23 septembre 2009 - 4 réactions
L'amour sera-t-il plus fort que des lois d'un autre temps? Fabienne Justel aimerait le penser. Mais elle sait que le combat sera rude et... long. Et, à 39 ans, le temps presse quand on veut mettre au monde un enfant. Cet enfant, elle le veut; absolument.
Au nom de l'amour; au nom de Dominique, ingénieur Telecom, décédé l'an passé, trois ans après leur rencontre et trois mois après leur mariage. Touché par un cancer incurable, Dominique a pris la précaution, dès le début de sa maladie, de confier son sperme au Centre d'étude et de conservation des oeufs et du sperme de l'Ouest (Cecos), à Rennes. Le couple veut avoir un enfant. La maladie ne leur en laissera pas le temps.
Patrimoine familial
Aujourd'hui, Fabienne souhaite récupérer les paillettes de sperme, afin de procéder à une insémination artificielle. Mais le Cecos refuse. Motif: l'insémination post mortem est interdite en France. «Si nous avions su que nous ne pourrions récupérer le sperme, nous l'aurions déposé en Belgique ou en Espagne, où la réglementation est plus souple», confie Fabienne Justel. L'Espagne où elle pense aller se faire inséminer si elle récupère les paillettes.
Un «trésor que l'on refuse de restituer», dénonce MeGilbert Collard: «Le Cecos refuse de restituer à ma cliente le patrimoine génétique de son mari, un patrimoine dont il n'est pas propriétaire». Mais l'accusé n?est pas tant le Cecos que les lois de bioéthique de 2004. Une révision en est programmée l'an prochain. Les députés seraient globalement favorables à un assouplissement. Mais Fabienne ne veut pas attendre. Elle demande une dérogation.
«Un projet parental»
Me Collard s'appuie sur l'existence d'un vrai projet parental. Argument avancé également par Sylviane Agacinski, auteur de «Corps en miettes»(Flammarion), qui estime que Fabienne et son mari étaient entrés dans un processus de création médicalement assisté (*) : «Cette histoire revient à poser la situation d'un homme qui meurt quand sa femme est enceinte. Doit-elle pour autant interrompre sa grossesse? Je pense que non...» Une vraie histoire familiale en l'occurrence, nourrie par l'amour. Le seul argument qui vaille pour Fabienne, qui espère ardemment pouvoir enfanter ce fruit de l'amour. Les juges seront-ils sensibles à ces sentiments profonds? À moins qu'ils ne s'inspirent de la jurisprudence: une femme avait obtenu gain de cause dans une semblable affaire, à Créteil, il y a 25 ans.
La décision reportée au 15 octobre
Ce matin, le ministère public a demandé le rejet de la demande de restitution des paillettes congelées de sperme de son époux. Le verdict a été repoussé au 15 octobre. Cécile Vivien, vice-procureure chargée du parquet civil, a estimé qu' "en refusant la restitution des paillettes, on ne porte pas atteinte à une disposition légale". Me Gilbert Collard a de son côté plaidé que le contrat entre Dominique Justel et le Cecos valait "engagement pour les deux époux" et "la réitération annuelle (des dépôts, ndlr)" et cela était "l'expression indiscutable de la volonté de procréer". "Nous ne sommes pas là pour faire de la philosophie du droit ou de la bioéthique mais pour appliquer la loi !", a fait valoir l'avocat du Cecos, Michel Poignard. Interrogée à l'issue de l'audience, Mme Justel, visiblement éprouvée, a déclaré: "J'aurais voulu prendre la parole. J'étais révoltée. J'encourage le tourisme procréatif et à se diriger vers l'étranger".
Fabienne Justel "ne baissera pas les bras"
Fabienne Justel a assuré qu'elle ne "baisserait pas les bras" malgré l'opposition du ministère public. "Je me battrai pour cet enfant, je ferai le maximum, je ne baisserai pas les bras", a-t-elle ajouté. A l'audience, la vice-procureure, Céline Vivien, a expliqué que "M. Justel était le seul signataire de la demande d'autoconservation et a accepté les conditions de la loi du 6 août 2004". "Il a pris connaissance des conditions d'utilisation du sperme, c'est à dire pour lui-même consentant et présent", a-t-elle argumenté. A sa sortie, Me Gilbert Collard, a indiqué se faire "peu d'illusion" sur la décision judiciaire. "La puissance de vie est là mais les technocrates de l'éprouvette (...) n'ont pas encore réformé la loi", a-t-il lancé.
* Article de Soizig Quéméner (Journal du Dimanche du 20 septembre).
25 mai 2012

25 mai 2012 à 07h10