Bobital. « Un échec qui nous sonne tous »
Le tribunal de Dinan a placé le festival des Terre-Neuvas de Bobital en liquidation judiciaire. Son président, Didier Guenroc, s'explique.
Que signifie la mise en liquidation du festival des Terre-Neuvas ?
Que l'association des Terre-Neuvas est dissoute et que l'argent encore sur les comptes du festival va servir à payer une partie des factures restantes.
Comment vous êtes-vous retrouvés avec un trou d'1,3 million d'euros ?
Les comptes sont clairs. Nous avons enregistré 52.000 entrées payantes : il nous en manque 33.000 par rapport à notre prévisionnel. La vente de faux billets nous a bien sûr porté préjudice, mais je ne peux pas lui faire porter le chapeau. Le déficit tient au manque de réservations. Le jeudi soir précédant le festival, on demeurait confiant. Les réservations étaient au même niveau que celles de 2002 à 2005...
Le public n'a pas adhéré à la programmation de cet été ?
Certainement. Il nous a manqué une locomotive. Nous avons longtemps cru que Mika viendrait à Bobital. Seulement, il a fini par signer au Main Square Festival d'Arras, le 5 juillet.
Avez-vous été victimes d'une surenchère ?
Il s'est passé quelque chose comme ça... En tout cas, jamais, à aucun moment, les Terre-Neuvas ne sont entrés dans le jeu de la surenchère. Tout simplement parce que nous n'en avions pas les moyens. Cette année, nous avions tablé sur un prévisionnel inférieur de 20 % à 2007, en nous disant qu'il valait toujours mieux être vigilants. Mais c'était encore trop. Même si nous avons présenté des spectacles exceptionnels comme ceux d'IAM, Bashung, Cali ou des Sex Pistols, notre programmation n'a pas trouvé le public espéré.
L'aspect fourre-tout de la programmation est-il en cause ?
Nous avons toujours gardé la même trame depuis dix ans : 25 % d'artistes connus, 75 % de découvertes. Hormis des festivals très typés comme La Route du Rock ou Hellfest, tout le monde mise sur une programmation éclectique. Chacun garde heureusement sa propre cohésion artistique, sinon, tous les festivals prendraient les mêmes artistes et ça n'aurait pas d'intérêt. Notre style nous a permis de gagner pendant dix ans. Pendant trois ans, nous avons même été le second festival de France en termes de fréquentation. Seulement, la onzième année, c'est un échec qui nous sonne tous.
Le bénévolat était-il toujours adapté à un festival d'une telle ampleur ?
On peut constater que notre force a été aussi notre faiblesse. En cas de succès cette année, nous avions prévu de créer deux emplois à l'année.
Verra-t-on une suite à Bobital ?
Pour l'instant, on affronte une grosse tempête où il faut se mettre à la cape. Si suite il y a, elle sera obligatoirement menée par une structure professionnelle. On ne pourra plus retrouver l'esprit qui a régné pendant dix ans.