6 février 2012 - 4 réactions
C'est son premier poste après quelques petits boulots. C'est aussi la première fois que le gardechampêtre d'Ouessant vient du continent. Et quand on dit du continent, on ne parle pas du Conquet (29) ! Delphine Picault, 23 ans, arrive d'Olivet, paisible banlieue résidentielle d'Orléans, où paresse, jusqu'à la Loire, une rivière de treize kilomètres qui a donné son nom au Loiret, un département sans cesse à marée basse. Ce n'est pas le niveau fluctuant (selon la saison) du grand fleuve qui peut la préparer à ce qui l'attend. Il n'y a guère que l'alcool de poire qui fait sa renommée pour relever le contexte olivetain.
"Cela me plaît !"
Alors, pensez donc ! Ouessant, son insularité, son climat, ses coups de vent, le caractère, dit-on, des îliens... «Ce qui m'a le plus marquée pour le moment, c'est leur accueil chaleureux», confie pourtant celle qui a accosté le 17janvier. «Je n'ai pas encore eu le temps de faire tout le tour de l'île mais je me suis promenée, j'ai pris des photos. Il n'y a pas encore eu de tempête. Cela doit être impressionnant et encore plus beau», souffle-t-elle. «C'est un sacré changement mais ça me plaît!».
Avant Delphine Picault, Malou Toulan a exercé 28ans et cinq mois durant. Jusqu'à mardi soir dernier. Elle connaissait déjà tout le monde d'avance, ayant toujours vécu là. Et n'a pas l'intention de migrer la retraite venue. «Elle a l'air très bien», assure-t-elle, après avoir rencontré plusieurs fois celle qui lui succède. «Elle va s'y faire!».
«L'île aux femmes»
«Accidents de la route, querelles de voisinage, les animaux errants: chiens, chats, poules, moutons... Sur une île, le rôle de garde champêtre, cela consiste en tout», prévient Malou. Delphine fera également les arrivées de bateaux. L'été, c'est le moment de prendre ses vacances, du fait de l'arrivée des gendarmes pour la saison touristique. Le reste de l'année, elle doit gérer seule le travail de police rurale.
«Je suis très content d'avoir trouvé une remplaçante. On avait déjà une femme avant», sourit Denis Palluel, le maire. «On appelle parfois Ouessant l'île aux femmes. Autrefois, les hommes partaient naviguer sur toutes les mers du monde et ce sont elles qui tenaient la maison. Le fait d'avoir à nouveau un garde champêtre femme, ce n'est pas une volonté particulière, juste un clin d'oeil».
«La seule différence, note-t-il, c'est qu'elle vient du continent. Mais les métiers ont évolué, les contraintes ne sont plus les mêmes. Je suis sûr qu'elle saura s'adapter à nous et nous à elle. Elle a l'air calme, c'est une qualité dans ce travail qui n'est pas toujours de tout repos!». Cinq candidatures correspondaient au poste et à ses conditions de formation. «Elle a rempli tous les critères», résume le maire, son patron.
La foire aux moutons pour commencer
Rien de tel pour s'acclimater que de commencer par la foire aux moutons. Le hasard du calendrier a bien fait les choses: l'occasion était belle, en effet, mercredi dernier, de faire plus ample connaissance avec nombre d'îliens mais aussi avec une de leurs plus vieilles traditions.
Le premier mercredi de février, les propriétaires d'ovins viennent récupérer leurs bêtes, rabattues la veille par des professionnels. Il faut parfois les aider à les reconnaître, grâce à leurs marques. Mais le catalogue de ces marques, s'il est couvert de dessins de trous et d'entailles dans des oreilles ovines universellement déchiffrables, est écrit en breton. Delphine va devoir apprendre pas mal de choses... Mais Malou lui a déjà donné des conseils, qui restent leur secret. «Elle sait où j'habite et elle peut venir me voir si elle le souhaite! Je lui en donnerai d'autres...». Pour le reste, à la jeune Orléanaise de faire, petit à petit, son trou...