6 octobre 2009
150 garçons et filles âgés de 16 ans viennent de rejoindre l'École des mousses (*) rouverte à Brest, après 21 ans de sommeil. La Marine leur a fait un pont d'or. Ils ont jusqu'au mois de juin pour entrer dans le moule.
Comment ces adolescents se plient-ils du jour au lendemain à leur nouvel environnement militaire? «On leur laisse quelques jours pour abandonner leurs «mauvaises» habitudes», concèdent les majors Philippe Boissan, âgé de 47 ans, et Jean-Christophe Cadre, 40 ans. Téléphone portable sur vibreur, uniforme, pompon rouge ou tricorne, au lieu des fringues de marque. Le plus dur? Les chaussures vernies à préférer aux Converse... Les fumeurs de tabac ont été invités à cesser (au moins à diminuer) leur consommation. Quant aux éventuels fumeurs de joint, ils ont été prévenus. À la moindre incartade, c'est la porte, sans retour! «Ils n'ont pas tous eu des parcours scolaires évidents ou linéaires. Mais la Marine a décelé en eux l'envie de devenir marin et les capacités pour y parvenir». À peine sortis d'un établissement scolaire «lambda», ces élèves «lambda» arrivent sur un site qui en impose avec ses longs bâtiments trônant devant le goulet de Brest. Une quarantaine d'heures de formation par semaine (activités, cours et sport compris), de la voile, deux jours sur le Belem, des embarquements sur les voiliers de la Marine, des soirées au foot ou au théâtre... Le week-end, un accueil par des familles d'anciens mousses est même prévu pour ceux qui n'ont pas la possibilité de rentrer chez eux, deux week-ends par mois.
Un nouveau rythm
e de vie
Fini le lever à midi! Terminées les soirées devant internet à pas d'heure. Le réveil est fixé à 6h45, du lundi au vendredi. Un tonique éveil musculaire a lieu une fois par semaine, à 6h pétantes. «La première semaine, il faut voir leur tête, le matin!», s'amusent les deux majors. Évidemment, lorsque les résultats ne suivent pas ou lorsque la discipline n'est pas respectée, c'est le passage obligé dans le bureau des supérieurs hiérarchiques. Avec le trouillomètre à zéro! «Notre travail s'apparente plutôt à celui du CPE (conseil principal d'éducation). Avant de sévir, nous nous efforçons d'être accessibles et attentifs à leurs difficultés». Après une remontrance et un mot dans le cahier de liaison destinés aux parents, on passe à la punition (tour de consigne, heures de colle et sorties supprimées....). Cela peut aller jusqu'au renvoi pur et simple.
Ne pas donner d'ordre sans raison
«Aujourd'hui, on se doit d'expliquer aux jeunes pourquoi on leur demande de réaliser telle ou telle tâche, pourquoi on les sanctionne aussi. On ne se permet plus de leur donner des ordres sans raison. Ils ont tellement de répondant que ça irait très vite dans le mur!».
Les supérieurs hiérarchiques ont globalement changé de ton. «On ne s'adresse plus à nos mousses comme avant. Les choses étaient déjà différentes lors de mon passage à l'École des mousses, en 1986», constate Jean-ChristopheCadre.
Pour ceux qui décrochent en route, les responsables de compagnie évoquent «un échec partagé». «C'est que nous n'avons pas réussi à les maintenir dans une institution qui avait décelé en eux un véritable potentiel, que nous n'avons pas trouvé les mots justes».
* L'École des mousses est située au Centre d'instruction naval (CIN), à l'ouest de Brest.
Le ministre de la Défense, Hervé Morin, assistera, samedi, au centre d'instruction naval, à la cérémonie de présentation des drapeaux des nouvelles promotions des Écoles de maistrance et des mousses (accessible aux familles et aux invités). À cette occasion, l'École de maistrance remettra le drapeau qu'elle avait emprunté à l'École des mousses, depuis sa fermeture il y a dix ans. Maistrance présentera pour la première fois son tout nouveau drapeau, le neuvième de la Marine nationale.
«Les jeunes veulent s'investir dans un métier dont ils comprennent la motivation et la justification». »
