14 octobre 2009
Le site de traitement des algues vertes d'Hillion, qui génère pollutions et nuisances pour le voisinage, ne va plus recevoir un seul kilo d'algues vertes de la commune. C'est la volonté d'Yvette Doré, maire, déterminée à fermer le site. Interview.
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Qu'est-ce qui vous pousse à prendre cette décision?
J'ai écouté les doléances des riverains du secteur de La Grandville qui habitent à proximité de la station de compost et de traitement des algues. Ce site, créé par la précédente municipalité, qui en avait confié la gestion et l'exploitation à l'entreprise Bleu-Vert, n'est pas conforme à la législation en vigueur. Il n'est pas à même de recevoir, dans de bonnes conditions d'exploitation, les tonnages phénoménaux d'algues qui échouent sur la commune. La gêne pour les riverains et les pollutions engendrées ne sont plus supportables. Il faut mettre un terme à cette situation. Ce n'est pas tout. J'ai appris que300 tonnes d'algues pures et non compostées avaient été épandues sans autre précaution par cette même société sur des champs à Planguenoual (22). C'est inacceptable.
Que deviendront les algues collectées?
Pour l'heure, nous avons arrêté la collecte des algues sur le littoral. Nous estimons que, quotidiennement, en cette période de l'année, nous pourrions en ramasser de 300 à 400 tonnes. Ces algues resteront dans l'eau jusqu'à nouvel ordre. Par la suite, nous aurons la possibilité de les enfouir sur un site spécialisé à Laval (Mayenne). Cela représente un trafic important de camions. Grâce aux aides de l'État, nous avons désormais les moyens de financer un tel dispositif. Il nous faudra ensuite vider la plate-forme, dépolluer le site ainsi que le ruisseau et la lagune qui le longent.
Êtes-vous seule à gérer ce problème?
Pour l'instant, oui. Mais le 21 de ce mois, je convie les représentants de la préfecture, du conseil général et des syndicats de traitement des déchets à une réunion extraordinaire en mairie. Il faut qu'ensemble, nous trouvions une solution. Je suis révoltée. J'ai hérité de ce lourd et épineux dossier qui avait été géré à la légère par la prédécente équipe municipale. Il faut savoir qu'un bail emphytéotique a été signé pour 18 ans. Il permet à l'exploitant de faire ce qu'il veut sur le site. En clair, il a les mêmes droits qu'un propriétaire. Il n'est donc pas facile pour nous d'intervenir.
Certains vous reprochent d'avoir apposé récemment votre signature au bas du contrat de bassin-versant du Gouessant (*). Soulignant que les engagements concernant les nitrates sont inexistants. Qu'en est-il?
Effectivement, j'ai signé ce texte pour que la lutte contre les pesticides et les phosphates puissent commencer dans ce secteur. Mais j'ai surtout pointé du doigt l'absence de volet de réduction des nitrates qui permettrait de lutter directement contre la prolifération des algues vertes. Si rien de concret n'est engagé par la mission interministérielle sous trois mois, nous nous désengagerons de ce dispositif. Ma position est très critiquée dans une région où l'industrie agroalimentaire est très puissante. Qu'importe, j'irai jusqu'au bout dans ce dossier.
*Le Gouessant est un petit fleuve côtier qui se jette dans la baie de Saint-Brieuc, à Hillion.
Dans le quartier de La Granville, à Hillion, les riverains n'en peuvent plus des nuisances engendrées par la station de compostage. Ici, à la belle saison, on vit fenêtres fermées. «On ne tient pas dehors. On ne peut ni jardiner, ni jouer avec les enfants au grand air. L'odeur du lisier, à côté, c'est agréable», ironise unhabitant. Plus loin, un jeune père de famille dit couper sa VMC la nuit. «Sinon, le matin, c'est une infection à l'intérieur de la maison. Le docteur Lesné, qui a travaillé sur le sujet, dit que le gaz généré par les tas d'algues, l'hydrogène sulfuré, est plus lourd que l'air. On a l'impression que ces émanations ont du mal à être chassées par le vent. Qu'elles contaminent tout. Quelles peuvent être les conséquences d'un contact prolongé avec ces gaz? On n'en sait rien. Moi, je suis inquiet pour mes enfants.Si ça continue, je revends ma maison». Certaines personnes se plaignent aussi de troubles de la santé. «Cela fait des mois que j'ai mal à la gorge, témoigne MoniqueLeLostec, d'une voix cassée. J'ai consulté un médecin. Il ne peut expliquer l'origine de ce trouble qui disparaît quand je pars en vacances».
«La gêne pour les riverains et les pollutions engendrées ne sont plus supportables. Il faut mettre un terme à cette situation».
