30 janvier 2012 - 1 réactions
«Chauffeur de poids lourd et coiffeuse». Voilà ce que Fabienne Menotti, 28 ans, pourrait inscrire sur sa carte de visite. Pas banal, à l'image de son idée de créer un salon de coiffure itinérant aménagé dans un car. À partir d'aujourd'hui, son Ty Coiff'Bus sillonnera les routes du Centre-Finistère. «J'ai hâte», souriait ainsi, il y a quelques jours, la maman de trois jeunes enfants, oscillant entre excitation et nervosité. C'est qu'elle n'a pas ménagé sa peine pour en arriver là. «Ce bus, c'est un peu mon quatrième bébé qui a du mal à sortir», lâche-t-elle sans détour. L'idée a germé il y a quelques années. «Petite, je disais que j'irais vivre en Espagne et que j'ouvrirais un salon de coiffure. Ou bien alors au Canada!». Finalement, ce sera au Cloître-Pleyben (29), «près des monts d'Arrée», où elle a élu domicile.
Une course au financement
À une époque où les jeunes désertent les campagnes, elle fait donc le choix inverse. Parce qu'elle aime cette région. Native de Morlaix (29), elle a grandi et travaillé dans les environs. «Ici, je respire, je me sens bien, c'est l'essentiel». Elle opte pour la formule itinérante, une façon de faire vivre des bourgs qui, parfois, n'ont plus un seul commerce. «Coiffer à domicile, ça ne me tentait pas. Ça n'aurait été qu'un service parmi d'autres, qui font que les personnes âgées ne sortent plus de chez elles. J'ai envie d'apporter un peu plus qu'une coupe de cheveux. Ce bus sera un lieu où les gens pourront se rencontrer et discuter». Lorsqu'elle entreprend ses premières démarches, à l'été 2010, la dimension sociale du projet a tôt fait de convaincre les communes (quatorze!) du secteur. Pour ce qui est des financeurs, en revanche, le parcours relève plus du chemin de croix. Les premiers contacts avec sa banque sont pourtant bons. L'idée séduit, elle décroche un accord de principe sous conditions d'un apport personnel. Autre impératif, et pas des moindres, la jeune femme doit passer le permis poids lourd car le bus, après transformation, sera reclassé. «Ça a donné deux semaines de formation à pleurer presque tous les soirs», raconte-t-elle. «Seize vitesses, un tableau de bord d'avion! J'étais paniquée». Il n'empêche, elle réussit les premiers examens, dont un slalom sur 100m, en marche arrière... À l'aise. «Pour l'épreuve du permis, en revanche, j'étais tellement stressée, je l'ai loupé deux fois». Début 2011, retour à la banque. «Là, on me dit non, sans autre explication». C'est le coup de massue. Mais la jeune femme est déterminée. Elle entame alors un marathon. «J'ai vu une dizaine de banques. À chaque fois, l'idée était bien accueillie mais la réponse restait la même». Trop fantasque? «Je ne sais pas. Je n'ai pas été crédible. Vous savez, je suis mère au foyer, coiffeuse et blonde, alors...», avance-t-elle, sans se départir de son humour. La course continue, des semaines à monter des dossiers de concours, à frapper aux portes des collectivités, des fondations. Cela finit par payer.
La métamorphose du bus
Reste à trouver un bus. «Pas trop vieux afin de disposer de pièces de rechange, avec peu de marches et des soutes». Car c'est là une autre originalité du projet, le salon sera autonome en eau et électricité. «Une première en France», assure-t-elle. Ce sera un car de transport scolaire d'une vingtaine d'années. La métamorphose peut alors commencer et au final, le résultat est bluffant. Ce petit salon n'a rien à envier à ses grands frères classiques. Philosophe sur le chemin parcouru durant ces dix-huitmois, Fabienne Menotti dit avoir beaucoup appris. «Toutes ces embûches n'ont fait que me conforter dans mon idée. Aujourd'hui, je suis prête. Je n'ai plus qu'à être une bonne coiffeuse. Et une bonne conductrice!».
25 mai 2012

25 mai 2012 à 07h10