19 novembre 2011
«Je n'aime pas aller trop loin pour chercher mes histoires: il y a beaucoup à raconter près de chez soi, sans partir au bout du monde ou sur des planètes lointaines», souligne l'auteur de bande dessinée à succès Étienne Davodeau, qui a, notamment, collaboré avec le scénariste brestois Kris pour l'album, plusieurs fois primé, «Un homme est mort». Également récompensé à plusieurs reprises pour ses oeuvres en solo, notamment àAngoulême, l'artiste voit, à46ans, son nouvel album, «Lesignorants», caracoler en tête du classement Datalib des ventes BD des libraires indépendants. Pour l'élaborer, Étienne Davodeau, haute stature, pull noir et cheveux coupés très court, a passé plusieurs mois d'hiver à tailler la vigne avec son voisin et ami vigneron Richard Leroy, sur les hauteurs de leur village de Rablay-sur-Layon, dans l'Anjou, puis l'a accompagné jusqu'à la mise en bouteilles. «Piocher la vigne, la tailler... je voulais expérimenter la chose physiquement, musculairement. Évidemment, je ne pouvais pas dessiner dans la foulée», sourit-il en évoquant ses doigts engourdis par le froid et l'effort. Le récit, au trait discret et réaliste, de cette expérience, paru chez Futuropolis, offre une double plongée dans l'univers de la viticulture biodynamique d'excellence et dans celui de la bande dessinée, que l'auteur a fait parallèlement découvrir au vigneron.
Un premier reportage BD remarqué
Né en 1965, à Botz-en-Mauges (Maine-et-Loire), à une soixantaine de kilomètres du village où il vit aujourd'hui, dans une coquette maison en bois dont il a dessiné les plans, Étienne Davodeau a grandi dans une famille ouvrière et catholique rurale. Après des études en arts plastiques à Rennes, et alors qu'une nouvelle génération achève de faire «péter les cadres de laBD traditionnelle», à la suite, notamment, du Prix Pulitzer américain à Art Spiegelman, il invente un pendant «de proximité» au travail d'un Joe Sacco, le grand reporter BD américano-maltais. «Parmi mes influences figurait aussi DanielMermet (l'homme de radio), avec sa capacité à aller voir les gens et à leur faire raconter une histoire. Je me disais que si on pouvait faire ça en BD, ce serait formidable», confie-t-il. En 2001, après plusieurs oeuvres de fiction, il se jette à l'eau avec «Rural!» (Delcourt), long et remarqué reportage BD sur des éleveurs laitiers obligés de quitter leurs terres pour permettre la construction d'une autoroute. Il signe, par la suite, un classique immédiat, «Les mauvaises gens», récit des difficiles efforts d'émancipation militante de ses parents entre usine et clocher, au tournant des années 1970. «Plus cela se passe près de chez moi, plus je me sens légitime pour raconter», indique Davodeau, qui se défend d'être un auteur militant. «La chose sociale est tellement peu traitée enBD qu'on est vite étiqueté. J'ai de l'empathie pour les militants mais en tant qu'auteur, je garde de la distance». Il impose le même recul à son trait: «Pour moi, en BD, le dessin est un simple outil au service du récit».
Sollicité de Bruxelles à La Réunion
Également auteur d'une abondante oeuvre de fiction, Étienne Davodeau est aujourd'hui sollicité de Bruxelles à La Réunion. «Mais il est très détaché du succès. C'est moi qui lui rappelle que depuis cinq-six ans, il est constamment dans les principaux auteurs cités», assure l'auteur de BD Marc Le Grand, dit Joub, proche ami depuis les années de fac. Pour l'intéressé, «une des plus grandes satisfactions, c'est de voir des gens qui, d'habitude, ne lisent jamais de BD venir me dire qu'ils ont l'impression que j'ai raconté leur vie».
25 mai 2012