17 mai 2010 - 2 réactions
«Vous êtes trop qualifiée pour le poste». Cette appréciation, la Quimperloise Martine Le Gall l'a maintes fois entendue au sortir d'un entretien avec le directeur des ressources humaines ou le responsable d'un cabinet de recrutement. C'est le titre qu'elle a donné au livre (*) dans lequel elle décrit son parcours du combattant, qui l'a amenée au Luxembourg, à Londres, en Belgique, en Suisse. Pour s'entendre dire: «Votre motivation est insuffisante». Un ouvrage plein d'humour mais qui interpelle sur les pratiques destructrices des recruteurs de tout poil. Florilège de ces rosseries sans nom.
Le principal reproche: être chômeur!
Ex-directrice commerciale d'une agence de notation financière, la jeune femme, âgée de 42 ans, a vécu des moments surréalistes au cours de ses multiples entretiens d'embauche, au rythme d'un à deux par semaine pendant plus d'un an et demi. «Martine, tu as beaucoup de chance d'obtenir tant d'entretiens», lui disaient des amis. Ils ne connaissaient pas l'envers du décor. Un chasseur de têtes arrogant lui a asséné: «Ma banque me paie pour débaucher des gens compétents, pas pour recruter des chômeurs!». Être chômeur. C'est le principal reproche que la pétillante jeune femme a essuyé durant sa traversée du désert social. «Pour un chômeur, c'est deux fois plus difficile, on lui demande de se justifier. Il doit être deux fois plus solide mentalement». La sélection des candidats n'a parfois rien à voir avec la compétence exigée par l'entreprise. Un consultant lui a suggéré de «se faire défriser les cheveux». Un autre lui a conseillé de se relooker, lui reprochant «un chemisier trop flashy». Un autre encore lui a suggéré de porter «plutôt un tailleur-pantalon qu'une jupe».
Sexuellement épanouie?
Martine Le Gall a aussi rencontré des recruteurs d'un nouveau type. «Je n'ai pas besoin de lire votreCV, je vois tout à travers votre visage, lui a annoncé une morphopsychologue. Vos deux bosses au-dessus du front signifient que vous êtes une femme d'action très intelligente». Imprévu mais fort encourageant... Elle correspond tout à fait au profil recherché. Quatre mois plus tard, la spécialiste lui annonce que le poste a été pris par une connaissance du président du groupe. Pas facile de rechercher un emploi quand on traîne le boulet du chômage. On l'a vu. Encore moins quand, de surcroît, on est une femme. L'entretien d'embauche peut prendre des tournures surprenantes, déplacées, douteuses. «Êtes-vous épanouie sexuellement?», s'est-elle vu demander. Plus classique: «Avez-vous l'intention d'avoir des enfants? Dans ma boîte, toutes les femmes ont le virus». Un recruteur particulièrement convivial, découvrant que Martine Le Gall habitait près de chez lui, l'a même invitée à partager les croissants du petitdéjeuner le lendemain de l'entretien, «pour en savoir plus sur la candidate». Depuis un mois et demi, elle a trouvé un emploi chez Paris Europlace, un organisme chargé de promouvoir la place financière de Paris. Elle n'est pas près d'oublier la galère qu'elle a vécue, même si elle préfère aujourd'hui en rire dans son livre. «Vous êtes trop qualifiée pour le poste», chez Albin Michel. 14EUR.
25 mai 2012

25 mai 2012 à 07h10