30 octobre 2008
À la suite de dix interpellations dans le pays de Ploërmel (56), destinées à mettre fin à une chaîne d'argent (Le Télégramme du 24 octobre), les langues se délient à Loudéac (22).
Combien sont-ils à avoir été attirés par l'appât du gain dans la région de Loudéac ? Vingt, cinquante, cent, deux cents ? Toujours est-il que depuis l'interpellation de dix personnes, dans le pays de Ploërmel, afin de mettre un coup d'arrêt aux chaînes d'argent, l'inquiétude est de mise à Loudéac.
Le principe est simple et il a fait visiblement des émules. Appelée par certains cercles de dons, roue d'abondance voire d'opulence, la chaîne d'argent se construit sur un système pyramidal. « Tu entres dans le cercle en apportant 2.000 , et si tu ramènes deux autres personnes avec la même mise, tu repars avec 16.000 », résume Bastien (*), la vingtaine, qui hésite encore à entrer dans la combine. L'explication est courte, et démontre l'absence de véritable logique. « Il faut quinze personnes dans un cercle. Celui du centre reçoit la mise des huit derniers arrivés. Le jeu se poursuit, avec la création de deux autres cercles et ça continue », précise, Tristan, qui est sorti du cercle. « Je connais des gens qui ont gagné, mais je pense que si je me laisse tenter, je vais me faire avoir. Chaque arrivant doit ramener deux nouveaux. Et le problème de Loudéac, c'est sa population. On n'est pas à Paris !, poursuit Bastien. Et depuis l'opération coup-de-poing à Ploërmel, qui voudra rejoindre le cercle ? »
Un système bien huilé
Pourtant, la mécanique du système semble bien huilée. « J'ai été invité à une réunion un mardi soir par un ami. Il m'a dit qu'on allait prendre l'apéritif chez quelqu'un. Là-bas, on était nombreux, et je ne connaissais pas tout le monde, raconte Kilyann. On nous a tout expliqué : comment fonctionnait le jeu ; quels étaient les risques ; comment se servir des gains empochés et ne pas se faire remarquer par les banques. Tu sors de là, tu ne peux qu'être convaincu ». Les témoignages récoltés concordent sur la fréquence des rencontres, qui se déroulent les mardis et les jeudis soirs. Ils révèlent aussi que la plupart des membres d'un cercle y sont entrés grâce à des amis ou de la famille. « Comment veux-tu mettre en doute un ami proche avec qui tu as grandi ? », s'interroge Adrien.
Aucune plainte
à la gendarmerie
Résultat, à la gendarmerie de Loudéac, aucune plainte n'a été enregistrée. Mais jusqu'à quand ? « J'ai pas mis 2.000 , soit plus d'un salaire, pour tout perdre ! Je ne peux pas l'accepter. Si ça ne marche pas, il y aura des suites », s'énerve Adrien, cigarette à la bouche. Au final, personne ne sait vraiment comment cette histoire, débutée vraisemblablement cet été, va finir. De nombreuses personnes interrogées avouaient avoir été approchées ou connaître quelqu'un dans un cercle. Qui ne tourne pas vraiment rond.
* À la demande des intéressés, tous les prénoms ont été modifiés.
21 mai 2012 à 14h20
21 mai 2012 à 09h45 - 9 réaction(s)