26 mars 2008
Hier, à Rennes, à l'ouverture du procès en appel des trois meurtriers présumés d'un jeune couple de Brest, Gérôme B., mineur au moment des faits, n'a pas fait valoir son droit au huis clos. L'audience sera donc publique jusqu'au 11 avril.
À la demande de l'avocat général Yves Boivin, quatre jurés supplémentaires ont été tirés au sort. Ils se tiennent prêts à suppléer l'un des douze hommes et femmes qui entourent le président Buckel et ses assesseurs. Hier, ils ont commencé, à la lecture de l'ordonnance de renvoi, à entrevoir l'horreur crue des dernières heures de Clarisse Lignez et Erwan Duramé. Au bout de la nuit du 19 au 20 août 2003, ce couple de Brestois avait été séquestré, puis leurs corps sans vie transportés jusqu'à Champs-Saint-Père (85). Leurs restes calcinés avaient été découverts dans un étang deux jours plus tard.
Le premier procès à Nantes n'avait pas permis de lever le voile sur « le pacte de l'horreur » - selon l'expression d'un avocat général - liant les trois accusés, Saïd Abdellaoui, Gérôme B. et Stéphane Planchet. Tous trois avaient multiplié les faux-fuyants.
Le plus fluctuant dans ses déclarations était Saïd Abdellaoui. C'est sa personnalité que la cour a commencé à examiner hier après-midi. Né en 1980 au Maroc, il a été élevé, dès son plus jeune âge, par ses grands-parents maternels. À la faveur du remariage de sa mère, il arrive en France en 1999. Il tente de s'enrôler dans la Légion, à Aubagne. Quatre jours plus tard, il est déclaré inapte, mais il dira toujours y être resté trois mois.
« Il n'a pas de limites »
Tous ses actes sont à l'image de cet épisode, grossis, déformés, voire complètement inventés. Une ancienne petite amie raconte qu'il lui avait fait croire qu'il avait fui la Belgique, de peur d'être rattrapé par la Justice. Tout était faux. « Sa vie est un mensonge », a-t-elle redit hier, racontant aussi une scène de violence au cours de laquelle il lui avait, pour un motif futile, serré fortement le cou. « Quand il s'est rendu compte qu'il allait trop loin, il m'a embrassée. C'est quelqu'un qui n'hésite pas à faire du mal quand on lui tend la main. Je pense qu'il n'a pas de limites. C'est lui et rien ne peut l'arrêter ».
Une passion
pour les voitures
Les autres renseignements glanés par l'enquête mettent au jour un homme mégalomane, s'inventant tantôt une nationalité colombienne, tantôt une expérience des arts martiaux, qui l'aidait à dépasser la morne enfilade des petits boulots. Arrivé à Brest en janvier 2002, Saïd Abdellaoui tente de décrocher un emploi de pizzaïolo, d'abord à La Scala. Il est gardé trois jours.
À La Bella Notte, une autre pizzeria, l'essai n'est guère plus concluant, même s'il est décrit comme étant « arrangeant et d'humeur égale ». À chaque fois, il a eu le temps de se faire surnommer « Azul ». Il parle aussi de sa passion pour les voitures. L'Audi coupée de Clarisse et la Toyota RAV 4 d'Erwan sont-ils vraiment à l'origine de l'expédition du trio le soir du 19 août 2003 ? Saïd Abdellaoui s'est engagé à répondre « exactement ». Il avait dit la même chose lors du premier procès.
