25 avril 2011
«La pâtisserie, c'est important, déclare d'emblée Camille Lesecq car c'est la dernière impression que l'on a et que l'on emporte avec soi, avant de quitter un restaurant». C'est aussi vrai pour un repas de famille et le dessert n'est donc plus la cinquième roue du carrosse. Il n'en a pas toujours été ainsi et, longtemps, le pâtissier a été le parent pauvre de la gastronomie. «On le traitait de gnoleux», rappelle Michel Guérard, manière de dire que la bouteille de tafia, ou de rhum, n'arrosait pas que les babas. LeMeilleur ouvrier de France en pâtisserie de 1958, et inventeur de la cuisine minceur, souligne qu'aujourd'hui, «le dessert a un rôle à part entière».
Une vie de fou
Tout juste trente ans et une bouille blonde d'angelot, le pâtissier du palace Le Meurice parle d'une voix douce, qui tranche dans le monde fort en gueule des cuistots. Il a cependant l'assurance de ceux qui ont su très tôt que leur voie était tracée. Ce fils de maçon préfère la pelle à tarte à la truelle. «J'ai passé mon enfance au Chefresne(Manche), un petit village en pleine campagne, dans une vielle maison restaurée par mon père, c'est sa spécialité. Mais chaque année, on allait à Paris pour Noël, chez un oncle maternel, pâtissier rue Falguière. Toucher et goûter la pâte à brioche, respirer le parfum des meringues encore chaudes, c'était mieux que le Père Noël». La pâtisserie et Paris sont ainsi pour toujours associés dans son esprit. À peine sorti de l'école de boulangerie-pâtisserie de Caen et une fois son apprentissage terminé dans une boutique de Villers-Bocage (Calvados), il n'a plus qu'une idée en tête, aller à Paris. «J'ai trouvé un travail de commis au Crillon. Et en débarquant dans ce palace, sur la place de la Concorde, j'ai tout de suite vu que c'était une vie de fou. Cela n'arrête jamais, après les croissants et les viennoiseries du matin, le déjeuner arrive, il faut préparer les banquets, se tenir prêt pour les commandes du room service et c'est l'heure du dîner sans que l'on ait eu le temps de dire ouf». Oui, une vraie vie de «ouf». Mais surtout excitante: «J'ai appris les goûts francs et le goût de la fantaisie, au contact du chef pâtissier Christophe Felder. Un type tellement formidable que lorsqu'il a quitté le Crillon, j'ai préféré partir». Camille ne reste pas longtemps sur le pavé et atterrit 700m plus loin, en remontant la rue de Rivoli. Au Meurice, dans la brigade de YannickAlleno, qui décroche sa deuxième étoile deux mois après son arrivée. Camille Lesecq y dirige maintenant une équipe de douze personnes, toutes spécialisées en pâtisserie.
Sortir du ghetto sucré
Les «mange-farine», autre surnom donné aux pâtissiers, ont, en effet, gagné leurs lettres de noblesse et font désormais jeu égal avec les rôtisseurs, qui régnaient jadis sans rival en cuisine. C'est l'époque qui s'est édulcorée, diront les grincheux. «Nous devons à Pierre Hermé, la star du macaron, d'être sorti de ce ghetto sucré», estime Lesecq, qui incarne avec Christophe Michalak, du George V, et Christelle Brua, du Pré Catelan, le trio de tête de cette nouvelle génération. «Fini les fils de sucre qui vont dans tous les sens, nous faisons des gâteaux aux formes maîtrisées et pas trop sucrants», précise celui qui met du beurre salé dans sa pâte sablée et remplace parfois le sucre par de la vergeoise. Dans le sillage d'Alleno, il remet en valeur les spécialités parisiennes. Le Saint-Honoré, bien sûr, où le croquant du caramel répond au fondant de la chantilly. Mais aussi la niflette, un fond feuilleté avec une crème pâtissière légèrement kirschée, et une Chiboust caramélisée, du nom du pâtissier installé rue Saint-Honoré au XIXesiècle. Ou le Pont Neuf, pâte à chou et crème pâtissière avec gelée de groseille, posée sur une tarte fine aux fraises de la vallée des Alluets, près de Versailles. Mais ça, ce sera pour dans un mois car la carte change toutes les trois semaines. Ainsi, plus question de goûter à l'inoubliable fuseau au chocolat, une gavotte remplie d'une mousse chocolatée ébouriffée de copeaux de truffe, la saison est terminée.
Et le Paris-Brest?
Pas étonnant que Yannick Alleno, pâtissier à ses débuts, ait eu sa troisième étoile en 2006. «Nous avons tous été la fêter chez Paul Bocuse, qui nous a servi au dessert un Paris-Lyon», se souvient CamilleLesecq. Et au fait, comment fait-il le Paris-Brest? «Je mets dans le praliné 50% de pâte de noisette, pour que ce ne soit pas écoeurant, confie-t-il. La crème pâtissière et la crème au beurre sont allégées à la chantilly». Quant à savoir si la recette est parisienne ou bretonne, c'est une autre histoire. Et c'était vraiment une mauvaise idée de demander à un Normand de trancher. Une seule chose est sûre, elle a été créée par un pâtissier de Maisons-Laffitte, M.Bauget, en 1891, pour célébrer cette course cycliste, d'où la pâte à choux en forme de roue.
25 mai 2012

25 mai 2012 à 07h10