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Erreur judiciaire. Jean-François Abgrall repart au combat

17 mars 2011 - 2 réactions

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L'erreur judiciaire est une notion désormais concevable pour la justice française. Le travail d'enquête de Jean-François Abgrall a aidé à cette évolution. Après avoir innocenté Patrick Dils, il se bat aujourd'hui pour réhabiliter une mère de famille condamnée pour meurtre. Des faits nouveaux semblent lui donner raison.

En France, on le regarde comme un Martien. On l'affuble du titre de «profiler», sorte de traqueur surdoué de cerveaux criminels dérangés. Jean-FrançoisAbgrall, bien ancré à Lampaul-Plouarzel(29), est avant tout un cartésien. «Une scène de crime, c'est un mode opératoire. Le criminel veut faire quelque chose et se crée un scénario imaginaire à travers un acte idéalisé. Quand il passe à l'acte, il suit plus ou moins ce scénario. Et les séquences divergentes sont le reflet de sa personnalité», explique-t-il en se gardant de tout parallèle avec les techniques d'investigation utilisées outre-Atlantique.

Enquêtes et conseils

Depuis sa démission de la gendarmerie, il y a onze ans, son palmarès d'enquêteur privé affole Google. Son premier «boulot» à son compte? L'affaire des disparues de l'Yonne, qui le conduisit jusqu'au tueur en série Emile Louis. Il y eut aussi sa contre-enquête qui innocenta Patrick Dils du meurtre, en 1987, de deux enfants, le long d'une voie ferrée, à Montigny-les-Metz (Moselle). Ou encore son travail pour aider les gendarmes à retrouver l'assassin d'une jeune fille de 18 ans, lors du teknival de Carnoët (22), en juin2005. Ces quelques jalons, et d'autres encore, lui valent de recevoir chaque mois trois à quatre demandes pour enquêter sur des meurtres. Il se garde d'empoigner toutes ces affaires. «Pour ne pas être noyé, il faut les prendre une par une», dit-il. Mais comment faire, quand, dans l'intervalle, plusieurs sociétés d'assurances le sollicitent pour «décortiquer» des incendies suspects, comme récemment, à Fréhel (22). Ou quand des entreprises sollicitent ses services de consultant pour autopsier le fonctionnement de l'une de leurs usines? Quand ce n'est pas le cinéma qui réclame ses lumières, comme récemment pour le tournage de «Laproie», du réalisateur Eric Valette. AlbertDupontel, avec qui il s'est lié d'amitié, y interprète un braqueur qui s'évade de prison pour traquer son ancien codétenu, un tueur en série. Les conseils de Jean-François Abgrall tombaient sous le sens...

«Notre système judiciaire n'écoute pas la défense»

Toutes ces sollicitations l'ont conduit à recruter, à l'automne dernier, Sandrine Wattecamps, jeune psychologue-criminologue originaire de Lorient. Tous deux ont fait équipe il y a quelques mois pour enquêter sur un meurtre, commis à Lausanne. Ils n'ont pu que corroborer les conclusions des policiers suisses, dont ils louent le travail: «Ils mettent tous les moyens dès le début de l'enquête. C'est une autre planète». Une autre planète au regard d'une affaire qui taraude Jean-François Abgrall depuis dix ans. Depuis qu'Edwige Alessandri lui a écrit de sa prison. «Pour ses enfants, elle voulait que je trouve l'assassin de son mari. J'ai trouvé ça bizarre. D'habitude, c'est sortez-moi de prison!», se souvient-il. En novembre2001, il examine le dossier de cette mère de famille accusée de l'assassinat de son époux, en juillet2000, dans leur pavillon près de Carpentras (lire ci-dessous). «Un modèle de désorientation et d'apriori», s'indigne-t-il en privilégiant la thèse d'un cambriolage qui a mal tourné. Il exhume des traces suspectes dans le jardin, démonte l'enquête des gendarmes, fustige leurs méthodes, dont celle de mettre l'un des fils de la famille, âgé de17ans, 28heures en garde à vue. Rien n'y fait. Edwige Alessandri est condamnée à douzeans de réclusion en première instance. Peine confirmée en appel. Ce dernier verdict est cassé. Elle écope finalement de dix ans. «Dans cette affaire, s'il y a eu assassinat, il est judiciaire! Je l'ai vu se mettre en place, par aveuglement de la justice», s'emporte-t-il. Des faits nouveaux semblent aujourd'hui lui donner raison. Jean-François Abgrall ne cède pas au découragement: «Notre système judiciaire n'écoute pas la défense. Je suis persuadé qu'il y a de nombreuses erreurs judiciaires. Mais on peut tirer bénéfice du calvaire d'Edwige Alessandri. Regardez la vidéo des gardés à vue, l'introduction de l'avocat dès la première heure de garde à vue... On avance...».

  • Thierry Charpentier

Une trace ADN expertisée à l'issue de trois procès!

Edwige Alessandri est une femme épuisée. Libérée en conditionnelle en octobre dernier, après quatre ans et demi d'incarcération, elle a quitté la prison des femmes de Rennes pour se réinstaller dans le Vaucluse. Aujourd'hui âgée de 52 ans, vendeuse dans un magasin de vêtements, elle recolle les morceaux avec ses fils Yohan et Brice, et, à l'instar de Marc Machin et Dany Leprince, jette ses dernières forces dans une procédure de révision pénale. Son avocat, Me Godest, du barreau de Paris, déposera, au plus tard début avril, une requête en ce sens. Depuis dix ans, Edwige Alessandri clame son innocence, que n'ont pas crue les jurés de trois cours d'assises. Elle est, selon MeGodest, paniquée à l'idée d'une nouvelle douche froide. «Il y a des choses tellement difficiles à démontrer quand un climat est créé», explique-t-il.

Complément d'enquête

Edwige et Richard Alessandri formaient un couple aisé, à la tête de l'Intermarché de Pernes-Les-Fontaines, près de Carpentras (Vaucluse). Le 17juillet 2000, vers minuit, elle est réveillée en sursaut par un bruit assourdissant. Son époux, qui dormait à ses côtés, vient d'être abattu à bout portant par une décharge de chevrotine. Elle se jette au pied du lit, terrifiée. Elle entend: «Merde, le coup est parti! Tirez-vous!». La section de recherches de Nîmes ne croit pourtant pas au «saucissonnage» qui a mal tourné et privilégie le huis clos familial. Pour Jean-FrançoisAbgrall, ce postulat de départ est faux. Il découvre des traces de semelles sur le rebord d'une fenêtre. S'étonne qu'on mette en avant l'absence d'effraction alors qu'une porte-fenêtre était non verrouillée. Et surtout, il découvre un mégot, jamais passé au fichier national automatisé des empreintes génétiques (FNAEG). Or, cet ADN, expertisé... à l'issue du troisième procès, appartient à un petit voyou. «Que faisait-il dans ce jardin, au bout de cette impasse isolée?», interroge l'enquêteur. Depuis, la police judiciaire d'Avignon a été saisie d'un complément d'enquête et deux témoignages probants fragilisent encore les interprétations des gendarmes. «Rien ne collait. Le pire, c'est qu'ils avaient tout sous les yeux», fustige Jean-FrançoisAbgrall.
  • T.C.
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2 réactions

  • Gab 29
    juste
    Très bonne idée melo87. Et ceux qui sont victimes du banditisme, sous toutes ses formes, persécutés par les cauchemars jusqu'à la fin de leurs jours??? curieusement, personne n'en parle, et pourtant ils sont légions...eux...Cordialement Gab 29
    Ajouté le 17 mars 2011 à 13h24
  • melo87
    Un Juste.
    A notre humble avis,on peut penser,que Monsieur Abgrall devrait être classé parmi les "Justes" de France pour son combat contre l'injustice et avoir permis de sortir Mr Dils des geôles de l'Etat d'où il était injustement enfermé pendant 15 ans. Voila un homme a qui l'on doit le plus profond respect pour son action au service de trop d' innocents persécutés par la justice.
    Ajouté le 17 mars 2011 à 10h44

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