16 janvier 2009
Quatre mois après sa prise de fonctions, le procureur général de Bretagne est atterré par l'impact de l'alcool et de la drogue sur la vie judiciaire de la région.
« Cette région, peut-être plus que d'autres, est confrontée à des phénomènes de délinquance de masse », a lancé Léonard Bernard de La Gatinais en dressant le bilan de l'année judiciaire dans le ressort de la cour d'appel de Rennes (la Bretagne et la Loire-Atlantique). Une délinquance de masse où l'alcool et les stupéfiants prennent une part prédominante. Les statistiques sont là pour l'établir : les addictions sont « le véritable engrais de pans entiers de la délinquance », regrette ainsi le procureur général.
Bien sûr, il y a les délits routiers. Les contrôles de vitesse et d'alcoolémie ont permis de réduire fortement le nombre d'accidents, mais pas le nombre de condamnations.
Les infractions routières représentent aujourd'hui 60 % des condamnations prononcées par les tribunaux correctionnels bretons. « 2.000 dépistages positifs chaque mois ! », s'exclame le procureur général. « Si l'on doublait les contrôles, on atteindrait peut-être 4.000 ». Sans doute faut-il voir dans son propos la perspective d'un nouveau renforcement des opérations alcootest.
Vingt-quatre morts
par overdose
« Le poids de l'alcool, c'est aussi 30 à 40 % des personnes interpellées en flagrant délit », poursuit le magistrat. « Elles doivent d'abord être placées en cellule de dégrisement avant de pouvoir être entendues dans des procédures de violences volontaires, de vols, de dégradations, d'outrages et de rébellion ».
Des phénomènes particulièrement fréquents « le jeudi soir dans les villes étudiantes et le samedi soir dans toutes les autres villes ».
Le procureur est aussi inquiet de la banalisation du cannabis. « Hier, l'usager se cachait pour fumer son joint. Aujourd'hui, ceux qui se sentent le moins concernés par l'interdiction légale le font aux yeux de tous ».
« Il n'y a pas
de petit trafic »
Mais il l'est plus encore du « retour de l'héroïne et de drames qu'on ne voyait plus depuis les années 80 », avec 24 morts par overdose l'année dernière.
« Avec le développement du trafic, c'est tout le cortège des violences et des exactions qui parcourt notre territoire », poursuit-il, en évoquant les vols à main armée dans les petits commerces, les cambriolages de logements et les règlements de compte.
Que faire ? « Il faut agir plus que nous ne l'avons fait », annonce-t-il. Comment ? En graduant les réponses pénales, depuis le stage de sensibilisation pour l'usager occasionnel jusqu'à la condamnation lourde.
« Seules les peines sévères apparaissent suffisamment dissuasives pour rendre l'infraction non rentable pour son auteur », estime le procureur. « Et là, la quantité de drogue saisie ne doit pas être le seul indicateur ».
Sale temps pour les dealers de quartier : « Il n'y a pas de petit trafic, il n'y a pas de grossiste sans détaillant, c'est le petit revendeur qui est au contact des populations fragiles, qui vend le produit aux adolescents ».
21 mai 2012 à 14h20
21 mai 2012 à 09h45 - 9 réaction(s)