4 décembre 2007
Sur la Côte-de-Granit-Rose, l'ibis sacré souffle le chaud et le froid. Ravis d'observer régulièrement ce bel échassier, les ornithologues s'inquiètent d'une invasion qui pourrait menacer d'autres espèces d'oiseaux.
Un échassier, avec un grand bec arqué noir et deux pattes noires : tel est l'ibis sacré, originaire d'Afrique, vénéré dans l'Égypte des Pharaons, et qu'on peut désormais voir sur la Côte-de-Granit-Rose.
Deux individus
pas farouches
Depuis l'été dernier, la présence de deux individus de cette espèce, le plus souvent ensemble, y est régulièrement signalée. Les ornithologues de la LPO (*) ont pu les observer tout près de leur station, à l'Île-Grande.
« Ils se nourrissent sur la grève et pêchent dans les flaques, avec les aigrettes garzettes. Ils ne sont pas farouches, des promeneurs ont pu les regarder à l'oeil nu », raconte Gilles Bentz, responsable de la station LPO.
Introduits il y a 30 ans
dans le Morbihan
Ces ibis n'arrivent pas directement d'Afrique. Ils sont issus de ceux qui avaient été introduits voici une trentaine d'années dans le parc zoologique de Branféré (Morbihan).
Les ibis s'y sont reproduits, beaucoup s'en sont échappés pour coloniser la côte atlantique. On en dénombre aujourd'hui 7.000, entre le Finistère et la Gironde.
« Le littoral atlantique est très occupé. Donc, ils sont obligés de se disperser. Ils ont tardé à venir sur le littoral de la Manche parce que ce sont d'abord des oiseaux de marais. Mais aujourd'hui, on assiste aux prémices d'une invasion », commente Gilles Bentz.
Un redoutable prédateur
Car l'ibis sacré, s'il est beau à regarder, est aussi un prédateur pour d'autres oiseaux et une menace pour la biodiversité. « À Noirmoutier, nos collègues l'ont vu détruire des colonies de sternes, en mangeant les oeufs et les poussins. S'il venait à s'installer sur des îlots où nichent des sternes, ce serait catastrophique », prévient Gilles Bentz.
Les deux individus, qui font la joie des observateurs (la LPO recommande de les observer aux jumelles, sans trop s'en approcher), sont donc placés sous étroite surveillance. Ailleurs, leur multiplication a pu conduire à des mesures drastiques : stérilisation, voire tirs sélectifs sur des adultes, comme en Loire-Atlantique.
* Ligue pour la protection des oiseaux.
