7 octobre 2009 - 2 réactions
Le face-à-face Le Guen-Malgorn entre dans la phase décisive pour la tête de liste UMP en Bretagne. En perte de vitesse, Jacques Le Guen a été remis en selle par Nicolas Sarkozy. Onction présidentielle ou manoeuvre tactique?
En ce temps-là, toute la France était rose. Toute? Non, une poignée d'irréductibles résistait encore... L'histoire pourrait commencer comme l'autre. Sauf qu'ici, les irréductibles ne sont pas en Armorique. C'est en Alsace et en Corse qu'il faut chercher les deux seules régions de l'Hexagone administrées par la droite. Toutes les autres sont à gauche depuis la marée rose de 2004. Vingt régions françaises sur vingt-deux, dont la Bretagne figurant parmi celles qui basculèrent cette année-là. Nicolas Sarkozy a fait de la reconquête régionale un objectif majeur de son quinquennat.
Candidat unique à la candidature
Quel candidat pour mener la listeUMP en Bretagne? Le député costarmoricain Marc Le Fur, vice-président de l'Assemblée nationale, avait le profil. Mais en janvier dernier, sollicité par ses pairs parlementaires lors d'une soirée au Sénat, il a décliné l'offre. Une seule main s'est alors levée: celle de Jacques Le Guen, assez entreprenant pour décrocher la palme mais bien trop villepiniste pour faire l'unanimité. La suite fut de la même veine: le député finistérien, candidat unique, a été désigné par les militants au soir d'un vote à double lecture, sans ambiguïté selon lui mais sans légitimité selon ses adversaires qui eurent tôt fait de prendre les calculettes (lire ci-dessous). L'UMP aurait pu cependant se ranger derrière ce chef de file si Jacques Le Guen n'avait eu de cesse de faire assaut d'antisarkozysme parlementaire. Et surtout, si l'ex-préfète Bernadette Malgorn n'avait pas fait son entrée en jeu bien après le coup de sifflet, tenue par un délai déontologique de trois ans depuis son départ de la préfecture de la région Bretagne, en avril2006.
Tête-à-tête avec Sarkozy
Sans tension palpable jusqu'à présent, le face-à-face a lentement basculé en faveur de l'ex-préfète de région, recevant la majorité des soutiens se déclarant officiellement en Bretagne. Le vent, incontestablement, soufflait en sa faveur au point de pousser Jacques Le Guen à demander une clarification au moment où la main semblait lui échapper. Et voilà que le soutien est venu d'où on l'attendait le moins. De NicolasSarkozy en personne, acceptant de recevoir le député finistérien à l'Élysée en tête-à-tête, faveur peu commune pour un élu. Jacques Le Guen est ressorti de cette rencontre comme on revient de Lourdes, baignant dans la douce euphorie de ceux qui ont reçu un message. Tellement clair, selon lui, que le député s'est multiplié en confidences sur cette onction présidentielle.
C'est qui l'Élysée?
Ce tête-à-tête, à vrai dire inattendu, recadre la candidature de Bernadette Malgorn. Elle est venue en Bretagne, encouragée par l'Élysée, disait-on. Mais c'est qui, l'Élysée? Plus probablement Claude Guéant, le secrétaire général et lui aussi ex-préfet de la région Bretagne, que Sarkozy lui-même, non tenu par une promesse qu'il aurait faite à BernadetteMalgorn. Dans cette bienveillance soudaine du président vis-à-vis de Jacques Le Guen, il faut probablement voir le souhait de ne pas se couper totalement des Villepinistes au moment où il faudra rassembler toute l'UMP hexagonale pour les régionales. Sauf à y déceler, comme l'avance un partisan de Bernadette Malgorn, une façon de bâillonner le bouillant JacquesLe Guen pendant au moins quelques semaines.
Deux échéances
En politique, rien n'est jamais acquis. C'est sur ce postulat que Bernadette Malgorn, cette fois officiellement candidate, est repartie labourer le terrain. Dans un mois, l'UMP désignera son candidat pour la Bretagne. Depuis son entrevue à l'Élysée, Jacques Le Guen tient désormais la corde. Mais il restera une seconde échéance: la réunion, au niveau national, de toutes les composantes de la majorité présidentielle pour le choix définitif par région. C'est ce soir-là que la vérité sortira du chapeau.
