27 février 2008
À Lorient, l'architecture se déguste entre midi et deux. Depuis plusieurs mois, le service du patrimoine, mené par Nathalie Defrade, propose des casse-croûte architecturaux, gratuits, pour (re)découvrir la ville et le bâti des années cinquante.
12 h 30, sur le parking de la mairie de Lorient. Ils sont une bonne vingtaine. Beaucoup de femmes, deux hommes néanmoins. Des habitués, mais aussi des petits nouveaux. À l'heure où les estomacs commencent à crier famine, ils sont ici pour se nourrir... d'un excellent morceau d'architecture. Au menu du jour : l'hôtel de ville.
Au coeur du cercle, Nathalie Defrade, la responsable du service patrimoine de la ville, raconte l'Histoire, la grande et la petite, qui donne sens à ce bâtiment « monumental » typique des années cinquante, oeuvre de l'architecte Jean-Baptiste Hourlier. « Il avait comme consigne d'imaginer un hôtel de ville qui donnerait une image rassurante et qui aurait un aspect durable, ce qui explique qu'il soit en béton armé avec un parement en granit. Il rappelle une façade des années trente ». À l'intérieur, on découvre l'escalier, « monumental » également, puis la salle des mariages, le salon d'honneur... avant de poursuivre dans les entrailles du bâtiment, quitte à se perdre dans les méandres de ses couloirs, à envahir le bureau du maire en plein travail, à découvrir des trésors « cachés » comme ces dizaines de tableaux stockés au dernier étage, mais aussi à pénétrer avec surprise dans un blockhaus laissé en héritage par l'armée allemande et où sont aujourd'hui conservées des milliers d'archives... Le tout accompagné des commentaires avertis de l'animatrice du patrimoine et de Jean-François, des archives municipales. Dans leurs pas, le groupe écoute, attentif, interpelle parfois, interroge souvent. L'échange est agréable, la bonne humeur au rendez-vous. Et la demi-heure prévue pour ce casse-croûte architectural déborde... d'une petite heure !
Deux fois par mois
La formule concoctée par les quatre permanents du service est un franc succès. Le rendez-vous attire deux fois par mois un public qui profite de sa pause déjeuner pour découvrir cette ville où il vit ou travaille. « Ces casse-croûte, explique Nathalie Defrade, nous donnent l'occasion d'aller à la rencontre des actifs qui, le week-end, sont pris par leur vie de famille et n'ont pas forcément le temps de venir aux visites guidées que nous organisons. C'est une petite parenthèse informelle ». Un rendez-vous qui s'inscrit dans le cadre du label Ville d'art et d'histoire que le ministère de la Culture a attribué à Lorient en 2006. « Le travail est passionnant car le patrimoine lorientais, pour qui n'est pas originaire d'ici, n'est pas évident. Pourtant, il vit au quotidien. Il n'est pas juste ouvert de temps en temps au public. Il y a donc une nécessité de médiation, d'inventivité et de créativité pour amener le public à venir découvrir cette architecture essentiellement des années cinquante et expliquer qu'elle a été pensée, réfléchie, et pas imaginée à la va-vite ».
Un travail passionnant qui prend tout son sens lors de ces casse-croûte. « Ce sont des échanges de savoirs qui donnent envie aux gens d'en apprendre davantage. On les voit revenir et c'est là l'intérêt de notre médiation : les sensibiliser à l'architecture existante mais aussi développer leur esprit critique sur ce qui se construit maintenant ». L'idée lorientaise pourrait bien essaimer vers d'autres Villes d'art et d'histoire.
Renseignements au 02.97.02.59.31 ou sur www.lorient.fr. Les 1 e r et 3 e jeudis du mois. Gratuit.