28 juin 2010 - 1 réactions
C'était en 2005, sur le parking d'une discothèque de la région brestoise. Une jeune fille, repérée lors de la soirée avec sa petite amie, est prise à partie par trois individus. Tétanisée, elle parvient à s'enfuir et se cache une bonne partie de la nuit dans un conteneur poubelles. Quand elle veut porter plainte le lendemain, la police refuse de prendre en compte le caractère homophobe de l'agression. Des histoires comme celle-là, Thibault et Anthony en ont entendu et vécu des dizaines. C'était une de trop. Alors ils ont voulu marquer le coup. En créant le collectif «Ensemble pour l'égalité» et en organisant la première Gay-pride à Brest. «Pas pour provoquer. Juste pour montrer qu'il y a des homosexuels dans la cité du Ponant et qu'être homo n'est par un fardeau». Près de 300 personnes avaient, à l'époque, répondu à l'invitation.
Non à la banalisation
Depuis, les deux garçons, aujourd'hui âgés de 24et26 ans, ont multiplié les actions de sensibilisation. Et ces derniers mois, ils ont parcouru la France pour prendre la température. «Tabassages, quartiers entiers interdits aux homos, jeunes mal dans leur peau... Le constat est affligeant», témoigneAnthony. «En cinq ans, rien n'a changé. Les mentalités n'ont pas évolué», poursuit Thibault, lui-même victime d'un caillassage à Paris, il y a quelques semaines. «On peut vous traiter de pédale ou de tapette ouvertement dans la rue... Personne ne s'en offusque et ni ne prendra votre défense... C'est rentré dans le vocabulaire». Mais cette banalisation de l'homophobie, ces deux Brestois la refusent. Ils ont donc décidé de passer à la vitesse supérieure. De «lever la voix pour montrer la voie à ceux qui ne comprennent pas», comme ils disent. Et ce, à l'échelon national. Parce que les chiffres sont là: «Plus 30% d'agressions homophobes en France en 2009, selon les statistiques deSOS homophobie». Pour délivrer leur message, ils ont eu l'idée d'une chanson. «Des tracts, on en a distribué des centaines et les gens ne prennent pas le temps de lire. On a voulu essayer autre chose».
Un buzz pour atteindre le gouvernement
Serveur dans un restaurant, Anthony a parallèlement monté, il y a quelques mois, un studio d'enregistrement à Guipavas. La logistique, il l'avait donc. Les paroles sont sorties naturellement. «Les mots sont durs mais il faut appeler un chat, un chat». Pour l'interprétation, 22 membres du collectif se sont relayés au micro. Des anonymes, de toute la Bretagne, de toutes les générations et de toutes les religions. Avec parfois des fausses notes. Mais qu'importe. «On ne cherche pas à faire un tube. On veut faire un buzz, que ça fasse parler pour atteindre le gouvernement, pour pouvoir rencontrer Nadine Morano qui ne donne pas suite à nos demandes d'entretiens». Et pour ce faire, ils ont reçu le soutien de la chanteuse Laëtitia Larusso qui a accepté de devenir marraine du collectif. Plus qu'une caution, elle leur a ouvert son carnet d'adresses pour qu'ils puissent rencontrer des artistes reconnus. Leur projet: réaliser un clip où des stars se succéderaient en faisant simplement le signe de l'unité. Quelques allers-retours à Paris, des heures d'attente à la sortie de studios télé avec une petite caméra de poing, beaucoup de persévérance et le bouche-à-oreille ont payé. De Bruno Solo à WorldsApart en passant par les rappeurs de MOF ou Chantal Goya, 40 artistes ont joué le jeu. Diffusé sur Youtube, le clip a déjà enregistré plus de4.000vues.
La vidéo sur www.tousegaux.info

16 mai 2012 à 19h19 - 8 réaction(s)