17 juillet 2008
WWF (1) et la Chine en ont fait leur symbole. Le panda géant est en danger mais on le protège. A l'instar des pousses de bambou qu'elle ingurgite, l'espèce plie mais ne rompt pas. La Chine, dernière escale de David Cormier, notre journaliste globe-trotter.
Alors, comme cela, il se prend pour Bruce Lee ou Jackie Chan ? Il n'y a qu'au cinéma qu'un panda puisse devenir suffisamment vif pour s'adonner au kung-fu. Mais cette peluche vivante au pelage dalmatien, il est vrai plutôt balourde, n'en reste pas moins souple et ne dédaigne pas la castagne. Les jeunes pousses se battent parfois, presque au ralenti.
Les anthropomorphes (2) se régalent à observer cette espèce. Celui-là semble sourire. Cet autre bâille, s'assied, s'accoude à une rembarde et, de l'autre main, grignote un bambou. Et ce petit multiplie les câlins à sa maman qui lui léchouille le bout du nez... « Ils sont tellement mignons », s'attendrissent de jeunes retraitées américaines, à la réserve de Chengdu dans le Sichuan (la plus grande au monde), au milieu des rires de leurs époux.
Un merchandising important
Le problème, c'est que l'on n'en trouve plus que 1.600 dans le monde. Presque tous en Chine, près de l'Himalaya, comme chacun le sait depuis la chanson de Chantal Goya. Alors on le protège, pour préserver la biodiversité, sauver le symbole et l'argent qui va avec : le merchandising bat son plein. J'ai vu à Hong-Kong plus d'oreilles de pandas sur la tête des jeunes filles que d'oreilles de Mickey, alors que s'y est ouvert un Disneyland, il y a près de trois ans. L'afflux touristique, notamment dans le Sichuan, récemment dévasté par un terrible tremblement de terre, doit être relancé.
Plus d'appétit culinaire que sexuel...
L'Homme, après tout, lui doit bien cela, qui détruit les forêts où il vit, voire le braconne encore un peu. Mais il faudrait aussi que l'animal y mette un peu du sien ! Certes, la nature a modestement doté le mâle, au regard de l'anatomie de sa belle. La fécondation ne réussit pas à tout coup. Mais en plus, monsieur montre davantage d'appétit culinaire que sexuel. Quatorze heures par jour, il tape sur les bambous et les mâchonne : de 10 à 20 kg par jour. C'est dire s'il a besoin d'un environnement fertile...
Délicat, le panda ne boit pas non plus l'eau des lacs, qui risque d'avoir croupi. Heureusement que l'Himalaya lui fournit des ruisseaux purs et même le fleuve Yang Tsé Kiang.
Des « films X » pour donner des idées
Déjà que l'animal n'est pas prolifique de nature, il reste encore plus sur la réserve en captivité. Alors on essaie de le stimuler, à l'aide de vidéos de ses congénères en train de s'accoupler, pour lui donner des idées. Il paraît que c'est relativement efficace. Peut-être faudrait-il refiler le tuyau aux scientifiques des Galapagos, pour que Lonesome George, dernière tortue de son espèce, daigne honorer les deux femelles qu'on met à sa disposition ? On utilise beaucoup aussi l'insémination artificielle.
Des mamans pas toujours affectueuses
Mais la femelle n'est pas exempte de tout reproche non plus. Elle ne peut mettre bas qu'une ou deux fois et ce n'est pas le planning familial du régime chinois qui l'y contraint. La première fois qu'elle met au monde un bébé qui semble toujours plus que prématuré, une petite boule rose, aveugle et si fragile, elle prend peur et se montre parfois violente à son égard. Au centre de Chengdu, on voit des vidéos de femmes se risquant à entrer dans la cage pour extraire le bébé des griffes de sa mère. Impressionnant ! La deuxième fois, si elle survient, maman est habituée et bien plus affectueuse.
On place, quoi qu'il en soit, les bébés en couveuse. Imaginez une erreur d'étiquetage et que l'on rende un enfant à d'autres parents que les siens : de quoi tourner un remake d'un film à succès, genre « La vie est un Yang Tsé tranquille ». Le parcours du combattant du petit n'est pas terminé. La mère, si elle a deux rejetons, ne s'occupe que d'un seul, peut-être par manque d'énergie. Les Chinois ont trouvé une astuce : parfois, ils alternent les bébés au moment de la tétée de lait. Maman n'y voit que du feu. Mais dans la nature, il en va autrement.
Des symboles
L'énergie, ce n'est pas ce qu'apportent en quantité les pousses de bambou. Carnivores (ils rongent parfois des os qui traînent), les pandas géants préfèrent pourtant ces végétaux que la déforestation raréfie. Un comportement qui renforce leur image auprès du public, par rapport aux ours, par exemple. Mais leur organisme, curieusement, n'est pas trop adapté à cette nourriture. La digestion se passe assez difficilement.
Autant dire que, même si l'on tient le bon bout, sauver l'espèce relève de la gageure. Gageons que nous ne verrons pas la fin du film. Mais la chance du panda, c'est que les dictatures sont toujours très attachées aux symboles.
(1) World wildlife fund for nature, une organisation non gouvernementale pour la protection de la nature. Site internet : www.wwf.fr
(2) qui aiment attribuer aux animaux des comportements humains
15 mai 2012 à 15h31 - 6 réaction(s)
16 mai 2012
15 mai 2012 à 08h48

14 mai 2012 à 14h20