7 mai 2009
Dans son rapport, rendu public le 28 avril dernier, la commission nationale de déontologie de la sécurité épinglait policiers et agents de l'administration pénitentiaire. Leur recours au menottage et à la fouille à nu était, selon cette commission, excessif. Les fonctionnaires des douanes n'étaient pas cités. Mais, à Brest, ils sont rattrappés par une affaire qui flirte elle aussi avec l'excès de pouvoir. Le 25 janvier 2005, à 11 h 10, Maïwenn Merrien, jeune enseignante remplaçante de 26 ans, avait été arrêtée au volant de sa voiture, à Plouguin par des douaniers qui menaient ce matin là un contrôle impromptu.
La migraine dégénère en occlusion oculaire
Dans le coffre de la voiture de la jeune femme, 20 litres d'eau de vie de cidre non déclarés, qu'elle ramenait à son père. La suite laisse pantois : Après l'inspection du véhicule, elle aura droit à une fouille au corps, puis sera invitée à les accompagner jusqu'à leur brigade, à Brest. Elle y sera interrogée, se verra, selon ses dires, refuser de téléphoner à ses parents pour les rassurer. De plus en plus stressée au fil des heures, elle sera prise de violentes migraines oculaires. Elle dit s'en être plainte, en vain. Ce n'est qu'à 19 h, soit près de 8 h après son interpellation, que deux douanières la conduisent aux urgences de la Cavale-Blanche. Il est trop tard : La migraine a dégénéré en occlusion de l'artère centrale de la rétine. Maïwenn Merrien venait de perdre son oeil gauche.
«On prend enfin mon histoire au sérieux»
Sa plainte débouchera sur une ordonnance de non lieu, décidée par la juge Isabelle Pavanelli. «<TH>La survenance de cette occlusion a été déterminée comme étant un événement exceptionnel et procédant d'une maladie orphéline<TH>», commentait à l'époque le procureur de Brest, Xavier Tarabeux, qui avait requis ce non lieu. Les douaniers expliquaient quant à eux «qu'elle était restée libre à tout moment de quitter les locaux de l'administration, ce qu'elle n'a pas demandé à faire» (sic).
Le chef des douanes pourrait être mis en examen
Me Appéré, avocat de Maïwenn Merrien, avait fait appel de cette ordonnance devant la chambre de l'instruction de Rennes. La juridiction vient d'annuler le non lieu, ce qui a une double conséquence : Le chef des services de surveillance des Douanes du Finistère, José le Tirilly, pourrait désormais être mis en examen et renvoyé devant le tribunal correctionnel pour atteinte à la liberté individuelle. Contactée, Maïwenn Merrien se dit satisfaite : «J'avais le sentiment que depuis quatre ans, il fallait que je me justifie et que ça ne servait pas à grand chose. Aujourd'hui, on prend enfin au sérieux mon histoire».
25 mai 2012

25 mai 2012 à 07h10