18 septembre 2009 - 4 réactions
Rennes a décidé récemment de développer un dispositif de vidéosurveillance dans les rues. En Bretagne, d'autres villes sont sur les rangs, comme Pontivy ou Saint-Brieuc. Dans le même temps, Ploërmel a décidé de revoir son réseau à la baisse.
En Bretagne, la vidéosurveillance n'est pas l'apanage des grandes agglomérations. C'est Ploërmel (56) qui, la première, a braqué ses objectifs sur ses concitoyens en septembre2005. Une initiative de Paul Anselin, l'ancien maire UMP détrôné aux dernières municipales par la socialiste Béatrice Le Marre. À l'époque, l'affaire avait fait grand bruit. Car cette agglomération de 9.000 habitants se retrouvait avec plus de soixante caméras enregistrant les moindres faits et gestes des passants. PaulAnselin, taxé d'élu hypersécuritaire, avait même été gratifié d'un Big Brother Award, un prix national décerné par des associations anti-vidéosurveillance. En janvier2008, le tribunal administratif annulait l'arrêté préfectoral autorisant l'exploitation du réseau. Aux motifs que le rapport remis par la collectivité était bien trop succinct sur les risques de dégradations ou d'actes délictueux.
Ploërmel: un dispositif plus léger
Pour autant, la nouvelle municipalité n'a pas l'intention de remiser les caméras. «Nous avons relancé une procédure d'agrément, explique BéatriceLe Marre, pour un dispositif beaucoup plus allégé.La préfecture doit se prononcer en décembre sur la question». Un peu moins d'une vingtaine de caméras pourraient désormais surveiller les bâtiments publics et certains espaces urbains. «Ce réseau sera beaucoup moins onéreux que le précédent», promet l'élue.
Caméras de droite et caméras de gauche
Il y a encore quelques années, la gauche et la droite se retrouvaient volontiers sur le ring pour échanger quelques arguments tranchants sur le sujet. La droite défendant bec et ongles la sécurité des personnes et les biens. Et la gauche diabolisant ces projets considérés comme liberticides. Les choses ont bien changé. Car de chaque côté de l'échiquier politique, on se croise désormais en préfecture pour déposer des dossiers. C'est peut-être, en partie, la conséquence de la volonté affichée du gouvernement de tripler le nombre de caméras en France (de 20.000 à 60.000). Installations pouvant être financées par de copieuses subventions allant de 20 à 50%. S'ajoute à cela un vrai travail de VRP engagé par la police et la gendarmerie qui ne manquent pas une occasion de vanter les mérites de la vidéosurveillance lors des rendez-vous avec les élus.
Questembert y renonce
Résultat, en Bretagne, les projets ne manquent pas. À droite surtout. Saint-Brieuc, secouée par un crime en 2007 et des débordements estudiantins les jeudis soirs, est sur les rangs (huitcaméras dans l'hyper-centre pour120.000EUR). À Carnac (56) aussi, où 250 faits de dégradations ont été constatés en un an et demi, on pense investir dans un réseau en 2010. À Plonéour-Lanvern (29), le maire a lancé le débat sur la place publique. L'opposition, elle, demande l'embauche d'un garde champêtre pour faire régner l'ordre. À gauche, on trouve moins de candidats. Contrairement à Brest qui reste opposée aux caméras, Rennes a franchi le pas récemment (lire ci-dessous). À Pontivy (56), l'idée fait son chemin. Ici, les esprits ont été marqués par le meurtre, en juillet2008, de StéphanieRopers, une jeune fille qui travaillait dans un bar. Le23septembre, le conseil municipal débattra sur cette question. À Questembert (56), en revanche, le maire Paul Paboeuf, qui avait lancé la réflexion il y a bientôt deux ans, a refermé ce dossier. Préférant réfléchir à des actions de prévention à destination de la jeunesse.
L'espace public n'est pas filmé. En revanche, il y a des caméras dans les espaces privés, comme les commerces, aux abords des guichets automatiques des banques. C'est déjà beaucoup. Pour paraphraser notre ministre de l'Intérieur, une caméra, ça va. C'est quand il y en a beaucoup qu'il y a des problèmes. Cette technique n'est pas un but en soi. Il n'y a pas de remède miracle à la délinquance. Je crains qu'en optant pour les caméras, comme le souhaite le gouvernement, on abandonne les politiques de prévention. De la part d'un particulier, une seule. Quant à la police, elle n'a jamais fait part de son souhait de voir se développer ce type de réseau dans les rues de la ville. Au conseil municipal, ce débat n'a jamais été encore ouvert. Je sais qu'il peut y avoir des éléments déclencheurs et que je peux être amené à corriger mon point de vue si la situation l'exige. Pour l'instant, pas de précipitation.
Je n'ai pas dit que j'étais pour. Je n'ai pas d'a priori sur la question. Je suis simplement pragmatique. C'est la raison pour laquelle le conseil municipal a opté pour une expérimentation limitée dans le temps et l'espace. Rennes a connu une série d'incidents et même de drames. Le sentiment d'insécurité est réel. Et il y a une forte attente des particuliers dans ce domaine, même si Rennes a, derrière Limoges, le taux de criminalité le plus bas de France. Nous allons voir. Il a, en tout cas, fait ses preuves en milieu fermé (NDLR: les bus et le métro rennais sont surveillés par1.600 caméras). En milieu ouvert, les avis sont beaucoup plus réservés. Je tiens, par ailleurs, à indiquer que la vidéoprotection n'est que le quatrième point d'une charte de la vie nocturne que nous avons mise en place, en concertation avec la préfecture, des associations de commerçants, l'Union des métiers de l'hôtellerie... Nous privilégions depuis déjà longtemps la prévention, avec la mobilisation d'animateurs sur le terrain, l'organisation de soirées sans alcool. Nous avons, par ailleurs, obtenu des renforts de police (vingt postes en Unité territoriale de quartier, UTEQ) et nous avons recruté quinze nouveaux policiers municipaux (cinquante déjà sur le terrain).
Vingt-six depuis avril2008. Une vingt-septième sera installée prochainement rive droite, sur le port. Il y a eu un élément déclenchant. Une bagarre particulièrement violente entre deux bandes de jeunes en plein centre-ville. Ces caméras servent bien sûr à protéger les biens et les personnes mais elles font aussi partie du dispositif de régulation du trafic routier. Pour l'instant, nous nous arrêtons là. Mais il n'est pas exclu qu'on renforce le réseau dans quelques mois. La Sécurité publique fait état d'une baisse de 9,75% de la délinquance sur les deux premiers trimestres de cette année. Les petits délits de la rue ont, eux, baissé de 19,13%. Les caméras y sont pour quelque chose, c'est sûr. Mais c'est aussi le résultat de notre politique de prévention et d'îlotage. Très exactement 1,1MEUR pour le réseau et les deux pôles de visionnage. L'un diurne, géré par la police municipale, et l'autre nocturne, au commissariat. Chaque année, 35.000EUR seront consacrés à la maintenance. Et 215.000EUR aux salaires des quatre personnels chargés du système.
Brest ville. Documentaire. Philippe Lubliner, cinéaste humaniste
Auray. Cinéma. Dernière pour «Les Périls de Charles Jude»