23 septembre 2009 - 1 réactions
Les producteurs de lait ont maintenu la pression, hier, en menant de nouvelles actions pour protester contre l'effondrement des prix. Ils se montraient toutefois optimistes sur l'issue du conflit au vu des gestes faits par le gouvernement.
> Le témoignage d'agricultrices qui ont entamé un jeûne
Hier, alors que diverses actions étaient menées en France, le président de la Coordination rurale, François Lucas, a expliqué que «la grève était maintenue jusqu'à jeudi. Mais après, si le ministre de l'Agriculture Bruno Le Maire confirme ses promesses, nous pouvons envisager d'arrêter le mouvement».
Bruno Le Maire, qui défend une meilleure régulation du marché du lait, a demandé lundi la tenue d'un conseil extraordinaire des27 ministres européens de l'Agriculture. S'il obtenait gain de cause, ce serait «un geste fort», estime la Coordination rurale. En attendant, sur le terrain, des laiteries ont été bloquées ou filtrées et «quelques épandages» de lait ont eu lieu hier.
Ainsi, en Bretagne, vers20h, environ mille producteurs du Nord-Finistère et leurs familles se sont rassemblés dans un champ à Guiclan (29), près de Morlaix, à l'appel de l'Apli (Association des producteurs de lait indépendants). Une cinquantaine de tracteurs y ont déversé 700.000litres de lait. «Le mouvement se maintient et il s'étend même, constate l'un des organisateurs, Robert Baron, producteur à Plourin-lès-Morlaix.
La pression est de plus en plus forte, car les gens sont de plus en plus déterminés». De nouvelles actions seront menées dans les prochains jours «mais, prévient Robert Baron, ce seront des actions d'un autre genre...».
Landrévarzec, Hillion...
Toujours hier, plus tôt dans l'après-midi, plus de 220.000 litres de lait avaient été déversés à Landrévarzec (29), près de Quimper. Une centaine de producteurs de lait de la région quimpéroise s'étaient d'abord réunis, dès midi, devant la laiterie Entremont-Alliance, à Quimper, pour un pique-nique. Un convoi de 23 tracteurs et leurs remorques pleines de lait avaient ensuite rejoint un champ, au lieu-dit Lannec, où l'équivalent de la production annuelle d'un producteur livrant chez Entremont a été déversé.
Sur place, Jean-Michel Favennec, pour la Coordination rurale, membre de l'European milk board (EMB), a appelé à un contrôle systématique des entrées et des sorties des laiteries, sans blocage. Dans les Côtes-d'Armor, les producteurs de lait s'étaient donné rendez-vous hier, en début d'après-midi, à Hillion. Ils ont déversé près de 50.000 litres dans un champ, en bordure de la RN 12.
Présent, Alain Cadec, député européen, a apporté son soutien aux agriculteurs. «Je comprends le désarroi des producteurs de lait, même si je ne partage pas toujours les méthodes». Alors que tout se joue à Bruxelles et Strasbourg, le député européen a estimé «qu'il faut une nouvelle régulation du prix du lait et une deuxième génération de quota».
Filtrage à Pont-Scorff
Dans le Morbihan, des producteurs de lait se relaient depuis lundi soir pour bloquer l'accès de Lorco, la coopérative de Pont-Scorff. «Nous empêchons uniquement les camions de produits transformés de quitter le site. Le personnel et les camions qui collectent le lait circulent normalement», expliquent les grévistes.
À noter également que, hier, lors de sa session à Vannes, la Chambre d'agriculture du Morbihan a adopté à l'unanimité une proposition visant à réunir les différentes sensibilités syndicales pour construire un projet commun. Les élus consulaires de la FDSEA, de la Confédération paysanne et de la Coordination rurale se sont tous prononcés favorablement.
Le syndicat majoritaire, la FNSEA, qui avait condamné ce type d'action, n'avait pas prévu une telle mobilisation. Elle n'avait pas non plus prévu que des adhérents se joignent aux grévistes de l'Association des producteurs de lait indépendants et de l'Organisation des producteurs de lait, emmenée par la Coordination rurale. Dans les départements, lesFDSEA, voire les présidents de Chambre d'agriculture, se démarquent parfois de la position nationale et vont même à la rencontre des grévistes. C'est le cas de Jean-JacquesPoëzevara, président de la FDSEA 22, d'Olivier Allain, président de la chambre d'agriculture des Côtes-d'Armor, de Jacques Jaouen, président de la chambre d'agriculture du Finistère et de la chambre régionale de Bretagne. Même s'ils soutiennent parfois les grévistes et qu'ils réclament une régulation européenne de la production laitière, ils refusent d'appeler à la grève. «Chacun reste libre de s'engager ou non, disent-ils. Nous menons une action en profondeur pour défendre les agriculteurs en difficulté». Mais ils peinent à faire entendre un discours jugé trop modéré. Des adhérents quittent les rangs, déchirent, voire brûlent symboliquement leur carte. Un nombre qu'il est difficile d'évaluer, mais la portée médiatique de leur geste fait mouche. Thierry Merret, le président de la FDSEA du Finistère, va jusqu'à estimer que «l'opposition du président de la FNSEA à la grève est une erreur de communication». En attendant, les responsables syndicaux rament sur le terrain pour colmater la brèche. Cette fissure n'est pas une surprise pour la sociologue Yannick Sencéré, spécialisée dans le domaine agricole. «Depuis plusieurs années, il s'est créé un fossé entre les leaders de la FNSEA, qui co-gère la politique agricole avec le pouvoir, et la base. Il s'est élargi avec la crise, note la sociologue. Il reste à savoir si les adhérents qui s'éloignent de la FNSEA vont revenir quand la situation se sera redressée, ou s'ils vont se laisser tenter par la Coordination rurale, plus radicale».
