà rendu pour un débat sur les OGM, en tant que spectateur, au côté de José Bové. «Rentrer là, ce n'est pas quelque chose de banal, je le mesure. Mais je vais être à la hauteur de la mission pour laquelle on m'a élu».
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