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Barcelone. Dans les pas de l'étudiant disparu

29 janvier 2008

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Toujours aucune trace de Romain Lannuzel, étudiant breton disparu depuis deux mois et demi à Barcelone. Enquête dans la capitale catalane pour tenter de comprendre cette étrange disparition. De notre envoyé spécial. Enlèvement ? Fugue ? Agression ?... Autant de questions que se posent les trois inspecteurs espagnols qui travaillent à plein-temps sur la disparition, à Barcelone, de Romain Lannuzel, jeune étudiant originaire de Lampaul-Guimiliau (29), près de Landivisiau. Au ministère catalan de l'Intérieur, le responsable de la police, Joan Delort, l'avoue clairement : « Nous sommes face à un cas très complexe car nous n'avons encore aucun élément qui puisse expliquer une telle disparition. Des disparitions, j'en ai connues mais jamais je n'ai été confronté à une affaire de ce genre ». Romain Lannuzel, 20 ans, suivait les cours d'anglais à l'UAB (université autonome de Barcelone) depuis le mois de septembre, dans le cadre d'un échange Erasmus. Le 13 novembre, jour de sa disparition, il est 11 h du matin quand Romain sort d'un examen. Il croise Renaud Brissoneau, son ami breton de Berrien (29). Tous les deux ont suivi les cours à la faculté de Brest, avant de rejoindre ensemble Barcelone. « À la fin du contrôle, il m'a dit qu'il allait rentrer chez lui pour étudier », se souvient Renaud, qui sera le dernier de ses amis à l'avoir vu.

« Un parc où il ne faut pas tenter le diable »

La veille, Romain a emménagé dans un nouvel appartement, à Sabadell, une commune située bien plus près de l'UAB que Barcelone où il résidait jusqu'à présent. Ce 13 novembre, il aurait donc regagné son domicile. Un journal du jour a été retrouvé sur son lit. Vers 16 h, il a correspondu par e-mail avec un ami habitant à Brest pour lui signaler que « tout allait bien et qu'il avait passé un bon week-end ». « Peu avant 19 h (à 18 h 57), il m'a ensuite téléphoné, visiblement de chez lui, pour me dire qu'il viendrait récupérer le reste de ses affaires vers 20 h 30. Mais il n'est jamais venu », raconte Maria, l'une des colocataires de son appartement barcelonais. Pour se rendre de Sabadell à Barcelone, il faut prendre le train. Afin de rejoindre la gare, Romain a le choix : marcher une bonne vingtaine de minutes ou emprunter le bus. S'il est parti à pied, il a pu traverser le vaste parc Catalunya. Ce jour-là, il fait déjà nuit, à 19 h. « Et la nuit, il ne faut pas tenter le diable dans ce parc plutôt mal fréquenté », glisse Renaud. « Le soir, nous n'allons jamais dans ce parc car il faut faire attention », prévient une habitante du quartier. Attention à quoi ? « A tous ces sans domicile fixe et autres marginaux », répond cette habituée des lieux. « Le parc n'a pourtant pas la réputation d'être dangereux », assure-t-on au ministère catalan de l'Intérieur.

La police : « Nous n'avons rien de rien »

La police a passé le parc au peigne fin. Sans résultat. Romain est-il monté dans le train ce soir-là ? La caméra-vidéo de la gare aurait pu l'attester. Malheureusement, les images sont effacées tous les trois jours et la disparition de Romain n'a été signalée que le 18 novembre, soit cinq jours après. La police espagnole semble rejeter la thèse de l'enlèvement : « Lors d'une séquestration, nous avons généralement des nouvelles au bout de deux semaines ». Romain a pu aussi être victime d'une agression. « Nous n'avons découvert aucun indice comme, par exemple, un vêtement. Pour l'instant, nous n'avons rien de rien », fait remarquer Joan Delort. « Cette histoire sent mauvais », analyse Pepa Maso, journaliste au quotidien catalan Avui +. Romain avait deux téléphones portables provenant d'un opérateur français, pour l'un, et espagnol, pour l'autre. Le premier appareil a été retrouvé mais son examen n'a rien donné. Quant au second téléphone, qui reste introuvable, les enquêteurs ont pu vérifier, auprès de l'opérateur, que le dernier appel donné était bien celui de 18 h 57, ce 13 novembre, aux deux anciens colocataires de Barcelone. La famille affirme qu'aucun mouvement n'a été effectué sur les comptes bancaires de Romain depuis cette date, ce que refuse de confirmer la police. Quant aux nombreux appels à témoins, ils sont restés infructueux.

« Auditions : tout ne concorde pas »

La police a déjà entendu une vingtaine de personnes de l'entourage de Romain. « Nous allons à nouveau auditionner tous ces gens, car tout ne concorde pas dans les différents propos tenus lors de la première audition. Une discordance due peut-être à l'émotivité des uns et des autres », explique Joan Delort. Une fois la deuxième audition terminée, les policiers ibériques devraient opter pour privilégier telle ou telle piste. Au consul de France, à Barcelone, on suit de près cette affaire. « Je n'ai jamais connu une telle disparition, commente le consul général Pascal Brice. C'est une situation dramatique, notamment pour la famille. Mon rôle est d'être au plus près d'elle et de m'assurer du sérieux de l'enquête ». À 1.300 km de là, l'inquiétude grandit de jour en jour chez les parents de Romain, à Lampaul-Guimiliau. « Nous nous étions dit qu'au bout deux mois, on allait le retrouver. On a du mal à tenir, témoigne la mère, Mireille Lannuzel. Bien entendu, je suis prête à partir si on me dit qu'il est à tel endroit. Je n'attends que ça ». Jamais, je n'ai été confronté à une affaire de ce genre » Joan Delort, responsable de la police catalane Repères Barcelone, ville dangereuse ? Pour Pascal Brice, consul de France dans la capitale catalane, « Barcelone est tout sauf une ville dangereuse. Il faut rester raisonnable. Il y a certes de nombreux vols à la tire, mais pas plus que dans toutes les autres grandes villes touristiques d'Europe ». Un précédent. Il y a quelques années, un Français de passage avait disparu dans la capitale catalane. La police n'a toujours pas d'indices sur cette disparition. L'enquête se poursuit. 50.000 Français. 50.000 Français vivent en Catalogne, dont 30.000 à Barcelone et dans son agglomération.

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