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Crime organisé. L'offensive des gangs de l'Est

27 juillet 2008

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Ouverture des frontières, manque de coopération judiciaire : les gangs des pays de l'Est ont déjà construit leur Europe. Discrets, capables d'effectuer des raids éclairs jusqu'en Bretagne, ils donnent de plus en plus de fil à retordre aux autorités. C'est petit, insignifiant, minable. Quatre moteurs de bateaux dans un port du Morbihan, 50 lames de rasoir dans un supermarché de Brest. Souvent, rien qui ne mérite une enquête approfondie. Dans les journaux, seulement quelques lignes. Et pourtant, chaque mois, l'addition de ces « petits coups » réalisés par de multiples équipes disséminées dans toute l'Europe rapporte plus que n'importe quel « casse du siècle ». Derrière ces vols anodins se cachent régulièrement des organisations criminelles très structurées. Toutes situées dans les « pays de l'Est » : Albanie, Serbie, Croatie, Bosnie, Roumanie, Lituanie, Pologne, Bulgarie, Hongrie, Moldavie, Géorgie... Des pays à la remorque ou à la porte de l'Union européenne, avec une partie de la population exclue qui aspire à posséder les mêmes « richesses » que ses voisins.

Lingerie féminine, lunettes et outils...

« Ces vols en série commis en bande organisée existent depuis une dizaine d'années chez nous, observe le capitaine Boucher, adjoint au chef du bureau police judiciaire (BPJ) de la région Bretagne de la Gendarmerie. Au début, ce n'étaient que de simples vols à l'étalage : lames de rasoir et parfums dissimulés dans des sacs aménagés pour ne pas déclencher l'alarme antivol. Aujourd'hui, on est passé de l'artisanat à l'industriel, avec des vols à grande échelle ». Matériel hi-fi, vidéo, informatique, téléphonie, lingerie féminine, lunettes et produits d'optique, outils de jardinage, métaux sont particulièrement prisés.

Un chef d'équipe à 13 alias

« Ces gangs ont mis en place de véritables réseaux, avec des points de rassemblement des équipes, des points de stockage et de rapatriement des objets volés, confirme l'un des responsables de l'Office central de la lutte contre la délinquance itinérante (OCLDI), une unité interministérielle rassemblant gendarmerie, police, services des enquêtes fiscales et douanières, spécialement créée en 2004. Avant, ces gangs étaient dans la découverte. Aujourd'hui, ils sont parfaitement organisés. On a le sentiment que les choses sérieuses ne font que commencer. » Les équipes sont de plus en plus difficiles à interpeller. « Elles sont très mobiles et changent tout le temps », explique un officier de l'OCLDI. Pour leur séjour en France, qui n'excède pas deux à trois semaines, les commanditaires fournissent véhicules, téléphones portables et argent. Certaines équipes - notamment lituaniennes et polonaises - sont très méfiantes et ne se mélangent pas à la population. Elles dorment dans des hôtels de zone industrielle, dans des camping-cars ou même dans leurs voitures. Pour nous, ces personnes sont très difficiles à identifier. Certaines, comme les Moldaves, utilisent de faux papiers étrangers. Les autres ont recours à des alias » (13 répertoriés pour un chef d'équipe roumain jugé à Rennes en 2005 pour une série de 86 vols commis en six mois, pour un butin de 1,2 million d'euros...)

Une voiture volée à Brest, à Varsovie quinze heures plus tard

Les équipes sont cloisonnées. Une première, généralement installée en France, repère les cibles. Une deuxième réalise les vols. Et une troisième achemine la marchandise au pays, en transitant par la région parisienne, où une partie est souvent écoulée. « Une voiture volée à Brest se retrouve quinze heures plus tard à Varsovie, illustre le capitaine Boucher. Les vols sont très ciblés. Il y a des commandes sur des modèles particuliers. Les camions et semi-remorques (près de 200 à 300 par an dans le Grand-Ouest) sont également concernés. On vole même des engins de chantier : pelleteuses, goudronneuses... »

Vins fins et Breitling en or rose

Quand une équipe tombe, difficile de remonter la filière. « Ces gars ne parlent pas, explique Philippe de Monjour, vice-procureur de la Juridiction interrégionale spécialisée (JIRS) de Rennes. Ils ne reconnaissent les faits que si on leur apporte leurs empreintes digitales ou leur ADN... » La prison ne leur fait pas peur. En témoigne cette déclaration d'un malfrat serbe récemment jugé par la JIRS de Rennes : « La France, c'est l'eldorado de l'impunité ! » « Tous ont intégré le risque de se faire attraper, commente un officier de gendarmerie. Pour eux, deux ans de prison, c'est l'occasion d'être bien nourri, logé, habillé, et de faire un peu d'exercice. » Sur les onze affaires jugées par la JIRS de Rennes depuis sa mise en fonction, il y a trois ans, huit concernaient des gangs des pays de l'Est. Pour cet Albanais, dont le réseau échangeait mallettes de billets contre sacs de cocaïne sur les parkings de supermarchés de la région nantaise, la peine prononcée a été de cinq ans de prison ferme et 100.000 euros d'amende. La justice n'est parvenue à faire tomber ce malfrat que pour une infraction connexe (comme Al Capone, incarcéré pour une simple fraude fiscale). Ce chef de clan, grand amateur de vins fins, qui portait au poignet une Breitling en or rose et platine à 4.710 euros éditée à moins de 400 exemplaires dans le monde, n'a pas pu justifier de ressources correspondant au (grand) train de vie qu'il menait.

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