12 septembre 2009 - 1 réactions
Trois mille jeunes Bretons sur le carreau faute de contrat en entreprise, et des organismes professionnels qui craignent de voir se tarir la source de main-d'oeuvre qualifiée dont ils ont besoin: l'apprentissage traverse une crise sociale, qui risque d'avoir des conséquences sur la production d'ici deux ans.
Sur les 10.700 jeunes inscrits en centre de formation, 3.079n'ont toujours pas trouvé de maître d'apprentissage. Sans contrat d'embauche, pas d'enseignement, pas de diplôme, et pas de CDI en perspective. C'est la première fois que cette filière de formation, dont les effectifs progressaient régulièrement depuis quatre ans, se trouve ainsi en panne.
La carotte ne suffit pas
Comment relancer la machine? La Région a fait de lourds efforts pour rendre les dispositifs d'aide à l'apprentissage plus attractifs encore. Aux exonérations de charges sociales et patronales de l'État, elle ajoute des aides aux employeurs (2.400 à 2.920EUR pour les entreprises, 500EUR pour les collectivités), et une prime de 1.000EUR ainsi qu'une aide au transport et à l'hébergement pour l'apprenti. Au bout du compte, l'apprenti ne coûte rien à son patron. Mais cela n'a pas suffi à dégripper la situation. Il y a urgence: les contrats peuvent être signés jusqu'à fin novembre. Il reste moins de trois mois pour convaincre. Avec les réseaux consulaires et les organismes professionnels, la Région va s'y employer en s'adressant directement à un maximum d'entreprises.
À chacun sa cible
Chacun va s'y mettre. «Nous sensibilisons les entreprises qui n'ont pas l'habitude de recourir à l'apprentissage», annoncent les CCI qui vont cibler le tertiaire et les PME de 20 à 250 salariés. «Jusqu'à l'année passée, l'artisanat manquait d'ouvriers qualifiés faute d'en avoir formé suffisamment», rappelle Jean-ClaudeMoy, président de la chambre régionale de métiers. «Nous ferons ce qu'il faut pour que les artisans tirent la leçon des erreurs du passé». Dans le bâtiment, ça risque d'être dur. «Un apprenti, c'est un salarié, et ce n'est pas facile de recruter un jeune quand il n'y a pas de travail pour les autres», résume Gilbert Ravaudet, président de la Capeb Bretagne (formation bâtiment). Quant aux collectivités, la Région se charge de les mobiliser. «Le conseil régional recourt déjà à l'apprentissage, notamment en informatique», souligne le président Le Drian. «Mais ce n'est pas une tradition dans les collectivités. Aujourd'hui, seules les plus petites communes s'y mettent».
Dans les métiers du bâtiment, où il y avait traditionnellement plus d'employeurs que d'apprentis, la tendance s'est radicalement inversée: la semaine dernière, on comptait 554 jeunes en recherche de contrat, pour seulement 21 entreprises en recherche d'apprentis. Même tendance dans le commerce (455 jeunes pour 91 entreprises), la carrosserie et la maintenance auto(251pour 95), les métiers de bouche (160 pour 70), les transports (160 pour 70) et la pharmacie (108 pour 9). En revanche, deux secteurs offrent plus de contrats qu'il n'y a d'apprentis: le nettoyage (55jeunes pour 97 entreprises) et la métallurgie (14 jeunes pour 201 entreprises). Seules 12% des 150.000 entreprises bretonnes recourent à l'apprentissage. Cinq secteurs forment 50% des apprentis: le bâtiment, les métiers de bouche, l'hôtellerie-restauration, la coiffure et le commerce.
Avec la crise économique, pas toujours facile pour les jeunes qui ont choisi l'apprentissage de trouver en cette rentrée une place en entreprise. Mais pour Philippe Portal, directeur du centre de formation des apprentis(CFA) de la chambre de commerce et d'industrie de Brest et président de l'association régionale des directeurs de CFA, «les jeunes ne doivent surtout pas désespérer». Des entreprises qui recrutent des apprentis il y en a et dans plusieurs filières». Si le bâtiment et l'automobile souffrent, la métallurgie offre, en revanche, de nombreux postes. Deux cents sont, par exemple, à pourvoir dans les métiers industriels dont la construction navale. Même chose dans l'hôtellerie-restauration et la production agricole.«Les branches professionnelles se mobilisent», assure Philippe Portal. La Région aussi, qui a sensiblement augmenté ses aides. Pour que les jeunes et les entreprises se rencontrent, le conseil régional propose sur son site un tableau qui fait le point, secteur par secteur, sur les demandes et les offres (www.bretagne.fr). Les jeunes doivent également savoir que l'on peut entrer en apprentissage jusqu'à la fin octobre.
