8 juillet 2010 - 1 réactions
Lundi matin, 10h, à la criée du petit port de Loguivy-de-la-Mer (22). Laure Robigo et Philippe Dufresnoy, respectivement ingénieur halieute et garde-juré du comité local des pêches du quartier maritime de Paimpol, commencent l'opération de marquage des femelles homards. Des caisses baignées d'eau de mer à leurs pieds, ils ont chacun leur rôle. Pendant que Philippe fait une entaille en «V» sur la queue de chaque crustacé, Laure s'occupe des marques jaunes numérotées qui vont être insérées dans les abdomens de chaque spécimen. Les homards disponibles le sont grâce aux professionnels qui ont accepté de participer à l'opération.80licences en tout. Un quart de volontariat.
Une expérience scientifique
En même temps que le marquage, chaque femelle est pesée et mesurée. Quand elles sont à nouveau capturées, les mêmes informations seront relevées pour connaître la croissance, la longueur et la direction des déplacements ainsi que la maturation sexuelle. L'expérience scientifique se fait dans un cadre bien précis. Celui du projet qui mobilise toute la région de Paimpol depuis des mois: les quatrehydroliennes que le fournisseur d'électricité EDF va implanter en plein milieu de la réserve de crustacés. «Avec ses 700ha, c'est la plus importante d'Europe. Elle a été initiée en 1966 par les professionnels du secteur», rappelle Laure Robigo. «Les marquages vont nous permettre de vérifier l'incidence des hydroliennes en fonctionnement, d'ici plusieurs années, sur le comportement et la sécurité des homards, dont les effectifs ne sont déjà pas à la hausse. Quelle sera la perturbation? L'incidence du bruit des quatre machines? 45 tonnes de homards sont pêchées par an. C'est important de mieux les connaître». Pour cette année, 1.300 femelles ont déjà été marquées. Pour la mi-août, le chiffre atteint sera de2.000. Une troisième année est déjà prévue avec toujours le même nombre de crustacés marqués. Un autre critère de poids est venu s'inviter à l'opération, celui du Grenelle de l'Environnement, défendu bec et ongles par Yannick Hémeury, président du comité local des pêches. «C'était la contrepartie hydrolienne et c'est une grande satisfaction de vivre ça ici». 10h45. Plaisanciers, membres du comité local, responsables EDF et techniciens prennent la mer. Car après le marquage, une autre étape s'impose, celle de la remise à l'eau. Une coque rapide a été acquise pour arriver le plus vite possible sur zone. «Les installations hydroliennes seront posées à 30 et 40m de fond avec une colonne d'eau importante», explique Vincent Denby Wilkes, de la délégation régionale Bretagne à EDF.
Une opération pilote
«Les études montrent qu'il ne devrait pas y avoir de perturbation car les machines sont posées. Il n'y a pas de turbine». Les plaisanciers de la zone ont, eux aussi, été sensibilisés. Jean Quinquis, responsable costarmoricain, évoque la fragilité de la ressource. «Il y a eu du scepticisme au début mais pour nous, le dédommagement financier sera versé à laSNSM. C'est un critère d'incitation». Et tout le monde est fier de participer à une opération pilote en France. «Personne d'autre ne le fait à cette échelle», souligne Laure Robigo. «Seul, l'Ifremer, à Flamanville, en Basse-Normandie, après la centrale nucléaire, fait un peu de recensement mais cela n'a rien à voir».
25 mai 2012