21 octobre 2009
Les deux activistes basques arrêtés lundi matin étaient, depuis plusieurs jours, dans le secteur de Carnac -où ils louaient un appartement-, comme l'attestent plusieurs témoins.
> Eta n'a plus de liens avec la Bretagne
> L'appartement de Carnac localisé grâce à des témoignages
Aitor Elizaran Aguilar et OihanaSan Vicente Saez de Cerain n'étaient donc pas juste de passage dans la région de Carnac, ce que confirment plusieurs témoins. Ils soutiennent avoir vu les deux activistes basques d'ETA dans la commune les jours précédant leur arrestation musclée. Grâce notamment aux photos publiées, hier, dans notre édition. «Je m'en souviens parfaitement, raconte cette jeune kiné dont le cabinet jouxte la venelle des Lucioles où le couple a été interpellé. C'était vendredi. Je rentrais chez moi pour manger, il était midi. C'était sur la route d'Auray, J'ai croisé l'Audi A3 noire qu'ils avaient volée. Il y avait un homme et une femme à l'intérieur. La voiture était immatriculée en Ille-et-Vilaine. J'en ai un souvenir précis car c'est la voiture de mes rêves».
Dans un bar le samedi soir
Un autre témoin, le patron d'un bar du centre-ville, est également formel. «Le couple a été servi dans mon établissement samedi soir. L'homme et la femme étaient seuls». Le tenancier du bureau de tabac, près de l'église, pense avoir vu la jeune femme dans son établissement récemment. «Pas lui mais elle». Ces témoignages laissent donc à penser que le couple a séjourné dans le secteur plusieurs jours. «À Carnac, en cette période, il reste encore quelques touristes. Ils pouvaient très bien passer inaperçus ici», commente-t-on à l'office notarial à côté duquel a eu lieu l'interpellation.
«La femme je l'entendais crier...»
Non loin de là, une retraitée, qui était aux premières loges, se remémore la scène. «J'ai entendu du bruit. J'ai cru que c'était les enfants de l'école Saint-Michel qui allaient faire du sport. Je suis sortie et j'ai vu des policiers qui portaient des brassards. Ils sortaient d'un fourgon. Un policier en civil m'a dit de rentrer chez moi. Ce que j'ai fait. J'ai eu le temps de voir une personne plaquée au sol, entre ma haie et le cabinet de kinés. Je pense qu'il s'agissait de l'homme», avance-t-elle avant de montrer les traces du corps dans la terre détrempée. «La femme, je l'entendais crier et se débattre. C'était impressionnant. Je pense qu'il y avait une quinzaine de policiers sur place. Dont plusieurs hommes encagoulés». Cette interpellation a été rondement menée. À 13h15, la paisible allée des Lucioles a retrouvé son calme habituel.Après que l'Audi volée dans le Maine-et-Loire a été enlevée par un dépanneur.
Les enquêteurs à nouveau sur place
Hier après-midi, les hommes chargés de l'enquête sont revenus sur le secteur vers 16h. Un convoi impressionnant composé de trois grosses cylindrées roulant à vive allure, gyrophares allumés et plaques d'immatriculation maquillées (lire ci-dessous). On en saura peut-être davantage dans les jours à venir sur d'éventuelles complicités dont ils auraient pu profiter sur place.
Aitor Elizaran Aguilar n'est pas une prise exceptionnelle. Il ne faisait pas partie du comité exécutif d'ETA. Il était le numéro2 de l'appareil politique (...) Son rôle consistait essentiellement à servir de relais entre ETA et les partis politiques proches comme Batasuna. Quant à OihanaSanVicente, il s'agit d'une ancienne responsable de Jarrai, une organisation de jeunes. On peut dire qu'elle a manqué de discrétion dans sa vie de militante car elle est apparue le visage découvert dans le journal Gara pour annoncer qu'elle allait rejoindre ETA avec une quinzaine d'autres personnes (...) Très logiquement, elle vient d'être arrêtée, mais ce n'est pas une interpellation exceptionnelle. Elle n'a pas de sang sur les mains. Actuellement, ils doivent être entre 150 et 200. Mais chaque semaine, il y a des arrestations en haut et en bas de l'échelle. Il y a quelques jours, est survenue une arrestation révélatrice de l'état actuel d'ETA. Celle d'IbanSueskun. Cet homme s'est tiré une balle dans la main en s'entraînant au tir. ETA prend les militants qu'il peut, et en particulier des gens sans expérience qui ne sont pas préparés à la lutte armée et à la clandestinité (...) Chaque semaine, ETA est plus faible. Mais cela fait 50 ans qu'ETA est de plus en plus faible. Ce n'est pas pour autant qu'ETA va terminer sa course. À ma connaissance, il n'y a pas de lien particulier en ce moment entre ETA et les indépendantistes bretons. Ça a existé, surtout il y a une vingtaine d'années. Je me souviens aussi du vol d'explosifs à Plévin (...) Je ne pense pas qu'il y ait quelque chose à craindre du côté d'un éventuel rapprochement entre Bretons et Basques. Je suis même plutôt persuadé du contraire. Je ne connais pas les détails de l'enquête, mais à mon avis, ils se cachaient. L'essentiel de la vie d'un militant d'ETA consiste à se cacher et à attendre. Pourquoi en Bretagne? Pour les mêmes raisons qu'à Grenoble, à Limoges ou ailleurs: il leur faut s'éloigner du territoire basque français qui est très surveillé. Il est bien évident qu'en Bretagne, on ne s'attend pas à trouver des terroristes. À mon avis, ils étaient là pour chercher à préparer des opérations en paix.
«À Carnac, en cette période, il reste encore quelques touristes. Ils pouvaient très bien passer inaperçus ici».
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