28 août 2008
Depuis deux ans, les abeilles disparaissent par milliers. Le phénomène touche aussi la Bretagne et les spécialistes peinent à désigner un coupable... Et c'est toute la biodiversité qui s'en trouve menacée.Un petit coin ombragé, dans la campagne de Kervignac (56). Là, sont installées les ruches de Gilles Lanio. « Les abeilles ont déserté celle-là. Et celle-ci n'a plus de reine ». Le président du syndicat des apiculteurs du Morbihan soulève un à un les toits de ses ruches. « Ici, les cadres de cire sont presque vides... ». Quand ce n'est pas la colonie entière qui disparaît. « Des ruches se vident. Les abeilles disparaissent littéralement. On ne retrouve pas de corps. Elles ne s'accumulent pas dans la ruche, ce qui est nouveau ». Plus de la moitié de ses ruches sont touchées.
Coup de bourdon
L'apiculteur amateur ne se fait guère d'illusions sur sa récolte 2008. Elle devrait être, au minimum, aussi mauvaise que celle de l'an passé... qui était déjà la pire depuis trente ans.
Chez les apiculteurs et les spécialistes de la recherche agronomique, le « buzz » du moment a de quoi donner le bourdon. Les abeilles disparaissent, sans laisser de traces, ni d'adresse à faire suivre. « On observe un phénomène de disparition de masse. Dans le Morbihan, tous les apiculteurs avec qui j'ai pu échanger perdent des abeilles. Certains n'ont plus une seule ruche. Quelque chose fait que l'abeille est en déclin ». Quelque chose qui reste difficilement identifiable.
Coupable(s) ?
Bien sûr, des causes sont avancées et des coupables désignés. Les pesticides, insecticides nouvelle génération dont les expertises donnent des résultats contradictoires (1), certains OGM, une carence en pollen, les acariens (Varroa destructor) et même la pollution électromagnétique provoquée par les lignes à haute tension... tous ont été placés sur le banc des accusés.
Jean Rozo, de la Direction des services vétérinaires, avance un autre phénomène : « Les disparitions constatées dans le Morbihan ont été principalement causées par les conditions climatiques de l'an passé. Les reines n'ont pas pu sortir. Et les réserves de miel étaient très faibles ».
Syndrome
d'effondrement
Mais si tous ces facteurs jouent probablement un rôle, pas un ne semble pouvoir endosser seul la responsabilité de ce que les scientifiques américains ont appelé Colony Collapse Disorder (CCD) : le syndrome d'effondrement des colonies. Le phénomène ne préoccupe pas uniquement les amateurs de miel et les défenseurs de l'environnement. Sans tomber dans le catastrophisme (2), le déficit de pollinisation est alarmant. Selon le syndicat des apiculteurs, « 20.000 espèces de végétaux dépendent de la pollinisation des abeilles. 80 % de la pollinisation végétale en Europe se fait par l'intermédiaire de l'action des abeilles ». Le prix de certaines productions agricoles pourrait monter en flèche l'an prochain. Et, plus loin, toute la chaîne menace de se dérégler : le manque d'abeilles entraînerait, selon les experts, la disparition de certaines espèces végétales et, par ricochet, la disparition de certaines espèces animales...
1. Le Gaucho et le Régent sont interdits depuis 2004, mais un jugement récent a rouvert une porte pour le second.
2. Albert Einstein aurait déclaré : « Si les abeilles venaient à disparaître, l'homme n'aurait plus que quatre années devant lui ».
21 mai 2012 à 14h20
21 mai 2012 à 09h45 - 9 réaction(s)