22 novembre 2009
Le P-dg de Lagardère Entertainment vient de publier son premier roman, «Qu'as-tu fait de cet amour?». Un récit écrit il y a vingtans qui mêle amours contrariées, illusions perdues et... étoiles parlantes!
«Molinié n'apprécie pas le secret. Il est un secret». C'est ainsi qu'Alexandre Jardin résume, dans sa préface de «Qu'as-tu fait de cet amour?» (Éditions du Rocher), l'homme qui nous donne rendez-vous dans un endroit chic de Saint-Germain-des-Prés, à Paris. Le choix de ce quartier d'écrivains par ce romancier en herbe, avant tout patron du premier groupe de production français, ressemble d'ailleurs à un indice pour mieux le cerner. Car l'auteur de Fanfan a raison: cet homme-là avance masqué. Aurait-il voulu être un artiste? Prudent et discret, le businessman trentenaire peine à se confier. Cela fait sans doute partie des attributs de sa fonction. Pas de chiffres, pas d'annonces et beaucoup de filtrage. Même pour évoquer son roman, la tâche est rude.
Manuscrit brûlé il y a vingt ans
Pourtant, l'oeuvre est originale. De par l'histoire tout d'abord, qui met en scène des personnages romanesques en quête d'absolu et au bord du néant: un commissaire et un écrivain dépressifs, un suicidé et... une étoile bavarde! De par sa genèse ensuite. Arnaud Molinié a écrit ce livre à la hâte à l'âge de17 ans, de «façon instinctive». Mais à peine rédigé, et tout en ayant pris soin d'en envoyer troiscopies à des amis (on ne sait jamais?), l'adolescent le brûle dans une cheminée malouine. «Je ne sais pas expliquer ce geste», confie aujourd'hui l'adulte. Il aura fallu la mort de l'un de ces amis, Constantin, décédé il y a deux ans, pour que le manuscrit réapparaisse et qu'il entreprenne de le faire publier. Grâce à un autre ami: Alexandre Jardin, encore lui, qui lui donne son feu vert après lecture. Molinié envoie alors le texte à deux éditeurs sous pseudonyme, et, cultivant l'art de la dissimulation jusqu'au bout, n'en parle à personne, sa mère en tête, qui apprend la publication du livre il y a quelques semaines dans l'Express!
Sous une bonne étoile
Aujourd'hui, le roman se trouve en librairie à côté des nouveautés du moment. On ne connaît pas sa trajectoire. Mais Molinié croit en sa bonne étoile. Elles se mettent d'ailleurs à parler dans son livre. Peut-être pour combler son mutisme. Nietzsche écrivait qu'il fallait avoir un chaos en soi pour accoucher d'une étoile qui danse. Que faut-il avoir en soi pour accoucher d'une étoile qui parle? Le garçon est propret. Issu d'un milieu bourgeois, élevé par un père directeur d'une entreprise de BTP et une mère au foyer, ce petit dernier d'une fratrie de quatre a vécu une enfance sans histoires. La fréquentation des lieux de pouvoir (service militaire à Matignon), quelques rencontres déterminantes et un certain talent lui ont permis, ensuite, de grimper rapidement à la tête d'un groupe audiovisuel de200 personnes, produisant, entre autres, «JulieLescaut» (sur TF1), «Càdire» (France 5), ou encore «Les Borgia» (Canal+). Côté privé? RAS. Un mariage solide avec une Dinardaise et trois beaux enfants. On est bien loin des personnages torturés et fantasques dépeints dans le roman. «Ils sont très différents de moi. C'est plus intéressant de suivre des personnages qui ne vous ressemblent pas. Ils posent des questions que tout le monde se pose: la recherche du sens, les sentiments, l'amour, la passion, la fraternité... Mais ils y répondent d'une façon qui ne serait pas la mienne».
Un grand roman d'amour
Et les femmes? «Mes personnages ont souffert ou font souffrir à cause des femmes». Lui jamais, assure-t-il, ou presque. Pourtant, elles sont largement évoquées et craintes semble-t-il: «Toutes des garces!», s'exclame le narrateur. Mais à entendre Molinié, le roman est à comprendre à l'envers: «C'est un livre d'espoir, un grand roman d'amour» dont la morale serait: «Ne pas être fermé à l'engagement quand il s'agit de sentiment. Il faut aller jusqu'au bout!». Bref, tout le contraire de ce que vivent ces êtres en perdition. Quoi qu'il en soit, une fois l'entretien terminé et le livre refermé, revient en tête la question posée par l'ami Jardin à la fin de la préface: «Se révèle-t-il enfin?». La réponse reste en suspens. Heureusement, le patron-écrivain envisage de continuer à écrire: «Je ne vais pas attendre vingt ans cette fois!». Mais sur quoi? Motus, évidemment!
