5 juillet 2009 - 8 réactions
Marine Baron voulait faire carrière dans l'armée. Au bout de deux ans, la «miss» a craqué. Trop de misogynie. D'autres «miss», sans strass ni couronne, sont aujourd'hui légion à servir la France. Avec nettement moins de souffrances. Rencontres.
«Alors, ça va la miss?» Le surnom semble anodin. «C'est une habitude dans l'armée. On n'appelle pas une femme par son grade ou par son nom, mais ?la miss?. Ça se veut gentil. C'est un peu ça le problème: dans l'armée, le mot ?femme? met si mal à l'aise qu'il n'existe plus», explique Marine. Être militaire, Marine Baron le voulait ardemment. Elle ne l'aura pas été longtemps. Deux années, et elle a craqué. Rendez-vous avec la (jolie) ex-lieutenante à Paris, chez son éditeur. Elle raconte son histoire. «Je m'appelle Marine Baron. J'ai vingt-cinq ans. Je viens d'un milieu de gauche, aisé, cultivé et plutôt antimilitariste». Un parcours sans faute: hypokhâgne, khâgne, Sciences Po. Marine veut être militaire. Une façon de défier sa mère. À 22 ans, elle s'engage. Cet esprit de corps l'attire. «L'uniforme, tout ce qui fait que nous nous ressemblons», tout cela lui plaît. Elle débarque comme officier communication chez les forces spéciales, à Lorient. Pas peu fière de recevoir son paquetage militaire. La lieutenante ne commence pas par le plus facile: «L'école des flingues», où l'on forme les commandos marine, cette unité d'élite au prestige exceptionnel. Que des hommes.
«C'est du harcèlement»
Ses nouveaux collègues ne parlent des femmes qu'en termes «obscènes et méprisants». «Celle-ci est à moitié nympho; celle-là est nulle; mais de qui tu parles, de celle qui a un cul comme un Flamby?». Il lui faut supporter aussi des propos racistes, homophobes. Non, ses collègues ne le sont pas tous, mais les écarts de langage sont, dit-elle, bien tolérés. Marine cherche à se fondre dans le décor. «Je m'applique à gommer en moi tous les aspects communément méprisés de la féminité: tout ce qui pourrait être perçu comme de la minauderie, de la séduction, de la faiblesse». Au début, son personnage de «travailleur asexué» lui convient plutôt bien.
Exercices de nuit, libérations d'otages, sauts en parachute en tandem: Marine réalise des choses extraordinaires. Mais on ne lui fait pas de cadeaux. Elle parle d'humiliations, de vexations. Un logiciel de retouche photo réussit à faire d'elle une vedette du porno et le montage circule chez trente matelots hilares. Elle a tout de même quelques soutiens dans son unité... Les journalistes qui ont eu l'occasion de travailler avec elle n'ont pu que reconnaître son côté «pro». Difficile de faire sa place: «Si tu acceptes de boire un verre de cidre, tu cherches un homme. Si tu ne le fais pas, tu es la bêcheuse de service. Il faut être super-vigilante. C'est épuisant au quotidien. Tout est interprété. On se sent surveillé. C'est du harcèlement. À la fin, je devenais parano!». Pourquoi avoir signé pour une deuxième année? «Je ne me suis pas engagée à la légère! Et puis, la seconde année a été plus tranquille, parce que j'étais ?casée?. J'avais un fiancé, un officier. Les rapports humains avaient changé puisque j'étais avec l'un des leurs. Il ne fallait plus m'embêter!». C'est cela aussi l'armée. Elle voulait vraiment faire carrière. Elle réussit à intégrer Saint-Cyr-Coëtquidan. C'est là que se produit l'étincelle. «Le capitaine m'a fait un reproche injustifié: je ne courais pas assez vite! C'était la goutte d'eau! Avec la fatigue et le stress, j'ai pété les plombs. Je me suis dit: je ne suis pas faite pour ça».
Un comportement «insupportable»
«Des femmes s'en sortent bien dans l'armée, dit-elle, mais moi, quand j'y étais, je n'ai pas rencontré de soldates heureuses». «Pour les quatre filles qui sont venues sur ce poste dans mon unité, qui n'étaient ni faibles, ni fragiles, cela s'est mal passé. Ce n'est pas un hasard, mais un problème de fond», ajoute Marine. Elle le reconnaît: s'il y avait eu plus de femmes avec elle, comme c'est le cas sur les bateaux de la Marine, cela aurait été plus facile. L'ex-lieutenante, assure qu'elle n'a «pas de regrets». «Cela m'a appris à me connaître». À l'heure de son retour au civil, Marine parle encore de son unité, à laquelle «elle est attachée». «Les commandos, ce sont des gens qui ont du caractère. Il faut beaucoup d'intelligence et de subtilité dans les combats des forces spéciales. Ce qu'ils font, c'est surhumain. Ce sont des héros. Je les admire, je les respecte. C'est le comportement du groupe qui est insupportable». «Lieutenante. Être une femme dans l'armée française». Marine Baron. Éditions Denoël.16EUR.
«Si tu acceptes de boire un verre de cidre, tu cherches un homme. Si tu ne le fais pas, tu es la bêcheuse de service». »
