20 janvier 2012
D'aucuns prétendent que le talent artistique n'a pasd'âge. Mais, comme le dit si bien la maxime, «mieux vaut tard que jamais». Aussi, GilbertGarcin a-t-il attendu que sonne enfin l'heure de la retraite pour se jeter à l'eau. Originaire de La Ciotat (Bouches-du-Rhône), petite ville située non loin des paradisiaques calanques de Marseille, cet ancien vendeur de luminaires a préféré troquer, il y a dix-huit ans, des abat-jour «un peu trop high-tech» pour un modeste argentique. Et trois bouts de ficelle.
L'homme qui est une image
À la suite d'un stage de photographie, début 1990, Gilbert Garcin se découvre un goût prononcé pour le photomontage en noir et blanc. «Je ne sais ni peindre, ni dessiner, et je suis encore moins photographe», avoue l'octogénaire avec un sourire malicieux. «Alors, j'ai trouvé un moyen d'expression plus adapté à mes possibilités». Un flash, quelques coups de ciseaux, deux points de colle et une poignée de cailloux ramassés à même le jardin. Enfin, une petite variation d'éclairage, et le tour est joué! En bricolant scrupuleusement ses petites maquettes, dans son cabanon, l'homme raconte les scènes de théâtre quotidiennes de son esprit vagabond. Deux personnages récurrents s'y retrouvent: Monique, sa femme, et lui-même («Comprenez, il me fallait un modèle disponible et plein de bonne volonté...!»). Toujours vêtu de la même manière, l'homme au pardessus grisâtre et aux souliers vernis qu'il incarne n'est pas sans rappeler un M.Hulot à la mine austère. «Je voulais un "monsieur-tout-le-monde" auquel on puisse facilement s'identifier», souligne l'artiste. «Sachant que je ne m'intéresse absolument pas à la photo comme expression de la réalité». Non. Ce qui plaît à Gilbert Garcin, c'est la fiction, l'imaginaire. Les inépuisables sortilèges de la mythologie grecque, des métaphores amoureuses et de la philosophie kafkaïenne. Le tout saupoudré d'un humour et d'un surréalisme qui ne sont pas sans rappeler le théâtre de Beckett. Sous ses artifices bien pensés, on pourrait presque voir un Méliès contemporain de la photographie. Il faut dire que le bonhomme a été un témoin privilégié de l'histoire du cinéma. «Entre1935 et1950, à La Ciotat, j'étais nourri par toutes ces réalisations en noir et blanc. Mon grand-père était le directeur de l'Éden (le plus vieux cinéma au monde encore en activité, ndlr), le cinéma fondé par les Frères Lumière. C'est sans doute pour cela que j'ai eu cette drôle d'idée de créer des sortes de films avec des images fixes». Mais le retraité reste impassible face à la question d'éventuelles influences. «J'ai été témoin de tant de mouvements durant ma vie que je pense aujourd'hui ne m'être rattaché à rien. Et puis, c'est aussi l'un des grands avantages de l'autodidacte,pas vrai?».
De la réflexion à la mise en scène
Icare prenant son élan au sommet d'une falaise, Sisyphe poussant son éternel rocher dans un décor lunaire, «L'égoïste» jouant à saute-mouton avec lui-même ou encore le «Maître du monde» traînant d'immenses ficelles: le vieil homme se définit lui-même comme un «contemplateur» de la comédie humaine. Des curieux croquis qu'il amasse dans son «grenier» sont nés, au fil des ans, des situations burlesques, des traits de caractère mordants et des réflexions qui, esquivant toute pédanterie, se révèlent aussi sérieuses qu'universelles. «Il n'y a pas de sens précis à mes mises en scène. Je ne fais que donner des indices. Le spectateur doit rester maître de l'interprétation». Ce magicien de l'image entretient l'illusion jusqu'au bout. Son oeuvre, souvent associée à l'absurde de Magritte ou à la simplicité tendre de JacquesTati, n'est que le point de fuite. [TIT-NOTE_B]Pratique [/TIT-NOTE_B]
- Exposition jusqu'au 11février, dans la galerie du Centre atlantique de photographie, au Quartz, à Brest. - Rencontre avec Gilbert Garcin au café Dialogues, à Brest, lundi 6février, à 18h.
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