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Jean de Kervasdoué. Au chevet de la Sécu

1 novembre 2009 - 3 réactions

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Économiste et ancien directeur des hôpitaux au ministère de la Santé, Jean de Kervasdoué n'en finit pas de sonder le trou de la Sécu. Il siège aussi à la commission Rocard-Juppé sur le grand emprunt et son diagnostic sur l'avenir des finances publiques résonne comme un bulletin météo: agité !

Vous êtes au chevet des hôpitaux et des médecins et vous affirmez que le pays «creuse son trou de la Sécu avec la régularité des dépressions d'hiver en mer d'Iroise». Mais que faut-il faire?
Tous les ministres de la Santé nous font croire que c'est une fatalité qui a pour première cause le vieillissement de la population, alors que celle-ci n'est responsable que pour 0,65% de la hausse des dépenses de santé, et que la seconde cause est due à l'innovation médicale, à laquelle on ne peut imputer que 0,25% de cette augmentation. Cela ne fait au total que 0,90% de progression, alors que les dépenses de santé augmentent de 2% de plus que le PIB. Et lorsqu'on dérape simplement de 1%, cela représente 20milliards d'euros. Vous avez là l'essentiel du déficit de la Sécurité sociale.

Ce déficit sera de 23,5milliards cette année, dont la moitié pour la branche maladie. Dérembourser certains médicaments et augmenter le forfait journalier de 16 à 18EUR va-t-il dans le bon sens?
Non, car nous avons déjà beaucoup augmenté les recettes de l'assurance-maladie, de 15milliards d'euros entre2004 et2008. Depuis trois ans, il y a une meilleure maîtrise des dépenses, mais qui reste ridicule par rapport au problème. Responsabiliser les patients ne sert à rien, au contraire, parce que plus les gens paient, plus les dépenses progressent. Nous sommes déjà le troisième pays au monde qui consacre le plus d'argent à sa santé, avec 11% du PIB, après les États-Unis (16% du PIB), et juste derrière la Suisse (11,2%). Il faut contrôler les dépenses, et non les déremboursements.
Mais comment en est-on arrivé là?
D'abord, il faut tordre le cou à une idée reçue. Ce n'est pas parce que les dépenses de soins augmentent que l'on a une meilleure santé. C'est une erreur que les hommes politiques perpétuent en ne parlant que d'argent. Il vaut mieux commencer par identifier les causes, et il y en a trois. Il existe, tout d'abord, une surconsommation de soins propre à la France. Ensuite, il y a le départ à la retraite des générations d'après-guerre et le déficit de la branche vieillesse sera supérieur à 10milliards d'euros en2010. On n'est donc pas près d'en sortir car les effets du baby-boom se feront sentir jusqu'en 2034. À la création de la Sécu en 1945, le départ à la retraite était à 65ans, pour une espérance de vie à la naissance de 60 ans. Alors que maintenant, on a un départ à la retraite à 60 ans, pour une espérance de vie de 81 ans. Vous voyez tout de suite le grandécart!

C'est très satisfaisant de savoir que l'on vit plus longtemps mais cela représente un coût. La crise a-t-elle aggravé la situation?
J'y viens, c'est la troisième raison. Mais la crise n'explique que la moitié du déficit. Il faut donc agir sur les autres causes. Il y a, pour commencer, trop d'établissements hospitaliers publics et privés: 3.500 en France, pour 620 en Grande-Bretagne. Et on y emploie trop de personnel, un million en France, soit autant qu'en Allemagne, où la population compte 20millions d'habitants de plus. Ensuite, on hospitalise trop dans notre pays, une personne sur quatre et par an, alors que la moyenne européenne est d'une personne sur six. Enfin, on prescrit trop de médicaments.

Est-ce la faute des médecins qui font trop d'ordonnances, ou celle des malades qui ne se sentent mieux qu'avec une longue liste de médicaments?
La France compte beaucoup de médecins: 3,4pour1.000 habitants, contre 2 dans les pays anglo-saxons. Ça coûte donc cher. À l'inverse, les pays d'Europe du Nord ont deux fois plus d'infirmières que nous (deux infirmières par médecin en France). À leur décharge, un généraliste français gagne 2,5 fois le salaire moyen, mais 3,5 fois en Grande-Bretagne, et 4 fois en Allemagne. En fait, certains médecins abusent: la moitié des médicaments français sont prescrits par 8,5% des médecins, ce sont eux sur lesquels il faudrait agir. Mais aussi sur les malades, car90% des consultations sont suivies d'une prescription, contre seulement 40% dans l'Europe du Nord.

Le taux de prise en charge des frais de santé par l'assurance-maladie est proche de 80%, et 92% des Français ont une mutuelle. Cette couverture n'est-elle pas excessive et donc incitative à la dépense?
Si on faisait payer le déficit du régime maladie par les mutuelles, il faudrait qu'elles augmentent leurs cotisations de 40%. C'est donc difficile. Et comme me disait un ami anglais, ce n'est pas en augmentant le prix des cercueils que l'on diminue le nombre de morts! Ce sont donc les médecins qu'il faut contrôler, plus que les malades.

1.428milliards d'euros de dette publique avec un déficit du budget de 141milliards qui a triplé en deux ans. Et en plus, on prépare un grand emprunt. Ce n'est pas un peu trop?
Je fais partie d'une commission codirigée par MichelRocard et Alain Juppé. Nous avons pour interdiction de proposer la moindre dépense de fonctionnement, ni crédits pour la Défense et nous privilégions les dépenses d'avenir comme l'enseignement, la recherche, ou les transports publics. Nous devons encore nous réunir une dernière fois mercredi sur le thème de l'énergie. Et nous rendrons notre rapport sur cet emprunt qui se situera entre 20 et 40milliards.

  • Propos recueillis par Thierry Dussard

Un bretteur breton

Éminent professeur au Conservatoire national des arts et métiers (Cnam), Jean de Kerguiziau de Kervasdoué est parfois victime du syndrome de l'enseignant: il a le sens de la formule qui frappe les esprits mais ne souffre pas d'être interrompu dans ses raisonnements longs comme des bandes Velpeau. La discussion avec lui est donc aussi passionnante que passionnée, d'autant que sa vision est internationale et qu'elle ne se limite pas à la santé. Issus d'une famille d'officiers de Marine de la rade de Brest, ses ancêtres ont été propriétaires du château de Kerjean et une branche réside toujours dans le manoir de Kervasdoué, à Locmaria-Plouzané (29), près de Lannilis. Il préfère la Corse comme lieu de villégiature, mais «je garde des attaches profondes avec la Bretagne, dit-il. Dans tous les cas, il faut que je sois proche de la mer».
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3 réactions

  • keru...
    Jean de Kervasdoue
    Il y a peut-être aussi une autre explication. Les gouvernants prennent la Sécu pour une vache à lait et la chargent de dépenses qui ne correspondent ni à son but, ni à ses statuts. CMU, primes de Noël, suppressions de charges, etc. Paul Chérel
    Ajouté le 1 novembre 2009 à 14h58
  • geli...
    Oui l'Hopital est malade mais
    C'est de szs peopres stuctures qu'elle est malade Dans un hioital, pour y avoir été eb traitement et ex administrateur CPAM et sélégué URCAM Je dénonce la multiplité des examens Radio...Snanner...Electro.....POur un cancer, à chaque chimio , toute une batterie de contrêles honéreux inutiles. Il faut savoir aussi que les CPAM gèrent le fongécif, paie des dettes d'ékectricité .....ext ..... Cela est il norma: Par CONTRE IL EST CERTAIN que dans les hôpitaux, il manque des INFIRMIERES et du Personnel de service. Enfin ne soyons pas hypocrite pourquoi toutes ces publicirés lorsque sur internet vous chercher un spécialiste d'hôpital...... A mon sens on a pris l'hôpital par le mauvais bout 1)un centres techniques bien équipés et des centres de soins séparés du C T. Autre chose certainement à résoudre est le problème des VSL Nous avions amorcé et proposé une reforme de ce système . Refus des autorités Bref , autre problème est la Diretion d'un hôpital par un administratif .... et aussi le mandarinat évidemment Mandrin
    Ajouté le 1 novembre 2009 à 09h25
  • c.ba...
    Deficit de la sécu
    Une chose est certaine beaucoup se font énormément d'argent avec le cotisations que les uns et les autres paient pour une sécurié sociale solidaire et respectueuse des malades.Quelle honte
    Ajouté le 1 novembre 2009 à 07h21

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