28 janvier 2012
Dans sa maison battue par les vents de la côte lorientaise, le globe-trotter des scènes mondiales savoure: «On est bien ici!». À tel point que le fils de l'ancien ministre d'Amin Dada est prêt à retracer sa fuite d'Ouganda en 1976. Il évoque ainsi l'assassinat de son père Erinayo WilsonOryema («Qui serait aujourd'hui président de la République.Je suis fier de mes parents!»), élément déclencheur d'une destinée définitivement guidée par la musique. Initié dès ses cinq ans à la harpe égyptienne (nanga), le jeune Geoffrey passe ensuite à la guitare et aux percussions traditionnelles. Ses chansons, écrites avec les tripes autant qu'avec le coeur, sont le passeport qui lui permet, depuis un quart de siècle, de jouer à travers le monde, notamment en France qu'il a choisie comme terre d'asile «pour apprendre la langue». Viennent alors les rencontres qui jalonneront son parcours artistique. Victoria Chaplin l'engagera comme musicien dans sa compagnie de cirque, aux Halles, à Paris. L'acteur Jean-François Stévenin sera son partenaire de karaté, sport qu'il pratique depuis ses huit ans («Ça m'a sauvé la vie durant le régime sanguinaire ougandais»).
L e générique du «Cercle de minuit»
Traumatisé, à son arrivée en France, par le bruit des pétards du 14-Juillet, Geoffrey prend sur lui pour oublier ce qui lui remémore le son des balles de fusil. Pas difficile, dans ce parcours d'exil de trouver l'inspiration. Son premier album, «Exile» précisément, naît en Angleterre de la rencontre avec PeterGabriel, lors d'un forum découvertes. L'ex-leader de Genesis et Brian Eno, le producteur de Bowie etU2, craquent. Ils signent illico leur perle africaine en assurant eux-mêmes choeurs et claviers. Enrôlé dans un tourbillon planétaire (États-Unis, Brésil, Japon et toute l'Europe), Geoffrey titille aussi l'oreille du journaliste et producteur Michel Field, captivée par le titre «Ye Ye Ye» dont il fera pendant huit ans le générique de son émission culte, le«Cercle de minuit», sur France2. Dès lors, tandis qu'il se partage entre Paris et ses escales mondiales, l'artiste enchaîne plusieurs albums importants, médiatiquement bien relayés. Disque d'or, Olympia en vedette, festivals internationaux s'enchaînent.
Coup de fouet iodé et productif
Et puis le break! Sans cesser de tourner, surtout en Russie où il jouit d'une notoriété étonnante jusqu'en Sibérie, Geoffrey n'occupe plus les ondes, ni les studios. Jusqu'à ce que l'air vivifiant de Lomener (Ploemeur) ne lui apporte l'indispensable coup de fouet productif. Sédentarisé cette fois en Bretagne, celui qui fut du premier Festival du Bout du monde de Crozon(29), avec le «Zouloublanc» Johnny Clegg, fait de nouvelles rencontres fastes, notamment avec le chanteur Jean-Jacques Mell. Conquis par la qualité de ses nouvelles chansons, il le convainc d'être produit par son label «La Mouche». «Il était temps car j'avais la matière. Mais, à créer dans le vide, les années passent trop vite. Lui et moi, c'est la même passion».
Lettre à l'Onu
Le nouvel opus «From the heart», enregistré à Paris, Londres, Moscou et Lorient, reprend «Lalettre» en bonus. Une «Lettre» que Geoffrey est allé chanter à New York, en octobre2010, lors de l'assemblée générale de l'Onu devant 2.000 personnes («Une première»). Elle fustige la tragédie des enfants soldats enrôlés dans certains pays d'Afrique: «En Ouganda, il s'agissait des troupes les plus sanglantes! Il fallait que ce message soit entendu car laisser faire est impardonnable. C'est ce drame qui m'a inspiré ce disque et qui m'a aussi valu des menaces de mort». Vendredi, l'Océanis de Ploemeur donnera le coup d'envoi national du nouveau jump du «Leonard Cohen africain», plus breton que jamais. «Ici, j'ai trouvé la sérénité et la tranquillité pour créer. Avec, en plus, de vrais amis. Et regardez cette mer: elle me rappelle le lac Victoria!».
23 février 2012 à 11h19
