3 avril 2008
L'unité des débitants français de tabac va-t-elle se lézarder ? Hier, lors de l'assemblée générale des buralistes du Finistère qui se tenait à Taulé, des tenanciers de bars tabac s'en sont ouvertement pris au président de la puissante confédération française, René Le Pape, et réclamé la « liberté de choisir » d'être des établissements fumeurs ou non fumeurs.
Trois mois après l'entrée en vigueur de la loi antitabac, nombre de professionnels font les comptes. Certains, comme Patrick Godin, tenancier du bar-tabac « Le Belon », à Riec-sur-Belon, déplorent des baisses d'activité importantes. Comme d'autres collègues de la région quimperloise, il a décidé de rejoindre l'association « Liberté de choisir ». Elle a été créée dans la continuité de l'action menée par le buraliste de la région nantaise, Joël Lailler, qui a suivi une grève de la faim durant 25 jours pour s'opposer au fameux décret.
« Une équipe vieillissante »
Son message, plus radical que celui de la confédération, gagnerait du terrain. « On compte déjà plus de 300 buralistes dans le Grand Ouest et il en arrive tous les jours, de nombreuses régions de France ». Plusieurs de ses adhérents s'étaient invités à l'assemblée des buralistes finistériens, hier. Lors de cette réunion parfois houleuse, ils ont pris à parti René Le Pape, à la tête, selon eux, « d'une équipe vieillissante » et « trop proche du gouvernement ». « Vous n'êtes plus à l'écoute de vos adhérents qui, eux, se battent contre le décret », a tonné Patrick Godin, avant de réclamer « du sang neuf ».
René Le Pape
appelle à l'unité
Au préalable, René Le Pape avait tenté de désamorcer la crise en rappelant « le combat mené depuis deux ans et demi » contre ce « décret scélérat ». Le bouillant président attend désormais les résultats des négociations ouvertes avec le président de la République. Lui aussi a, dit-il « défendu le modèle espagnol du libre choix ». Mais il en est à présent persuadé : la France ne reviendra pas sur le décret. « Il faut être lucide », estime-t-il. Refusant toute polémique - « elle ne ferait que desservir nos intérêts » -, René Le Pape a appelé ses collègues à demeurer soudés. « Nous avons besoin d'unité et de solidarité ». Il reste à savoir si ce message sera entendu par des buralistes dont la grogne pourrait se radicaliser.
