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Cinéma. Dans la famille Becker: Louis

27 janvier 2012

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Les Becker font des films de père en fils comme d'autres font des chaussures. C'est une culture familiale. Il y aeu Jacques, «un monument du cinéma», Jean «très reconnu» et c'est maintenant au tour de Louis, de raconter des histoires. Son premier film, «Les papas du dimanche», est sorti mercredi.

À trois jours de la sortie de son premier film, il ouvre la porte avec un large sourire. Dans l'entrée, des trottinettes, des paires de baskets. Troismariages, deux divorces, la nouvelle famille de Louis Becker est recomposée. Des têtes blondes et brunes passent les portes, un, deux trois,...six ! Il vous les présente un à un. «J'adore quand la maison est pleine d'enfants». Papa poule, il remonte le cache-col de l'un, s'inquiète de l'horaire de musique de l'autre, invitera tout son petit monde à déjeuner. C'est presque parfait. Pourtant, Louis Becker, producteur depuis une vingtaine d'années, fils de Jean Becker («L'été meurtrier», «Les enfants du marais», «Deux jours à tuer»), petit-fils de Jacques Becker («Rendez-vous de juillet», «Casque d'or», «Touchez pas au Grisbi»), a longtemps et souvent été un «papa du dimanche». Un de ces pères divorcés n'ayant la garde des enfants qu'un week-end sur deux.

Un père seul face à ses enfants

Ce fils de cinéma, tombé dedans lorsqu'il était petit, a choisi une thématique personnelle et douloureuse pour son premier film en tant que réalisateur: «J'avais la nécessité de cette histoire, l'histoire ordinaire d'un homme ordinaire». Un couple sur trois divorce et 83% des gardes sont accordées aux mères. Alors, en effet, quoi de plus banal qu'un père seul face à ses enfants. Et pourtant, «c'est tellement intime, complexe et déchirant». Pour ce premier film réalisé à 55 ans, c'est bien le sujet qui l'a décidé. «J'avais envie de poser mon oeil sur le désarroi des pères, dire que lors d'une séparation, personne ne doit se victimiser». Louis Becker a réalisé un film sur des gens qui souffrent mais se séparent dans la dignité et le respect des enfants. «Je ne pouvais pas l'imaginer autrement. Je suis un éternel résilient, j'aime les chemins qui mènent à la réconciliation». Il dit imaginer des pères -et les mères aussi- emmener leurs enfants voir le film et entamer un dialogue. Il l'a fait pour eux.

La bonne humeur comme philosophie

ll y a quelque chose de profondément jovial dans le caractère de Louis Becker, une simplicité - «Je n'aspire qu?à être aimant avec les gens que j'aime» -, une douceur dans la voix... «Je sais être dans l?émerveillement, c'est une de mes capacités. L'art, pour moi, c'est d'abord émouvoir». Cette bonne humeur, comme une élégance, c'est sa philosophie. «C'est ce que mon personnage Antoine (joué par Thierry Neuvic) présente comme facette. J'ai aussi fait ce film pour que mes enfants n'interprètent jamais ma joie comme de l'indifférence». Après avoir précisé que le film n'est «naturellement pas contre les femmes», qu'il s'entend d'ailleurs très bien avec ses ex-femmes (on le croit sans peine), qu'il n'a pas voulu de mise en scène «visible» mais des acteurs «profonds et vrais», que le plus dur avec les enfants fut de les choisir car après, «ils sont tellement authentiques que ça marche tout seul», Louis Becker parle de son amour de la vie, «des jolies choses».

La filiation Becker

Il évoque un documentaire qu'il voudrait réaliser, aller à la rencontre des gens et de leurs convivialités autour d'une table. Il s'enflamme au souvenir «des côtes caramélisées du rôti de porc de (sa) grand-tante», se moque que l'on puisse le traiter de naïf. Il aime son «petit bateau», ses croisières bretonnes, fait un parallèle entre la navigation et l'école de la vie. Et d'un coup, on voit bien la filiation Becker, cette fibre qui donne envie d'être des enfants du marais, ou de danser un dimanche au bord de la Marne, au bras d'une magnifique Simone Signoret! Louis Becker aborde ce nouveau métier avec beaucoup de modestie. «Ce n'est pas un film de cinéaste». Quand on le questionne sur son rapport au père, il balaie l'espace d'un revers de main. «Certains journalistes parlent de tuer le père. Le mien a 78 ans et je le produis, alors... Non, c'est par pure envie!». De son père, il n'a reçu qu'un conseil: «N'aie jamais tort, quoi qu'il arrive!». Il a appliqué l'exact contraire, «pour moi, la bonne foi est une force».

  • Gwenaëlle Bailly-Daujon
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